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parages. Nous passâmes au pied de la Montagne Hood, qui domine toutes les autres. Le Capitaine Wyeth, en la voyant du sommet des Montagnes Bleues, en parle avec enthousiasme. « Le voyageur, en s’avançant vers l’ouest, » voit les pics élevés des Montagnes-des-Cascades à une » distance de cent soixante milles ; — plusieurs s'élèvent » à seize mille pieds au-dessus du niveau de la mer. » Toutes les autres perspectives en Amérique, comparées » à celle-ci, s’évanouissent. D'un seul endroit, j'ai contemplé sept hautes montagnes de cette chaine, s’étendant du Nord au Sud; — leur blancheur éblouissante, leurs formes coniques et escarpées, leur donnent les apparences d'immenses pains de sucre. »
Nous employâmes vingt jours à nous rendre du Wallamette à Walla-Walla , par des landes désertes et ondoyantes, qui ne produisent que l’absynthe, le cactus, le gazon en touffes et d’autres espèces d’herbages et de plantes, propres aux terres stériles et sablonneuses.…. Le gibier y est rare : on y voit cependant de grosses perdrix ou faisans, des avocettes, plusieurs petits oiseaux d'espèces nouvelles, des lapins et des lièvres; les Salamandres y fourmillent ; les ‘Armadillos s'y rencontrent fréquemment, surtout dans le voisinage des Grandes Dalles.
Le Fort Walla-Walla se trouve au 46°2 de latitude, et à la longitude de 419°30’. 11 est entouré de sables; ses environs offrent l’aspect des déserts de l'Arabie. L'embouchure de la rivière Walla-Walla n’en est éloignée que d’un mille, Ses bas-fonds, lorsqu'ils sont arrosés, sont fertiles et l'on y cultive avec succès le maïs , le froment, l'orge, les patates et toutes sories de légumes. Ils ont aussi au Fort des vaches, des pores en grand nombre et des bandes considérables de chevaux.
Je vous ai parlé plusieurs fois du désert Nez-percé et Spokan; je n'ai plusrien à ajouter au récit, que je vous ai fait de cette triste région. À mesure cependant qu'on ap-
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d'innombrables petites fourches, dont les eaux sont pures et saines. Les vallons, qui bordent la montagne, sont trèspittoresques, fertiles en riches pâturages et couvertes de belles forèts de pins, de sapins, de pluches et d'épinettes; c'est dans ces riantes prairies, que résident les Nez-percés et les Kayuses. Ils possèdent une grande quantité de chevaux ; quelques familles en possèdent jusqu’à quinze cents.
Ils cultivent avec succès le blé, les patates, les pois et plusieurs autres légumes et fruits. C’est de tout l'Orégon la région, qui offre de plus beaux pâturages; même en hiver, les animaux y trouvent une nourriture abondante et n'ont pas besoin d'abri pour se garantir du froid; car le climat y est fort tempéré ; les neiges, ainsi que les pluies excessives et durables, n’y sont pas connues.
J'arrivai avec tous mes bagages à la Baie des Kalispels, vers le milieu de juillet, Depuis mon départ au printemps, le nombre des néophytes y avait augmenté. Le jour de l'Ascension, le Rév. P. Adrien Hocken avait eu le horiheur de baptiser cent adultes. Pendant mon absence, on : avait construit quatre maisons en bois, et préparé tous + ma tériaux, pour la construction d’une petite Église ave un champ clos de quatre-vingts arpents. Le nor"; des Kalispeis baptisés, adultes et enfants, monte amiourd’hui à plus de quatre cents. Ils sont tous remplis a #1 ot de ferveur; ils mettent la main avec courage à ! i'sche et à la charruc, déterminés à laisser la vie nomade et à se procurer une demeure et une existence fixes.
Les belles chutes de la Colombie, appelées ies Chaudières, dans le voisinage du Fort Colville, ne sont qu'à deux petites journées de distance de la nouvelle résidence de S' Ignace. Huit à neuf cents sauvages s’y trouvaient réunis, pour la pêche du saumon. Je m'y rendis, résolu de passer avec eux la neuvaine de notre illustre
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Fondateur. Pendant les quatre dernières années, un grand
nombre deces Indiens avaient eu le bonheur d’être visités par les Robes-noires, et avaient reçu le baptéme.. Ils me reçurent avec une tendresse et une joie vraiment filiales. Je fis dresser ma pauvre petite chapelle en joncs, sur une éminence, au milieu des huttes Indiennes. — Elle représentait au naturel le pélican du désert, recueillant sous ses ailes et nourrissant avec amour ses petits encore tendres , mais avides d’une nourriture substantielle. Chaque jour, je fis trois instructions, auxquellesles Indiens assistaient avec toute l’assiduité et l'attention désirables.
La fête de S' Ignace fut pour moi l’année dernière, un jour d’épreuve et d'inquiétude; mais aussi un jour de protection spéciale de la Providence sur nous, un jour dont j'aime à rappeler le souvenir. Il se termina si heureusement et surtout si glorieusement , que tous mes compagnons, j'en suis sûr, n’en perdront jamais la mémoire, cten rendront d’éternelles actions de grâces à Dieu. Sans carte, sans connaissance de l'embouchure, nous traversâmes, ce jour-là, la dangereuse et redoutable barre de la Colombie, comme portés sur les ailes des Anges!!! Cette année, j'ai passé la fête de S' Ignace au milieu des travaux, mais de ces travaux si doux au cœur du missionnaire, et qui, par la consolation qu’ils apportent, le récompensent au centuple de toutes les privations, les peines et les fatigues qu’il endure.
Plus de cent enfants me furent présentés pour le Baptème, ainsi que onze vieillards, dont plusieurs portés sur des peaux, semblaient n'attendre que le jour de la régénération, pour aller se reposer dans le sein de leur Divin Sauveur. Le plus ancien d’entr'eux, un Okinagane, était aveugle et presque centenaire; il me dit entr’autres ces touchantes paroles : « Ma vie a été longue sur la terre, »+ et mes pleurs n'ont cessé de couler. — Je pleure encore * tous les jours , car j'ai vu mourir tous mes enfants, —
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» Tous mes anciens amis ont disparu. — Je me trouve dans ma nation isolé et comme au milieu d’un peuple étranger. — Les souvenirs seuls m'occupent et ils sont tristes et amers. Toutefois, je trouve une consolation : — Jai évité la compagnie des méchants. — Jamais je n’ai voulu me joindre à eux, ni dans leurs vols, ni dans leurs batailles, ni dans leurs meurtres. Aujourd’hui la joie a pénétré jusqu’au fond de mes entrailles. — Le Grand Esprit m'a pris en pitié. — J'ai reçu le Baptème. — Je lui en rends grâce. — Je lui donne mon cœur et ma vie. »
J'avais employé tous mes moments de loisir pendant la neuvaine à les préparer à recevoir dignement le S' Sacrement de la régénération. Une Messe solennelle fut célébrée, pendant laquelle les Indiens chantèrent des cantiques à la louange de Dieu. — Les cérémonies du baptême eurent lieu ensuite et tout se termina dans l’ordre le plus parfait, au grand contentement et à l’édification de tous les sauvages.
Cette réunion offrait un aspect vraiment grandiose: le vaste rocher, le bruit sourd des grandes cisutes, qui retentit au loin dans la solitude, sur les bords du puissant fleuve de l'Orégon. ‘and ses eaux impatientes forment un immense et irapétueux torrent; se précipitent à travers un dédale de rochers, et, comme autant de colonnes transparentes, s'élèvent de toutes parts en jets d'eau, où se peignent aux rayons du soleil les richæs couleurs de l’arc-enciel. Tout contribuait à donner ui plus vif intérêt aux belles cérémonies du jour... Outre les Indiens Shuyelpi ou Chaudières, on y voyait des Indiens des grands lacs de la Colombie, des Okinaganes, des Sinpoils, des Zingomènes, et plusieurs Kalispeis, qui m'avaient accompagné pour me servir de catéchistes et de chantres. J'ai donné le nom de S!' Paul à la station des Shuyelpi; celle des grands lacs de la Colombie, où ie Père Hoeken doit
bientôt se rendre, pour continuer l'instruction et pour baptiser tous les adul*=s, a été placée sous le Patronage de S' Pierre.
Ma présence au milieu de ces bons Indiens n’interrompit pas leur belle et abondante pêche. Un énorme panier fut attaché à une pointe saillante du rocher et les superbes poissons de la Colombie venaient s'y jeter en foule et comme par enchantement. Sept ou huit fois le jour, on vidait le panier, et ehaque fois, on y trouvait jusqu'à 250 saumons. Dans l'intervalle, les dardeurs rangés sur le rocher, plongeaient et replongeaient leurs dards avec tant de dextérité, que presque jamais ils ne manquaient leur proie.
Hors de l'Orégta on m'accusera peut-être d’exagération. J'ose affirmer pourtant, qu'on pourait compter les cailloux, semés avec profusion sur les deux bords du fleuve Colombia , aussi facilement , que les poissons de différentes espèces qu’il renferme, Qu'on en juge par l'énorme consommation qui s'en fait. Comme le buffle des plaines à l'Est des montagnes, le poisson à l'Ouest est la seule nourriture des peuples qui habitent ces régions. Lorsque le saumon et les autres poissons remontent les rivières, les tribus Indiennes se rendent en fouie sur tous les points les plus favorables à la pêche. Non-seulement elles y trouvent une nourriture «bondante durant toute cette saison; mais la quantité des poissons qu’elles prennent est si grande, qu’en les séchant, en les pulvérisant et er raélart à cette poudre l'huile que le poisson fournit, elles peuvent, avec u:: peu de prévoyance et de travail, se procurer des provisions suffisantes pour le reste de l'année.
Des multitudes innombrables de saumons remontent jusqu'aux sources des rivières et y meurent épuisés et faute d'eau. Les truites et une espèce de carpes les suivent en foule, et se régalent du frai que les premiers déposent
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| dans les trous et les remous des rivières. Au printemps suivant, les petits saumons descendent vers la mer, et l'on dit (j'ignore sur quelle autorité) qu'ils ne retournent que la quatrième année. On trouve dans les eaux de la Colombie six différentes espèces de saumons.
Le 4 du mois d’Août, je quittai les chutes des chaudières, accompagné de plusieurs Métis de la nation des Cries, afin d’aller examiner un champ qu'ils avaient choisi, pour l'érection ou le site d’un village. Je trouvai la terre propre à l’agriculture et fertile; plusieurs bâtiments y étaient déjà en construction. J'ai donné le nom de St. François Régis à cette nouvelle réduction , où un grand nombre de Métis et de chasseurs à castor ont résolu de venir se fixer avec leurs familles.
Le 6, je traversai la haute montagne des Kalispels et j'arrivai vers le soir à la Réduction de S' Ignace. Les Rév. PP. Hoeken et Ravalli avec deux Frères coadjuteurs, dirigent cette intéressante petite colonie. De S' Ignace, ils iront évangéliser les différentes peuplades du voisinage ; telles que les Zingomènes, les Sinpoils, les Okinaganes, les stations de S‘ François-Régis, de S! Paul et de S' Pierre, les Ares-à-plats et les Koctenais. Je me propose de visiter sous peu ces deux dernières tribus, où jamais prêtre n’a pénétré, pour y préparer les voies à la réception de leurs Missionnaires futurs. Ces différentes peuplades, terme moyen, comptent chacune environ cinq cents âmes.
J'ai l'honneur d'être avec le plus profond respect et l'estime la plus sincère,
MonNsEIGnEUR , Votre très-humble et trés-obéissant serviteur en J.-, P, J. DE SMET S, J.