N° IL
À Monorigneur Sughes, Evique de Mew-Dork.
Au pied de la Grande Glacière, une des 4
sources de la rivière Athabasca.
MONSEIGNEUR
Je n'ai pas oublié mes promesses, et je me rapellerai
toujours avec plaisir les grandes obligations, que j'ai |
contractées envers votre Grandeur, dans ces jours, où j'avais le bonheur de voyager en votre compagnie. Je vous adresse aujourd'hui douze lettres des Montagnes- Rocheuses ; elles renferment la narration de mes excursions de l’année dernière et des visites que j'ai faites à différentes tribus ; je vous y entretiens de tout ce que j'ai vu et entendu et de tout ce qui m'est arrivé dans ma longue excursion au milieu de nos Montagnes isolées. J'espère, que mes lettres, toutes simples qu’elles sont, vous consoleront par les nouvelles qu'elles vous apportent, touchant les progrès de notre Sainte Religion, au milieu des tribus éparses de l'Orégon et parmi les tribus solitaitaires, qui parcourent les forêts, les lacs et les rivières du grand fleuve du Nord: l’Athabasca. Quatre Prètres du Diocèse de la rivière Rouge exerceront bientôt le St. Ministère dans les plus affreuses régions du Territoire de l'Hudson-Baice. Qu'il est désolant, que le grand désert
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de l'Ouest, qui s'étend des États-Unis, jusqu’à la base Orientale des Monts Rocheux, et qui s’avance jusqu'aux frontières du Mexique, soit une plage, presqu’entièrement privée de secours spirituels ! Ah! quelle belle vigne ! Quel vaste champ se présente au zèle du Missionnaire catholique! D'après mes propres observations et celles de tous nos Pères qui ont traversé ce désert, j'ose afirmer, que le travail y serait couronné d’un très-grand succès. Les Indiens, en général, sont mal jugés et peu connus dans le monde civilisé; on forme son opinion sur ce qu'on voit d'eux dans nos villes ct sur les frontières, où ‘‘ l’eau de feu, ”’ la malheureuse boisson , et les vices les plus dégradants de la civilisation leur ont causé les plus grands malheurs. À mesure que l’on pénètre dans le désert, on trouve les indigènes mieux disposés ; ils écoutent avec plaisir les instructions et reçoivent avec
} empressement et avidité l’heureuse et bonne nouvelle du
salut.
Un Evêque, qui visiterait avec deux ou trois Prêtres les différentes tribus de ce vaste désert, séjournant parmi chacune d'elles durant quelques semaines, pour les instruire, en obtiendrait le résultat le plus heureux et le plus consolant; les guerres cruelles disparaitraient, et, aux cris de mort et de carnage, qui y ont retenti depuis tant de siècles, succèderaient le chant des cantiques et les louanges du Tout-Puissant. L'idée de réunir en villages perm, nents les nations nomades, qui parcourent les plaines de l’oucst, serait, dans mon opinion, une œuvre impossible, ou qui, du moins, demanderait bien du temps. On pourrait faire de bons chrétiens des sauvages, ct leur permettre néanmoins de mener la vie de chasseurs, aussi longtemps que les buflles, les cerfs, les chevreuils et les cabris abondent sur leurs terres.
L'intérêt que je porte à ces pauvres tribus, et l'assurance que j'ai, qu'elles possèdent dans la personne devotre
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Grandeur un Protecteur puissant et un sincère Ami, me pressent de faire un appel en leur faveur à votre cœur Paternel, afin qu'un prompt remède soit appliqué aux besoins urgents de ce district des Etats-Unis.
Les blancs sont entourés de soins, de moyens de salut, et l’on compte par milliers, ceux qui n’en profitent pas et s’éloignent de la bonne voie; les peaux rouges ont aussi des âmes à sauver, des âmes rachetées par le sang précieux du Sauveur, et par milliers ces'enfants, abandonnés dans le désert, implorent le secours bienfaisant de la Religion.
Je suis avec le plus profond respect et l'estime la plus sincère, me recommandant à vos S* Sacrifices et prières,
Monseigneur , Votre très-humble et très-obéissant serviteur en J.-C.
P. J. DE SMET S. J.