‹ Missions d'Amérique, d'Océanie et d'Afrique [microforme]Chapitre 36 sur 41 · MONSEIGNEUR · texte numérisé non relu

MONSEIGNEUR

» Je me suis empressé, à mon retour de Médeah, » de m'occuper de la nouvelle colonie de Blidah. Je l’ai » trouvée en voie de prospérité ; elle sera bientôt , je » l'espère , une seconde Philippeville.

» J'ai pensé, comme je le devais, à donner à ses » habitants les moyens, généralement désirés, de pou- | » voir remplir les devoirs de leur religion, et j'ai affecté » au culte catholique une mosquée, la plus beile de » la ville, et heureusement placée dans les limites de » la ville française. Cette mosquée, employée en ce » moment comme magasin , a reçn sa nouvelle destina- » tion à la grande satisfaction des indigènes. Je donne

n’attendait que que la fin de la mes prêtres qui puchants adieux me je mouillais

ivait, le 4 de ce , à son quartieres du Teniah de ral du génie, si bonne nouvelle, , de travailler de sapeurs , dans la n église de Saintm'écrivait donc :

, & novembre 1840.

tour de Médeah, de Blidah. Je l’ai e sera bientôt , je

s, à donner à ses désirés, de pou- | gion, et j'ai affecté ,la plus beile de dans les limites de , employée en ce a nouvelle destinandigènes. Je donnt

» des ordres pour que le minaret soit immédiatement » surmonté d’une croix qui , annonçant le règne de la » religion chrétienne , constatera mieux que toute autre » chose, l'occupation définitive.

» Vous aurez, Monseigneur, à désigner un ecclé-

» siastique pour desservir cette nouvelle église, et à » pourvoir aux objets nécessaires à l'exercice du culte. » Un petit bâtiment faisant partie de la mosquée sera

» un logement commode pour le curé, ct un autre bâ- » timent également dépendant et attenant sera affecté » à une école d'enfants.

» Veuillez agréer, Monseigneur , l'expression de mes sentiments les plus distingués.

» Le maréchal gouverneur-général de l'Algérie. »

» Et , en effet , aussitôt cette lettre reçue , autel, tabernacle, grande et magnifique croix ouvragée en fer battu , tout se fabrique comme par enchantement, en trois jours , et sous la direction d'un jeune officier du génie , non moins distingué par sa généreuse piété que par ses talents. A l’ekemple de son général , il ne partira jamais pour le champ de bataille sans avoir demandé, avec la bénédiction d’un père , d’un pauvre prêtre, d'un évêque plus pauvre encore , le Pain que mangeait Turenne le matin du jour où un boulet de canon l’eraportait aux cieux. Le 9, je partais avec un convoi de deux cents voitures et de cent cinquante mille rations , pour l'armée du maréchal. Pourquoi ma plume est-elle toujours si impatiente , et n’ai-je pas plus de loisirs ? Pourtant voyezvous , à la descente de Dely-Ibrahim , à la première halte de la bruyante colonne , au-dessous de la belle église

MISSIONS des saintes Perpétue et Félicité qui s'achève , dont le clocher français fait battre le cœur, voyez-vous le brigadier du train , au teint brûlé , à la démarche fatiguée et guerrière ; il s’est arrêté un instant... C’est pas M. Depuce ça ? el sa voix tremble ; il parle à l’évêque qu’il n'a pas encore rencontré, quoique jeté aussi, lui, en Afrique depuis tantôt trois ans. Moë, je suis Mège ! et l'évêque , dont la voix tremble plus encore , lui répond avec une étrange vivacité ; leurs mains se joignent avec transport. — [l me semble , dit Mège, que j'appr'oche de mon sang. Eh! où demeurez-vous, où restez-vous à Alger, Monseigneur l’archevéque ? Comme s'il eût parlé de même qu'il y a dix-sept ans, à Bordeaux , alors que le prétendu archevêque, mais bien évêque , le recueillait, lui, le même pauvre Mège, âgé de six ans et demi, petit ramoneur descendu de ses loiniaines montagnes , et qui après avoir passé quatorze ans sous les ailes de M. Depuce , le devait retrouver là, sur cette pente, entre son caisson et le modeste équipage de cet évêque , qui ne peut écrire ces lignes sans les mouiller des plus douces larmes. Ils se sont revus au retour de Blidah , et c’est avec une sorte d'orgueil paternel que j'ajouterai , à la louange de mon excellent fils et ami Pierre Mège , une dernière circonstance de cette inexprimable entrevue. Je lui demandais s’il désirait que je fisse quelques démarches pour lui obtenir un congé de six mois, qu'il me semblait mériter à tous égards; il reverrait son châlet, Bordeaux peut-être... Il était extrêmement ému: Mais non, reprit-il après une pause pénible, je me porte bien, tant d'autres soldats sont malades , meurent d'épuisement et de faligues ; pour-

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quoi, puisque Dien me conserve la santé , ne pas faire inon devoir de soldat ? Comme la religion est toujours et partout la même !

» Pardon mille fois de ceite trop longue station. Je traverse Douéra où la Providence me donn. à recueillu un trésor, plusieurs petits orphelins de plus. — Le lendemain, c’est à Bouffarick , j'en trouve encore ; je visite, les yeux pleins de larmes , ma pauvre église de bois à laquelle j'apporte des ornements nouveaux. Dans peu de jours , quand je retournai à Blidah, pour consacrer solennellement à l’église de Saint-Charles et bénir sa cloche , dont les volées feront résonner les échos multipliés de l'Atlas, jy veux poser la première pierre d’une grande église et d’un hôpital civil. Le gouvernement nous alloue déjà vingt-huit mille francs pour cette église ; vous nous serez en aide là comme partout. Le maréchal y reviendra aussi ; sa petite fille, son angélique petite Marie, doit être la marraine de la cloche, et Henri de Bellonet, avec ses dix ans et représenté par son excellent père , le général du génie (partout vous le retrouverez sous ma plume , c’est que partout où Dieu m'appelle , je

le retrouve lui-même), en sera le parrain, moins heuseux pourtant que celui qui baptisera... Le troisième jour nous entrions dans la féerique ville des Orangers , dans le jardin des Hespérides , et c'est sans fiction. Le maréchal nous accueillait avec transport. Ce mème jour , nos vieilles Gaules tressaillaient en renouvelant la mémoire de saint Martin ; et à Blidah , aux portes de l'Atlas devenu français, au quartie”-général du vainqueur de Constantine , c'étaient les soldats, les sapeurs du génie qui, de leurs mains noblement calleuses, élevaient ,

plantaient sur le sommet du minaret du prophète, la magnifique croix façonnée par leurs frères dans la ville des pirates algériens ; six Arabes la portaient , et bientôt après allumaient les feux qui, durant la nuit, devaient éclairer les infatigables travailleurs. Le chef de ces guerriers , un maréchal de France , la main sur la garde de son épée, Changarnier et ses soldats à ses côtés , attendaient sur le seuil du temple, conquis au prix de leur généreux sang, que l'évêque entrât revêtu de ses ornements d'honneur , le bâton pastoral dans sa main paternelle, dans l’autre , l'humble et sainte hysope. Puis , le gouverneur lui en remettait les clefs , il y:entrait avec lui , avec eux , et priait. Pour la première fois depuis des siècles, l'Exaudiat , le Laudate Dominum omnes gentes , les accents des prophètes et des martyrs retentissaient.… Ne me demandez pas d'achever.

» Le jour de la dédicace, 14 novembre , l'armée remontait heureuse et fière les pentes de l'Atlas , regardant de temps en temps derrière elle, le nouveau signe par lequel elle vaincra. L'évêque le lui avait dit, quand il avait essayé d'adresser à son auditoire quelques-unes des paroles qui frémissaient de ne pouvoir sortir toutes à la fois de son cœur traversé, abimé d'émotions.

» Et lui, l'évêque, entouré de quelques colons ravis de joie, célébrait les sacrés mystères de la foi victorieuse, en union avec la multitude des églises de sa patrie. 11 trouvait à baptiser un jeune juif et une femme indigène , à recevoir l’abjuration d’une protestante ; il prodiguait ses trésors de bénédictions au prêtre fidèle qu’il laissait à Blidah , déjà installé et si heureux luimême , ainsi que le frère qui devait aussitôt commencer

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D'AFRIQUE. 201 sa classe de la doctrine chrétienne. Parvis du chœur, sanctuaire, fonts baptismaux , bénitier en marbre, les balustrades de la sainte Table, les sacristies, la cure, l'école , les jardins et leurs beaux arbres, tout est si parfait qu'on semble encore rêver quand on a vu...

» Hélas! nos trésors d’ornements, vases sacrés , linge, etc , s'en vont, et nous redevenons plus pauvres que jamais. Pour tant d'églises, avec tant et de si effroyables charges, comment fcrons-nous ?.… mais vous êtes là.

» J’ai revu Bouffarick, où j'ai célébré le Saint-Sacrifice parmi des fleurs ; c'étaient de si gracieux jours! J'y ai confirmé plus que jamais dans son zèle apostolique l’excellent prêtre que la Providence m’a envoyé par le cœur de monseigneur de Grenoble. J'ai donné à Douéra un prêtre , et désigné l'emplacement d’une église couverte de chaume, et que nous bâtirions en pierres, elle aussi, mais comment ?.. et puis, tout ne se peut faire à la fois. Partout des malades, des orphelins ; partout aussi les divines consolations de la religion.

» J'ai lu à mon peuple mon mandement pour le jubilé qui s'ouvre dimanche , 29 novembre et 1e" dimanche de l'avent, dans ma cathédrale. Si je peux vous envoyer une copie de ce mandement, écrit comme cette trop longue lettre, sans avoir le temps de relire une seule ligne, je le ferai. En attendant, et pour celle ci, excusez une précipitetion à laquelle seule je dois de vous pouvoir écrire d'une façon quelconque. Le 3 décembre , à la Casbah , il y aura assemblée de l'Association pour là Propagation de la Foi. A la dernière fête de l'OEuvre j'étais à St-Jean de Lyon! Lyon, pour qui nous ne cesserons de prier, pour qui priera l'univers reconnaissant , à qui nous enverrons

l'obole de notre misère en échange de ses prières et de son or ! Lyon, vers laquelle vœux , bénédictions les plus tendres, les plus filiales, les plus paternel!es, s'en vont avec le cœut. »

Extrait d'une lettre du mème prélat à MM. les membres du conseil central, à Lyon.

Alger, le 24 mars 1841.

» l‘imanche dernier, j'ai consacré la première église bâtie par nous depuis la conquête, et probablement la première depuis de longs siècles ; c’est la belle église de Sainte-Perpétue et de Sainte-Félicité, de Delhy-Ibrahim. Nef, sanctuaire, clocher, tout rappelle, avec la patrie, les plus chers, les plus délicieux souvenirs. Le temps était magnifique, et difficilement on se représenterait en Europe une cérémonie pareille, au milieu des champs de Statouéli, illustrés par la mort du jeune et brave Amédée de Bourmont, en face de l’Atlas, près des abîmes des mers, et par le soleil magique de l’Algérie. J'ai déposé dans le sépulcre de l'autel des ossements de sainte Perpétue et de sainte Félicité. Il me semblait qu'ils tressaillaient entre mes mains tremblantes, et que, du milieu de cette foule profondément recueillie , se dressait , appuyée contre l’autel nouveau, l'échelle d'or dont parlait Perpétue dans les actes de son martyre. J'ai ordonné que tous les ans, le sept mars, jour de leur fête, ces actes seraient lus dans l’assemblée des fidèles, et serviraient à perpétuité de texte à l'instruction.

» Non loin de Delhy-Ibrahim , nous avons béni une

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église ou chapelle provisoire à Douéra, entre le camp, l'hôpital et le village. Un prêtre y est placé, entretenu par vous ; il y opère un bien remarquable. L'église, louée par vous aussi, est dédiée sous l'invocation de saint Antoine. Nous en préparons une à Hussein-Dey, qui sera placée sous l’invocation de saint Eugène de Carthage ; elle doit être ouverte le jour de la Compassion de la sainte Vierge. Je bénirai une nouvelle chapelle à Mustapha-Supérieur, et placerai au-dessus du minaret relevé de la Casbah, la statue de Marie que les enfants de Lyon ont offerte à Alger devenue chrétienne, avec une croix magnifique en fer doré, offrande généreuse d’un habile ouvrier, encore plus distingué par sa piété que par son talent. Le dimanche suivant, je bénirai la chapelle de saint Pierre-auxliens, dans les voûtes du Fort Neuf et au milieu des ateliers des condamnés militaires. Au mois de mai, je poserai la première pierre de l'église de saint Ferdinand , a Bouffarick; en attendant, nous nous servons de l’'ambulance. Lors de mon prochain voyage dans l’ouest, nous bénirons à Cherchell une mosquée, et nous y installerons un prêtre. À Oran, je poserai encore une première pierre, celle de l’église de Saint-Louis. J'installerai à Mostaganem, presque parmi les combattants de Mazagran, le curé que je puis enfin donner à cette chrétienté , séparée de toutes les autres par des bariières difficiles à franchir. Au retour, après la première communion et la confirmation à Alger, la bénédiction de la cloche de Saint-Charles à Blidah , je reprendrai le chemin des provinces de l’est, pour y presser les trovaux des églises, établir à Constantine et à Philippeville une nouvelle communauté de sœurs de la doctrine chétienne, et dédier dans l’enfoncement

de la vallée du Rummel , sous les murs de l'antique Cirtha , le monument élevé aux bienheureux Jacques et Marien , sur la place même de leur glorieux et illustre supplice. L'inscription, relevée par un officier fort distingué du génie, appartiendra aux Annales, comme un des plus beaux et des plus remarquables vestiges de la foi dans ces contrées éloignées. Je l’ai vu moi même, lors de ma dernière course, après avoir retrouvé à Announah, à vingt lieues environ de Constantine, une église chrétienne encore debout; oui, encore là, avec sa croix incrustée au-dessus de la clef de voûte du portail, avec sa croix et l'ancre couchée au pied , comme une figure calme et forte de sa miraculeuse durée. C'est au milieu d’un désert, parmi des monceaux de colonnes brisées et de ‘ruines magnifiques; mais ce n'est pas ie moment de vous en entretenir ; je n’accomplirais pas, en vous écrivant à la hâte , une description promise et commencée depuis mon retour de France.

» Vous pourrez juger par ces rapides aperçus que nos espérances se sont réalisées et au-delà ; car nous étions bien loin encore de ce providentiel progrès, lors de mes dernières lettres sur la province d’Alger. Au mois de septembre, je présidai à Constantine une réunion de tous les muphtis, cadis et employés supérieurs des mosquées. C'était dans une des salles du palais d’Achmet-Bey. Nos signatures s’unirent; nos cachets se mélèrent , et c'était une réunion dans un but religieux! Depuis ce voyage, j'ai reçu cinq jeunes Arabes, appartenant à d'excellentes familles. Je les ai placés au petit séminaire de Saint-Augustin , formant le berceau d'un collège arabe, qui facilement y sera établi, si nos ressources nous le permettent.

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jours leur succèdent-ils ? À cette occasion j'ai établi l’ar-

D'AFRIQUE. 205 Comme le petit séminaire , comme les orphelins, il serait confié aux prêtres auxiliaires de Sainte-Croix.

» C’est à un saint prêtre du diocèse de Nancy que nous devons, en grande partie, les sœurs de la doctrine chrétienne qui nous arrivent. Nous leur avons acheté et leur préparons un humble asile à Constantine et à Philippeville. Près de cette dernière colonie, nous venons de trouver une ancienne chapelle que nous dédierons à {a fille de Dieu très-sainte, filiæ Dei sanctissimæ , comme le porte l'inscription que nous y avons recueillie. Huit sœurs Trinitaires nous sont venues de Valence , et sont parties les jours derniers pour Oran.

» J'ai fait préparer à Biscara , chez le Cheik-el-Arab, un appareil très-précieux pour nos voyages ; c’est une tente en poils de chameau fort serrés, munis de pieux en fer et d’un autel portatif. Elle sera divisée par un rideau de velours ou de soie pour le côté où l’on dressera l'autel, et de toile grossière pour celui qui servira de tente épiscopale. Comme le devant se relève avec grace et laisse voir l’intérieur , les soldats, les pauvres français dispersés à la suite de l’armée, les tribus nomades elles-mêmes pourront assister , sous le pavillon du ciel , à la célébration des saints mystères. Une bonne mule de montagnes sera chargée de la tente dans nos courses, et ainsi souffrirons-nous moins de la privation qui nous était la plus sensible en voyage, celle de la sainte messe,

» Depuis mes dernières lettres, nous avons eu à Alger même les exercices du Jubilé. Ils ont été couronnés par les solennités les plus touchantes , et par des jours fervents comme les jours anciens. Hélas ! pourquoi d’autres

chiconfrérie du Saint-Cœur de Marie pour la conversion des pécheurs, et voué dans mon cœur, pour Rab-el-Oueld, la chapelle de Notre-Dame des Martyrs et des Victoires.

» Encore des excuses, messieurs, pour une letre écrite avec autant de précipitation , mais encore aussi les plus ardents et les plus tendres vœux. Soyez-nous toujours la main et le cœur de Dieu, et nous vous serons inviolablement unis dans l'amour de Notre-Seigneur pour des âmes qui lui ont coûté si cher, pour lesquelles il a donné son sang, et vous vos saintes aumônes, »

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