INTRODUCTION. XI
dérés comme plus persuasifs. Il aurait fait à l'apôtre un tableau touchant des Eglises dont il était le père et dans lesquelles il y avait encore tant de bien à accomplir ; il l'eût conjuré, au nom de ses enfants spirituels, de* ne pas délaisser une famille à peine formée, que l'abandon de son chef allait exposer aux rudes coups de l'Adversaire; il eût rappelé la position unique dans laquelle Paul se trouvait pour faire face à tant de besoins : élevé par le célèbre Gamaliel, instruit dans toutes les branches des sciences judaïques, initié aux secrets de la philosophie, connaissant à fond les ressorts de la dialectique, pharisien né de pharisien, estimé de ses compatriotes, fait pour leur être du plus grand secours, que ne laissait-il à d'autres le soin d'aller semer les perles de l'Evangile devant les nations barbares ? »
Paul, j'imagine, eût arrêté ici cet éloquent plaidoyer. Sa réponse eût été facile et courte : « Je suis débiteur, « aurait-il dit, aux Grecs comme aux Juifs, aux païens « comme aux chrétiens. Je n'ai que faire de prêcher plus « longtemps l'Evangile à des gens qui le connaissent et « de travailler dans un champ où plusieurs sont déjà à « l'œuvre. Il faut que le nom du Seigneur soit annoncé « aux Gentils. Le Saint-Esprit m'ordonne de partir. Mal- « heur à moil si je n'évangélise. »
On veut bien admettre que Paul, averti par un songe, obéissant à un ordre spécial^ ait pu, ait dû quitter sa patrie pour venir en Europe. On est d'accord que dans des circonstances pareilles à celles où il se trouvait, il faudrait fair« comme il fit; on se refuse à convenir que sa conduite doive nous servir d'exemple et qu'il faille imiter le fondateur de nos églises chrétiennes.
De ce que personne ne pourrait aujourd'hui s'autoriser d'un songe ou prétendre à une direction miracu-