INTRODUCTION. IX
Que dirait-il en apprenant de la bouche d'un de nos concitoyens que dix-huit siècles se sont écoulés depuis que la bonne nouvelle fut pour la première fois prêchée à l'Europe païenne, et que les trois quarts de la race humaine sont encore dans l'ignorance de la rédemption ou retenus' dans les fers de religions mensongères?
Que dh'ait-il? Il verserait des larmes amères; une émotion mêlée d'indignation lui remplirait le cœur; je doute qu'il eût la force de parler.
Mais quel ne serait pas son étonnement, si, témoin de ses larmes et de sa douleur, le descendant d'un de ces barbares auxquels il vint jadis, au péril de sa vie, prêcher Jésus-Christ crucifié, lui parlait de la manière suivante: « Frère, crois-moi, nous ne sommes pas indifférents au « triste sort des Gentils ; mais le temps n'est pas venu « de leur porter l'Evangile. Ne faut-il pas que nous son- « gions d'abord aux brebis perdues de la maison d'Israël? « Il est vrai, nous avons des Eglises florissantes, des cha- « pelles nombreuses, des assemblées religieuses ; la Bible « est dans toutes les maisons, notre cité regorge de bro- « chures et de traités, de colporteurs et d'évangélistes ; « mais que de païens encore dans une ville aussi éclairée I « que d'incrédules qui ne veulent pas croire, que de « mondains qui ne veulent pas entendre, que d'ouvriers « qui ne savent travailler que pour les besoins matériels « âe l'existence ! Aussi longtemps qu'il en est ainsi, notre « conscience ne nous permet pas d'employer nos res- « sources ailleurs qu'autour de nous, et pour le salut ou « le soulagement d'autres que nos compatriotes. »
Mais qu'est-il besoin d'évoquer l'ombre du grand apôtre ? Les objections que l'on ferait aujourd'hui à ses desseins ne sont-elles pas celles que le cœur humain, toujours le môme, dut lui faire lorsqu'il conçut le projet de