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nuit et le jour, dans les maisons où il y avait le plus de malades et où la misère était à son comble. Pas une d'elles, ni de leurs compagnes n'est morte, mais toutes étaient épuisées au-delà de ce qu'on peut dire; et, sans une protection spéciale de la divine Providence , il leur eût été impossible de continuer si long-temps tant d'œuvres de compassion et de miséricorde.
» À peu près vingt missionnaires se sont trouvés dans les lieux où le choléra a exercé ses plus cruels ravages, et se sont signalés par une assiduité à leurs devoirs, et par un zèle à le remplir digne des temps apostoliques. Leur présence dans toutes ces maisons d’affliction et de deuil, a été d’une consolation indicible pour tous les catholiques, et elle a servi à ramener dans le sein de l'Eglise un bon nombre de protestants , qui étant, généralement parlant. abandonnés par leurs propres ministres, se jetaient avec une confiance sans bornes dans les bras de ces pieux et zélés missionnaires. Ce n'était pas seulement auprès des malades qu'ils exerçaient leur immense charité; ceux qui étaient bien portants, mais qui redoutaient le choléra , leur faisaient passer au tribunal de la pénitence tout le temps dont ils pouvaient disposer sans nuire au service nécessaire des malades, ou à leur propre santé.
» Les révérends pères Dominicains, qui sont établis
dans la paroisse catholique la plus nembre:se Cu Ken- W tucky , ont été pendant plus de deux mois engagés dans 4 des travaux qu'on a peine à concevoir. Dans une petite à
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générale qu'ils furent presqu'entièremenit laissés à euxmêmes , tant on était effrayé d'appracher des maisons infectées de cette épidémie, devenne si meurtrière. Un jeune père Dominicain, né et élevé au Kentucky, d'une santé très-faible et déjà fort épuisé par la fatigue et les travaux de son ministère , se transporta avec deux frères lais, de son ordre, dans cette ville si généralement afligée; animé d'un zèle vraiment sacerdotal , il se lança avec un courage qu'on a cru tenir du prodige au milieu des mourants et des morts, visita sans distinction tous ceux qui étaient en souffrance, catholiques ou non catholiques. Partout il était bien venu, parce que partout il répandait en abondance les consolations spirituelles que Jes mondains ne sauraient donner, sans négliger les services du corps, qui rendus à propos sauvaient souvent les malades de la mort. Plusieurs protestants , qui avaient en vain demandé leur ministre, prêtèrent l'oreille avec plaisir aux instructions qu'il leur faisait, goûtèrent les vérités qu'il leur annonçait, et finirent par embrasser notre sainte religion.
» Les deux frères lais semblèrent aussi se multiplier pour administrer des remèdes aux malades, et surtout pour les ensevelir après leur mort. Quatre-vingts personnes au moins suwccombèrent pendant les ravages du choléra et furent emportées dans moins de quinze jours. Les habitants qui ont survécu à ce fléau destructeur, malgré leurs pertes et leurs dépenses qui ont été considérables, m'ont demandé avec instance la permission d'acheter un let de terre dans la ville, d'y bâtir une église, et de remettre le tout en la possession des révérends pères Dominicains ,; comme un juste tribut
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de leur vive reconnaissance pour les importants ser vices qu'ils en ont reçus pendant le choléra. Les protestants s'offrent de contribuer généreusement à ce double mouvement de piété et de gratitude. Ainsi, dès ce monde même, Dieu se plaît à récompenser au centuple ses zélés serviteurs; quoique les cinq pères Dominicains qui ont montré tant de zèle pendant le temps qu'a duré l'épidémie aient été extrêmement fatigués et épuisés, cependant pas un n’en est mort , et aujourd’hui, graces à Dieu , ils jouissent d’une parfaite santé,
» Enfin, moi-même, après avoir parcouru pendant plus de deux mois les différentes paroisses où le choléra s'était répandu, après avoir administré les secours de notre sainte religion , et procuré aux personnes qui en étaient affligées les consolations annexées à notre ministère ; au moment même où l'épidémie semblait s'être retirée du pays, où j'allais jouir du fruit de mes victoires , j'en fus saisi d’une manière si violente que pendant trois jours l'opinion de plusieurs médecins fut que j'en devais mourir. Hélas! je regrette que leurs conjectures ne se soient pas vérifiées ; car la mort m'aurait délivré d’un fardeau devenu presqu'intolérable, à cause de mon âge avancé et des infirmités qui l'accompagnent ; et j'ai tout lieu de craindre qu’il me sera presqu'impossible d’être mieux préparé que je l’étais alors pour ce passage si redoutable en lui-même, et qui le devient cent fois nlus quand on a à rendre compte d’une administration aussi longue et aussi étendue que la mienne. Mais que la sainte volonté de Dieu soit faite, et non Ja mienne !..., »
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Fragment d'une lettre de M. Odin, missionnaire apostolique , à M. le rédacteur des Annales.
Rome, 5 mars 1834.
« … L'époque lugubre du choléra a été pour l’Eglise d'Amérique une époque de nombreuses conquêtes. Si les ravages affreux exercés par ce mal terrible ont fait gémir amèrement les ministres du Seigneur , combien de consolations n'ont-ils pas aussi éprouvées à la vue de tant de pauvres pécheurs qui sont rentrés pendant ce temps de deuil dans les sentiers de la vertu. Fidèles à leurs devoirs dans ces moments où le Scigneur châtie ses enfants par des calamités publiques , ils ont secouru les infortunées victimes de ce fléau dévastateur avec tout le zèle dont ils étaient capables , et leurs efforts n'ont point été infructueux. Un nombre considérable de protestants ou d'infidèles ont aussi ouvert les yeux à la lumière , et ont trouvé dans les secours dont notre sainte Eglise entoure le lit de mort, ce calme
"et cette paix qui sont un avant-goût de la félicité des
élus. Mais le beau spectacle, qu'ont donné les filles de la charité de Saint-Vincent de Paul, est trop attendrissant pour ne pas intéresser les bons catholiques. Ces héroïnes chrétiennes, avec un courage plus qu'humain , se sont portées ou plutôt ont volé aux lieux où la maladie établissait ses scènes de désolation et de mort. Jour et nuit elles étaient auprès des infortunées victime: , et avec une charité et une tendresse que la religion seule inspire , elles soulageaient et consolaient ces pauvres membres souffrants de leur céleste Epoux, Dans
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ces temps de terreur, la nature et l'amitié semblaient souvent perdre leurs droits : l'ami oubliait son ami, et les liens du sang étaient à peine assez forts pour retenir , auprès des malheureuses victimes, même des parents. Dans ce triste délaissement , les malades trouvaient en ces dignes filles , des mères et des sœurs qui s’empressaient d’alléger leurs tourments et leurs peines. Lorsque le mal se fut ralenti, les journaux retentirent des éloges de ces bonnes sœurs ; leur nom devint cher aux amis de l'humanité, et tous nos frères séparés s’efforçaient de leur témoigner combien ils avaient su apprécier leurs services. La ville de Philadelphie leur vota même des remerciments publics, et leur offrit des marques honorables de sa gratitude ; mais ces sœurs, dont l’ambition ne se borne point aux choses périssables de ce monde, les refusèrent, trop heureuses d’avoir rempli leur devoir et d’avoir contribué à adoucir les maux de la société. Maintenant le nom seul de sœur de la charilé inspire un profond respect. En me rendant à Baltimore , je fis route dans la diligence avec deux de ces excellentes religieuses attachées à l’hôpital de Saint- Louis , que des raisons de santé avaient fait rappeler dans la maison-mère. Traversant des pays où jamais elles n'avaient été vues, elles attiraient les regards par la nouveauté de leur costume et excitaient la curiosité. Plusieurs fois diverses personnes me prirent à part, pour me demander quelles étaient les dames qui voyageaient avec moi. « Ce sont des sœurs de la charité, leur disais-je. — Oh! que nous sommes heureux, me répondait-on , d’avoir vu ces excellentes femmes dont le dévouement pour l'humanité souffrante est si touchant !»
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D'AMÉRIQUE. 25 Et ces étrangers ne les regardaient plus qu'avec un respect qui tenait de la vénération.
» Un journaliste non catholique, de Saint-Louis, inséra dans ses feuilles un article qui mérite d’être cité. Voici à peu près comment il était conçu : « Nous invi- » tons, disait le rédacteur, ceux que la crainte de la » maladie a engagés à chercher un asile dans la cam- » pagne , à rentrer dans la ville ; car le mal a entièrement » disparu ; qu’il nous soit permis de leur dire que mal- » gré leur désertion nos malades n'ont point été aban- » donnés. Il s’est trouvé parmi nous des personnes cha- » ritables, et surtout des sœurs de la charité, qui leur » ont rendu tous les services que demandait leur triste » situation. Nous pouvons aussi annoncer à ces minis- »tres qui ont cru devoir préférer le soin de leurs » femmes et de leurs enfants, à celui des ouailles qui » leur étaient confiées, que nos malades n'ont point été » privés des secours de la religion ; les prêtres catho- » liques , jour et nuit, se sont transportés auprès de leur » lit de douleurs, et les ont fortifiés contre les horreurs » de l’agonie. » Je regrette de ne pas avoir sous les yeux l’article de ce journal; il était bien écrit, et contenait les plus beaux sentiments. Plusieurs Américains, à bord d’un bateau à vapeur , passaient un jour en revue les différentes sectes religieuses des Etats-Unis. Après de longues discussions, l’un d'eux, qui avait gardé un profond silence , prit la parole et dit à ses compagnons de voyage : Pour moi, je crois qu’il n’y a qu’une seule vraie religion, et c'est celle que professent ces bonnes filles qui prennent soin des malades à Saint-Louis ; comment les nommez-vous? Ces dames professent la reli
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