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montés par les paroissiens de M. Blanchet, et de notre chaloupe; nous remontâmes le fleuve, et bientôt nous entrâmes dans la rivière Wallamette, qui se jette dans le Colombia.
« Aux approches de la nuit, nous amarrâmes nos bar-
ques et nous allâmes camper sur le bord. Là, nous nous réunimes autour du feu en table d'hôte assez pittoresque; puis nous nous livrâmes au repos; mais les maringouins vinrent par milliers interrompre notre sommeil ; les religieuses, auxquelles on avait cédé la tente, ne furent pes plus épargnées que ceux qui dormaient à la belle étoile. Vous comprenez sans peine, que la nuit nous parut un peu longue; aussi fûmes-nous sur pied au premier rayon du jour. J'aidai les religieuses à dresser un petit autel; c'était le 15 août, jour de lAssomption, fête qu'on ne célèbre toutefois ici que le dimanche suivant. M. Blanchet offrit | le saint Sacrifice ; tous les autres communièrent. « Enfin le 17, à onze heures du matin, on aperçut la OU chère Mission de Wallamette. M. Blanchet eut soin de | faire transporter nos bagages; les religieuses furent conduites en charrette à leur demeure, éloignée d'environ trois milles de la rivière; à deux heures, nous étions tous E rassemblés et prosternés dans l’église de Wallamette, pour y adorer et remercier notre Divin Sauveur par un Te Deum solennel, qui fut chanté avec une vive émotiar:.
« Le dimanche 18, ici fête de l’Assomption, dès huit heures du matin, on vit arriver en foule les cavaliers canadiens, qui avaient amené de loin leurs femmes et leurs enfants, pourassister à la solennité. À ner:! heures, la foule se pressa dans l’église: les hommes d’un côté, les femmes de l’autre, dans un ordre parfait. Vingt enfants de chœur environnaient l'autel; le Rév. M. Blanchet célébra le saint Sacrifice. Quant à ses paroissiens, ils nous édifièrent beaucoup par leur piété,
Arrivés à la Mission de S.t Paul du Wallamette, le très-
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Rév. M° Blanchet nous accueillit chez lui, avec une charité ei une cordialité vraiment paternelles, mettant tout ce qu'il possédait à notre disposition. Mon premier soin fut d’aller à la recherche de quelque site favorable, où, conformément aux intentions et au plan de notre Très-Rév. Père Général, nous pussions établir une Mission-mère. Je fis en conséquence avec M' Blanchet plusieurs excursions, qui n’eurent aucun résultat; car les sites étaient déjà occupés, et une foule d’autres obstacles se présentèrent. Les Méthodistes me proposèrent d'acheter leur Académie. C'est une assez grande et belle maison; mais il n’y a dans les environs ni bois, ni terre labourable. J'étais dans une grande perplexité, lorsque M° Blanchet me proposa d'examiner les terres appartenant à la Mission, et m'offrit avec un désintéressement admirable, de choisir l'étendue, que je jugerais nécessaire à l'établissement projeté. J'examinai le terrain, et à peine avions-nous fait deux milles, q ue nous arrivâmes à un point, qui présenta à nos yeux unc foule de beautés ct d'avantages, en réunissant l'utile, l'agréable et même le grandiose. Qu'on s’imagine au Midi une plaine immense, d’où l’on aperçoit, s’élançant jusqu'aux nues, les :imeg blanchâtres des trois plus grandes Montagnes de la chaîne des Cascades: le mont Hood, le montS'° Hélène, et le mont Jefferson ou Molélis; au Levant, des lointains, dont les douces nuances se fondent avec l’azur du ciel ; à l'Occident, les eaux brillantes et limpides de deux beaux petits lacs, où nageaient et folâtraient insouciants, pendant que nous les contemplions du haut de la côte, et le Castor, et la Loutre, et le Rat-musqué. Un de ces petits lacs se trouve même au pied de ki côte, vis-à-vis d'un amphithéâtre, qui monte en pente douce sur le côteau élevé, que nous occupions, et que je choisis pour y établir la maison de S' François-Xavier.
Les doux souvenirs de notre premier établissement du Missouri me revi ‘ent à la pensée. J'espère, qu'ici un
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jour, à l'exemple de la Maison S! Stanislas, près S' Ferdinand, qui s’est étendue sur une grande partie du Missouri, dans l'Ohio, dans la Louisiane, dans les Montagnes-Rocheuses, jusqu'aux extrémités de l’ouest de l'Amérique, ici, je l’espère, s’établira aussi une petite pépinière de Missionnaires zélés, qui dans la suite, (puisse le temps n'être pas éloigné!) se répandront parmi les différentes tribus de cet immense Territoire, pour y porter le flambeau de la foi.
Sous nos yeux la belle rivière du Wallamette forme une
immense courbe, bordée par une superbe forèt, qui fournira en abondance des bois de différentes espèces, pour les besoins de l'établissement. — Nulle part je n'ai vu dans cette région des Pins, des Sapins, des Ifs, des Cotonniers, des Frènes, des Aünes, des Chènes, plus majestueux et en plus grande abondance. — Entre la forêt et le côteau se trouvent des bocages touffus et de riantes prairies. La terre en est fertile, propre à toutes sortes de produits et capable de fournir à l'entretien d’une grande ferme. Ajoutez à tous cesavantages, une suitede fontaines vers le milieu de la côte; l’une d'elles n’est qu’à cent pas de la maison; on pourra plus tard en tirer bon parti. La résolution une fois prise, on ne tarda pas de mettre la main à l'œuvre. On commença par déblayer, par couper les broussailles et les arbres épars, et avec l’aide de plusieurs habitants, nous y élevâmes bientôt trois bâtiments en bois, sous un seul toit de 90 pieds de longueur. Ils devaient servir de maisons de travail au frère charpentier, au forgeron ct au menuisier. Un bâtiment à deux étages de 45 pieds sur 55, est aussi en construction et déjà bier :vancé; ce sera la demeure des Missionnaires.
Une maladie, qui parut contagieuse (le Flux de Sang,) mais que lesmédecins attribuèrent aux eaux malsaines des rivières, régnait dans l'Orégon, lors de notre arrivée, Un grand nombre de sauvages, particulièrement parmi les
PM es Tchinouks et les Indiens des Cascades, en moururent. Il était pitoyable de les voir dans leurs petits campements, presque sans abri, étendus et expirants sur le sable, le long du rivage. Ils tâchaient de gagner le fort Vancouver, pour obtenir le secours du médecin. La plupart de nos matelots furent attaqués du mal ; le capitaine surtout m'inspira de vives inquiétudes ; je craignis, qu’il ne succombât et ne püt revoir cette famille chérie, sa femme et ses chers enfants, dont il prenait plaisir à m’entretenir tous les jours. C'était un digne homme et un habile marin, je l’estimais et je l’affectionnais sincèrement. Trois des sœurs payèrent leur tribut à la maladie; le P. Accolti et moi, nous ne tardämes pas non plus à en ressentir les terribles effets. Je dus garder le lit pendant quinze longs jours, observant la plus stricte diète. Nous eûmes tous le bonheur d'en échapper.
L'hiver approchait rapidement, et malgré mon état de convalescence, je ne pus résister au besoin et en même
temps au désir pressant que j'éprouvais, de revoir mes chers sauvages des Montagnes, qui aussi attendaient mon retour avec impatience ; c'était la nouvelle que m'en avait donnée le Rév. P. Mengarini , leur missionnaire, qui était venu au-devant de moi.
Aujourd'hui, 9 octobre, j'ai le bonheur de me mettre en route pour les Montagnes-Rocheuses.
u Je suis, Cher François,
Votre dévoué Frère P. 3. DE SMET, S. J.
Nors. Dès le 9 septembre, en attendant que leur maison fut habitable, les Sœurs commencèrent à instruire en plein air les femmes et les enfants, qui sedisposaient à la première communion. Le 12, elles avaient déjà dix-neuf élèves âgées de 16 à 60 ans. Toutes ces personnes viennent de loin, apportent des vivres pour plusieurs jours,
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et couchent dans la forêt , exposées à toutes les injures de l'air. On ne peut concevoir, combien ces pauvres gens sont avides d'instruction ; on consacre jusqu'à six heures par jour à leur enseigner le signe de la croix et les prières ordinaires. Un jour, on apprit qu'une femme était depuis deux jours sans manger ; les chiens avaient dévoré sa petite provision , et elle n'avait pas voulu retourner chez elle, afin de ne pas perdre la leçon du catéchisme.
On ne saurait croire, combien les Sœurs sont chéries et respectées , et quelles démonstrations de reconnaissance ces Indiennes leur font; les unes leur apportent des melons, les autres des pommes de terre , du beurre, des œufs, etc.
Le couvent n'ayant encore, le 24, ni portes, ni chassis, à cause de la rareté des ouvriers, on vit ces bonnes Sœurs , les unes s'essayer au maniement du rabot, les autres placer les vitres, peindre les portes et les fenêtres , etc. Ce qui leur fait si ardemment désirer leur nouvelle habitation , c'est que déjà on leur a présenté une trentaine de pensionnaires canadiennes, qui leur procureront les moyens de nourrir gratuitement les jeunes orphelines, qui se trouvent abandonnées. Ces jeunes enfants, recueillies chez les Sœurs, pourront ainsi recevoir des soins spirituels et corporels; mais, pour réaliser ce projet, qui promet D de si beaux résultats , il faudrait quelque secours qui permit de leur B& fournir des habillements ; le produit du pensionnat ne pouvant servir KE qu'à leur nouriiture. Voici, du reste, le brillant prospectus de ce R pensionnat.
Par trimestre : 100 livres de farine, 25 livres de lard ou 36 de bœuf, 4 livres de sain doux, un sac de pommes de terre , 3 galons de pois , 3 douzaines d'œufs , un galon de sel, 4 livres de chandelles, une livre de thé, 4 livres de riz.
C'est au mois d'octobre, que les Sœurs sont définitivement entrées dans leur couvent ; le Rév. M' Blanchet vint peu après bénir leur chapelle avec toute la solennité possible. Depnisce moment, elles ont le bonheur d'avoir tous les jours la Sainte Messe, qu'un des Rév. Pères missionnaires de la maison de S!*, François Xavier vient y célébrer. Dès les premiers jours de leur installation , elles ont eu encore la douce consolation de voir faire la première communion à une trentaine de femmes, em avaient instruites et préparées. Ces succès , obtenus en si peu de temps, ont fait concevoir le projet de former une scoonde maison de ce genre à la ville d'Orégon. Les circonstances sont très-favorables à ce nouvel établissement des religieuses. Malheureusement, la station de S* Marie du Wallamette fournirait à elle seule, de quoi occuper douze Sœurs , et elles ne sont que six!
Nous apprenons avec plaisir, que Mgr Blanchet se rendra en Europe, pour y être consacré, et qu'il fera de nouvelles démarches, pour obtenir encore douze autres religieuses. Fasse le ciel qu'il réussisse , ct que le défaut de moyens pécuniaires ne mette pas un obstacle insurmontable au grand sacrifice, que, cette fois encore, la pieuse congrégation des Sœurs de Notre Dame s'imposerait avec la même générosité !