‹ Missions de l'Orégon et voyages aux Montagnes Rocheuses aux sources de la Colombie, de l'Athabasca et du Sascatshawin en 1845-46 [microforme]Chapitre 14 sur 85 · NT · texte numérisé non relu

NT

Station de l'Assomption, Arcs-à-Plats, 17 Août 1845.

MONSEIGNEUR

Le 9 du mois d’août, je continuai ma route vers le pays des Arcs-à-Plats. Les sentiers se trouvaient encore inondés, par la grande crue des eaux; je préférai remonter la rivière à Clark ou aux Tétes-Plates en canot d’écorce, et j'envoyai mes chevaux à travers les forêts épaisses qui bordent la rivière, m'’attendre au grand lac des Kalispels.

Je fis ici une rencontre imprévue et bien agréable : comme nous approchions de la forêt, nous en vimes sortir une douzaine de cavaliers en habits déchirés, conduits par un gentilhomme en guenilles et à grand chapeau rabattu : tout leur extérieur annonçait qu'ils avaient laissé maintes reliques dans les forêts presqu'impénétrables du pays Koetenai, qu’ils venaient de traverser. Le gentilhomme me salua par mon nom, avec les marques d’une ancienne connaissance. Je rendis le salut, en m'informant à qui j'avais l'honneur de parler. Une petite rivière nous séparait, et, avec un sourire, je recus pour réponse : « Attendez, que je me trouve sur l’autre berd, et là, vous me connaîtrez. » Ce n’est pas un chasseur à castor, me disais-je, et sous cet habit en guenilles, sous se méchant chapeau, je ne pouvais pas facilement reconnaitre

(1) L'Ai

un des principaux membres de l'Honorable Compagnie de la Baie d'Hudson, le digne et respectable M" Ogdon. | J'avais eu l'honneur et le bonheur en 1842, de voyager avec lui dans sa berge, de Colville jusqu’au fort Vancouver,

et l'on ne saurait trouver de société plus intéressante et E plus agréable que celle de ce digne Monsieur. Il faut voyager dans le désert, être isolé, loin de ses frères et de ses

, Ares-à-Plats, amis, pour concevoir la consolation et la joie d’une pareille rencontre... M' Ogdon avait quitté l’Angleterre au mois d'Avril dernier, accompagné de deux officiers du génie.

Je reçus avec plaisir les nouvelles récentes de l’Europe, mais la question de l’Orégon me parut un peu alarmante ; car ce n'était pas la curiosité et le plaisir de voyager, qui

ute vers le avaient conduit ces deux Messieurs à travers tant de conaient encore trées désertes, et qui leur faisaient hâter leur course vers férai remon- l'embouchure de la Colombie. Ils avaient ordre de leur anot d’écor- gouvernement, de prendre possession du cap Désappoinéts épaisses tement, d'y arborer le drapeau Anglais et d'y ériger une

forteresse, pour s'assurer de l’entrée du fleuve. Dans la question de l'Orégon, John Bull, (1) sans trop parler, va droit au but et s'empare du poste le plus important du pays ; Uncle Sam, (2) au contraire, se perd en paroles, s'emporte et tempête; il a passé des années en débats et en controverses inutiles, sans faire un effort pour s’assurer de son droit réel ou prétendu. Ceux, à qui le pays appartient en réalité, les pauvres indigènes de l’Orégon, sont les seuls qu’on ne consulte pas; leur destinée sera sans doute celle de tant de malheureuses tribus, qui, après avoir vécu paisiblement durant des siècles, du produit de la pêche et de la chasse, disparaîtront enfin, ictimes des vices et de l'influence meurtrière de la civilisation moderne.

vimes sortir és, conduits

reconnaitre (1) L'Anglais. () L'Américain.

SN

Du grand lac la route vous conduit aux Arcs-à-Plats, à travers des forêts épaisses, remplies d’embarras (arbres abattus) de lacs, de marais et de bourbiers affreux, d’où les pauvres bêtes de somme ont de la peine à se tirer; mais, lorsqu’au sortir de la forêt, le voyageur contemple d’un plateau élevé, la riante vallée qui s’offre tout-à-coup à ses regards; ces deux beaux lacs, qui y entretiennent partout une riche et délicieuse verdure; cette magnifique | rivière des Arcs-à-Plats ou Mac Gilvray, qui serpente en tous sens , il oublie le passé et se sent dédommagé des tristes vues et desfatigues d’une longue journée demarche.

Cette partie de la vallée des Arcs-à-Plats ressemble beaucoup aux deux vallées des Cœurs-d’Alènes: même fertilité de terrain, mêmes marécages, mêmes lacs; de beaux pâturages, desbocages de saules et depins, de hautes montagnes, couvertes jusqu’au sommet de forêts épaisses, des bas-fonds, où les cèdres déploient toute leur majesté et leur magnifique feuillage, et, comme dit Racine,

« Cachent dans les cieux Leur front audacieux. »

La rivière dans cet endroit, profonde et tranquille, roule lentement ses eaux; mais, à la fonte des neiges, elle déborde et se précipite avec une telle impétuosité, qu’elle déchire ses bords, et, dans sa course furibonde, entraine des arbres, des fragments de rochers et tout ce qui voudrait s'opposer à son passage. Alors toute la vallée est inondée en peu de jours; elle n'offre plus au regard, que des lacs et des marais immenses, séparés entr'eux par quelques lisières de bois. C'est par ce moyen, que la Providence, toujours bienveillante envers ses créatures, vient au secours des malheureuses peuplades, qui habitent ces régions, et fournit libéralement à leurs besoins. Les lacs et les marais, qui se forment au printemps, se rem-

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