ESQUISSE RELIGIEUSE DU DIOCÈSE D'ALGER
Lettre adressée à Sa Sainteté par Mgr Dupuch, évêque d’Alger, le 22 juin 1841.
« Votre Sainteté daignera me pardonner. Depuis longtemps je désire lui faire connaître avec détails l’état de la religion dans mon diocèse, et jamais je ne peux trouver un instant. Jours et nuits, tout est dévoré par un travail qui, en se multipliant de plus en plus, ne me laisse pas même le loisir de remplir un devoir aussi doux et aussi sacré. Aujourd'hui je vais l’essayer en quelques lignes dont votre très-sainte et douce paternité excusera l'involontaire et trop incomplète brièveté.
» À Alger même, très-saint et bienheureux Père, j'ai plus de douze mille catholiques , deux églises (bientôt trois) et quatre chapelles... Avant la fin de l’année, j'aurai une chapelle de plus dans la ville même, et une dans un des faubourgs. Dans la province d’Alger, indépendamment de ce que je viens d’énumérer , je compte
quatre chapelles et cinq églises dont une consacrée solennellement ; elle est sous l'invocation des illustres saintes Perpétue et Félicité.
» Mes prêtres, en y comprenant le chapitre composé seulement de trois chanoines, mon vicaire-général , trois prêtres auxiliaires de Notre-Dame de Sainte-Croix du Mans, et trois autres missionnaires, sont dans celte province au nombre de vingt-trois , et desservent avec les églises et chapelles un grand hôpital civil et quatre hôpitaux militaires contenant jusqu'à six mille malades , une prison civile, et une prison militaire composée de quatorze cents condamnés aux travaux publics. Ils sont aussi chargés du commencement de mon grand séminaire, de mon petit séminaire, de ma double maison d'orphelins, de la maison des orphelines, de ma petite maison de nouvelles catholiques. J'ai quatre établissements des sœurs de Saint-Joseph à Alger et dans la banlieue, et deux en tout des frères dits aussi de Saint-Joseph du Mans ; j'attends de jour en jour les dames du Sacré-Cœur. Les prétres de Sainte-Croix dirigent avec le petit séminaire un collège de jeunes Arabes distingués par leur naissance et fort intéressants. Je travaille à établir les sœurs de Saint-Joseph à Blidah et à Bouffarick.
» Dans l'ouest, j'ai à Cherchell (la vraie Julia-Césarée) un prêtre et un grand hôpital ; à Mostaganem , un prêtre etun hôpital. Deux mosquées m'ont été données, et j'ai dédié l’une à saint Paul, apôtre (celle de Cherchell), l'autre à saint Jean-Baptiste. A Oran, j'ai une église dédit saint Louis, un grand hôpital militaire, un commencemen d'hôpital civil, et un bel établissement de religieuses Tuiniiaires de la Rédemption des captifs ; trois prêtres
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D'AFRIQUE. 299 résident à Oran, où le nombre des catholiques , sans y rompreadre l'armée, est de cinq mille environ; j'y consacrerai bientôt une très- belle chapelle à la sainte Trinité, » Dans l’est, j'ai un prêtre à la Calle, près de Tunis, et une église que nous allons relever, elle est dédiée à saint Cyprien; à Bone un grand hôpital, une humble église dédiée à saint Augustin. J'ai acheté fort cher le terrain nécessaire à la construction d'une grande église. J'espère que le gouvernement français m'aidera. A Hippone, à une demi-lieue de Bone , s'élève un monument à la mémoire de saint Augustin. Il ne sera consacré qu'au mois de mai prochain. Le 25 août de cette année, je compte aller bénir le monument que le roi élève à saint Louis sur les ruines mêmes de Carthage. En revenant, je dédierai à saint Papidien une humble église à Catame, sur les débris de la sienne. J'ai trouvé là d’admirablesruines et même à quatre lieues, à l’ancienne Tibilis, une église dont la façade encore debout estornée d'une croix; une ancre est àses pieds. » À Constantine , j'ai un hospice civil , trois hôpitaux militaires bientôt réunis en un magnifique établissement dont la chapelle sera dédiée à saint Fortunat, évêque de Cortha; celle de l'hospice civil dont S. S. donna le mobilier, il y a deux ans, à saint Grégoire; la belle mosquée, devenue église, est dédiée à N.-D. des Douleurs. J'ai à Constantine trois missionnaires et six sœurs de la doctrine chrétienne de Nancy. Six autres vont venir à Bone, etsix à la nouvelle ville de Philippe-Ville auprès de Stora. 11 y a déjà cinq mille catholiques, sans compter la garnison, une chapelle, une église provisoire (j'ai posé la première pierre de la nouvelle), bientôt deux autres chapelles et un sanctuaire à Stora, Deux prêtres y résident
avec un frère qui sera rejoint par deux autres, aussitôt que nous le pourrons. Il y a de plus un hôpital militaire de douze cents malades.
» À Constantine , je dédierai dans le fond de la gorge de Rienn, à la place même où ils furent martyrisés en 259, selce :ascription encore parfaitement lisible sur le roc, un autei aux illustres saint Jacques et saint Marien, et à leurs compagnons. Ce sera bientôt.
» Là, très-saint Père, mille soldats ont communié à Pâques {sur trois mille environ de garnison); là, le rapprochement semble se préparer entre les Arabes et nous.
» À Gigelly, j’ai un hôpital et vais bénir un sanctuaire; à Bougie, j’ai un prêtre, une assez jolie église, et un trèsgrand hôpital militaire avec un seul prêtre.
» Sans y comprendre les militaires de Constantine, j’ai donné la communion à près de trois mille personnes dans le temps pascal, suivant ce que nous pouvons estimer. Nous avons eu encore depuis l’année dernière un grand nombre de protestants revenus à l’unité catholique.
» Beaucoup de soldats sont morts dans le courant de l’année, et sur ce nombre, la plupart ont reçu les derniers secours de la religion... Cette année même , et au péril de leur vie, plusieurs de mes prêtres ont accompagné les colonnes expéditionnaires de l’armée, et, sous une pluie de balles, tout teints du sang des blessés, ont pu confesser et administrer ceux qui succombaient. Leur conduite a été telle que désormais et toujours nos armées seront ainsi accompagnées. Partout la messe militaire a été rétablie.
» J'ai formé deux associations de persévérance à Alger, commencé à ètablir l’œuvre de Saint-François-Régis pour
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les mariages, et entretenu l’œuvre de la société de Charité, composée, à Alger seulement, de deux cent cinquante dames.
» Ces jours derniers, très-saint Père, j'ai donné le glorieux et mille fois béni nom de Grégoire à la première cloche de ma cathédrale, et cela, sans avoir encore l’agrément de sa sainteté. La reine des Français y a joint son nom béui aussi. C'était aux acclamations de tous ; et, en cette ctrconstance comme toujours, j'ai été profondément touché du pieux concours du chevalier Peloso, consul de votre sainteté, qui a contribué de toute façon à l’éclat de la fête.
» J'ai aussi béni ou envoyé huit autres cloches. Les Arabes commencent 4 s’y accoutumer.
» le jour de la fête du très-saint Sacrement, sur la magnifique place qui est aux bords de la mer, et au milieu de trente ou quarante mille personnes, j'ai fait la procession, et donné, parmi les transports du peuple et au bruit du canon de la rade , la bénédiction la plus touchante et la plus solennelle; les Arabes eux-mêmes m'ont écrit depuis à ce sujet les choses les plus consolantes.
» Peu de jours auparavant, et le 19 mai, j'avais consommé l'acte le plus étonnant de ces derniers temps en ce pays si intéressant, je veux parler de l'échange d’environ cinq cents prisonniers de toutes nations; les derniers ne sont arrivés qu’hier. J’ajouterai qu’en ce moment même, et depuis quinze jours, j’ai un de mes prêtres au milieu des tribus les plus ennemies, vivant avec elles sous la tente, au camp même de l’émir Abd-el-Kader.…
» C'est seul , absolument seul , entouré de douze cents cavaliers arabes que, durant trois heures, j'ai pu épan-
cher mon cœur dans celui de leur chef... J'ai dû envoyer au roi des Français le plus intime de cette merveilleuse conférence. Soli Deo honor et gloria !
» Très-saint Père , à qui après Dieu devons-nous tout ce qui précède ? Il faut le dire, à votre sainteté , à ses prières , à ses bontés paternelles.… nous le devons aussi à notre vraie mère et admirable protectrice, l'illustre et sainte Association de la Propagation de la Foi, tant célébrée du reste déjà par sa sainteté, et tant bénie par tous les évêques, par nous surtout qui, au milieu des inexprimables angoisses , des travaux d’un épiscopat qui ne ressemble point à celui de nos frères d'Europe , ne vivons guères que par elle.
» Je le déclare donc de nouveau, très-saint Père , et que le cœur paternel du pape tressaille encore, c’est à ses prières et à ses aumônes, si considérables cette année encore, que je dois de n’avoir pas quelquefois désespéré, d’avoir un peu travaillé déjà dans la vigne que votre sainteté m'envoya défricher le premier après tant de siècles, il y a deux ans et demi. Par moments, je ne crains pas de l'avouer , j'ai été tenté de fuir , de me retirer dans quelque solitude , le combat m'effrayait. Mais voire souvenir, vos paroles dernières, au moment suprême du départ , les prières et le trésor de la charité de mes frères, les associés de l'OEuvre , m'ont retenu, me retiendront, je l'espère, jusqu’au moment où, si j'ai combattu un bon combat, je pourrai me jeter aux pieds du Juge sauveur des âmes, lui demandant une petite part de votre couronne et de la leur.
» Je leur adresse même , très-saint Père , cette longue lettre qui pourra être utilement employée à la confection
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de leurs Annales , et qui, après les avoir remerciés et consolés , parviendra plus filiale encore aux pieds de votre sainteté, apportant leurs bénédictions et leurs vœux unis aux nôtres. Durant l’octave des saints apôtres Pierre et Paul , nous ferons des prières solennelles pour vous, très-saint Père , pour cette Association marquée du sceau de Dieu , et bien particulièrement pour les églises de l'Orient, du Tong-King et de la Cochinchine, recommandées à tous par votre sainteté, encore plus à ceux qui, comme nous, voyons de plus près certains combats
de la foi.
» Daignez, très-saint Père, lire avec votre bieuveillance de père et de frère aîné, selon vos douces paroles qui résonnent encore à mon cœur de jeune fils et de jeune frère, cette lettre, fidèle mais trop incomplet tableau de la situation de mon église ; peut-être , dans six mois, et en allant au tombeau de saint Augustin , pourrai-je de nouveau visiter aussi le seuil des Apôtres, et, selon le serment de mon sacre, rendre compte avec plus de détails à votre paternité du commencement de mon admiuistration. Oh! quel bonheur ! avant le ciel ce serait le
plus vrai.
» En attendant, j'accomplis ma promesse sacrée en faisant connaitre de la sorte mon naissant épiscopat. Votre sainteté l’a permis. Avec quelle simplicité je profite de la permission, écrivant tellement à la hâte que mon écriture sera presque impossible à lire... Hélas ! je ne peux ni recommencer ni donner ma lettre à de
tardifs copistes.
» Daignez, très-saint Père, agréer l'hommage d'une belle mosaïque trouvée par nous dans les ruines véné-
rables d'Hippone , et qui, par les soins du consul Peloso , sera bientôt acheminée vers Civita-Vecchia.… C'est un faible mais bien cordial tribut de piété filiale.
» Avec cet hommage, daignez aussi, très-saint et bienheureux Père , recevoir celui de la vénération la plus profonde , de la plus profonde affection, de l'obéissance sans mesure, du plus pauvre, du plus indigne de vos serviteurs et de vos frères. »
DESCRIPTION DE SCHERCHELL,
L'ancienne JULIA COESAREA.
Extrait d'une lettre de M. Suchet, vicaire général d’Alger, à M. Samatan.
Alger, 8 février 1842.
« Vous souhaitez que je vous parle de Scherchell , l’ancienne Julia Cæsarea , autrefois capitale de la Mauritanie. Pour répondre à vos désirs, je vais vous communiquer simplement les observations que jai faites à la hâte au milieu de ses ruines.
» Le 4 mai, Mgr Dupuch m’envoya installer un curé à Scherchell. Depuis environ un an que cette place est au pouvoir des Français, plus de cinq cents colons étai:nt allés se fixer dans son enceinte , sous la protection d’une garnison assez considérable, et formaient avec l'hôpital militaire une réunion trop importante et trop exposée aux dangers de toute espèce, pour être privée plus long-
consul Pechia.… C'est iale.
aint et biention la plus l'obéissance ligne de vos