SN
elles creusent un trou de trois à quatre décimètres de profondeur, et d’un diamètre proportionné à leur richesse: elles en couvrent le fond d'un pavé bien uni, rire elles font rougir au moyen d’un grand fèu. Après avoir
cr soin toutes les braises, elles recouvrent ces Sie d'herbes vertes ou de foin mouillé, sur lesquelles elles versent leur Kamash: vient ensuite une autre couche de foin mouillé, puis une d'écorce, enfin un tas de terre, sur laquelle elles entretiennent une espèces d'incendie, pendant 50, 60 et quelquefois 70 heures: la Kamash acquiert ainsi une consistance à peu près égale à celle de vos jujubes ; elle se réduit quelquefois en painsde diverses dimensions. Elle est excellente, surtout cuite avec la viande; elle se conserve longtemps, pourvu qu'on ne la mouille pas.
Aussitôt que les produits de la pêche et de la récolte sont épuisés, les Indiens s’élancent à la poursuite des animaux de la forét, des plaines et des montagnes. S'ils ont peu de succès à la chasse, leur faim devient si extrême, qu'ils se trouvent réduits en dernier lieu à la Afousse, ressource toujours abondante de ceux qui jeünent, et beaucoup plus facile à obtenir que la Kamash ; c’est le parasite d'un gros pin, fort commun dans ces contrées ; de ses branches pend en grande quantité une mousse noirâtre, qui parattrait, au premier abord , plus propre à bourrer un matelas,
qu’à soutenir la vie humaine. Lorsqu'on s’en est procuré une bonne quantité, on la trie, pour en ôter toute substance hétérogène; puis on lui fait subir la cuisson, dont j'ai parlé au sujet de la Kamash. La mousse se forme alors en couches épaisses, compactes, adhérentes les unes aux autres. C'est la plus chétive des nourritures; elle réduit en peu de semeïnes à un état pitoyable de langueur.
Tels sont les Arcs-à-Plats. Ils ne connaissent ni industrie, ni art, ni science: les mots mien et tien leur sont à peine connus. Ils jouissent en commun des faveurs, que
imètres de la nature leur accorde spontanément ; et, comme en géné-
à leur ri- ral le sauvage est étrangement imprévoyant, ils passent & bien uni, souvent d’une grande abondance à une extrême disette. Après avoir Aujourd’hui, ils se rempliront le corps à toute outrance, ouvrent ces le lendemain et souvent plusieurs jours de suite se pasir lesquelles seront dans une abstinence totale. Cependant les deux
utre couche extrêmes leur sont toujours également pernicieux: les as de terre, figures cadavéreuses et sans vie, que je rencontrai parmi d'incendie, eux, m'offrirent une triste preuve de ce que j’avance.
la Kamash J'étais arrivé à temps parmi les Ares-à-Plats, pour être le à celle de témoin de leur première pêche et du grand festin, qu'ils sde diverses célèbrent tous les ans à cette occasion. Les hommes seuls iite avec la ont le privilége d'y assister. Un feu d’environ cinquante qu'on ne la pieds de long était allumé, et des monceaux de cailloux,
de la grosseur d’un œuf de dinde, se trouvaient sur les braises. Quatre-vingts hommes étaient rangés autour de ce feu, chacun avec sa chaudière d'osier, remplie d’eau et de poissons; la salle où ce festin extraordinaire se donnait, était construite en nattes de joncs: elle avait trois ouvertures ou portes, une à chaque extrémité, pour servir d'entrée aux convives, et une troisième au milieu, pour donner passage aux poissons. Toutes les mesures étant prises et chacun à son poste, le chef fit une courte harangue d'encouragement à son peuple et finit par une prière de supplique au Grand Esprit, dans laquelle il demandait une pêche abondante. 11 donna le signal, et tous les hommes, armés de deux bâtons applatis aux bouts, en guise de pincettes, retirèrent les cailloux du milieu des braises et les mirent, chacun dans sa chaudière. Ils renouvelèrent cette opération à deux différentes reprises, et les poissons furent cuits dans l’espace de quelques minutes. Enfin ils s'accroupirent et commencèrent le festin, évitant avec le plus grand soin de briser ou de détacher les arrêtes du poisson, condition, sine qud non, d’une abondante pêche : une seule arrête brisée serait de
récolte sont des animaux s ont peu de me, qu'ils se
am TÈ
mauvais augure, et le coupable devrait être aussitôt exclu de la bande des pêcheurs, où sa présence serait nuisible et porterait infailliblement malheur. On trouve dans le grand lac et dans la rivière des Arcs-à-Plats une espèce d’Esturgeon, qui a souvent six, dix et quelquefois douze pieds de long. Les sauvages s'en emparent en le perçant de dards.
Cette année, comme toutes celles que j'ai passées jusqu'ici au milieu des sauvages, l'Assomption de la Se Vierge Marie fut pour moi un jour de consolation et de bonheur. J'avais eu le temps de tout préparer pour les cérémonies de cette belle fête. Grâce aux instructions et aux bons conseils d’un brave Canadien, M" Berland , qui a longtemps résidé parmi eux en qualité de Traiteur, je trouvai la petite bande des Arcs-à-Plats, docile à la grâce et parfaitement disposée à embrasser la Foi Chrétienne. Ils connaissaient déjà les principaux articles de la Religion et ils chantaient distinctement plusieurs cantiques en Français et en langue Indienne. Ils sont environ 90 familles. J'y célébrai la première Messe qui ait été dite sur leurs terres. Après les saintes et augustes cérémonies de l’Autel, quatre-vingt-douse. de leurs petits enfants reçurent le baptôme, ainsi que dix adultes d’un âge trèsavancé... Ils étaient très-attentifs et très-assidus à toutes mes instructions. Dans la soirée eut lieu la plantation de la croix, aussi solennelle que les circonstances le. permirent. L'humble étendard du Dieu Sauveur s'éleva sur les bords du lac, au bruit d’une salve de quatre-vingts coups de fusils. À ses pieds, la tribu entière ft au Grand Esprit l'offrande de son cœur, promit un attachement inviolable à tous les devoirs des vrais enfants de la prière et détruisit entièrement ce qui restait de ses jongleries et de ses ancienries superstitions. La Station reçut le beau nom de l'Assomption..…. Sous la protection de Marie, cette bonne Mère, dont ils n'ont cessé de chanter les cantiques depuis
ussitôt exclu erait nuisible ouve dans le g une espèce quefois douze en le perçant ri passées juson de la S'° isolation et de arer pour les nstructions et e Traiteur, je
plusieurs années, nous espérons, que la religion s’affer- | mira et fleurira de plus en plus au milieu de cette intéressante peuplade, où règnent encore dans toute leur vigueur l'union, la simplicité, l'innocence et la paix. Ils désirent ardemment de s’adonner à l’agriculture, dont je leur expliquai les avantages, et ils reçurent avec la plus grande joie la promesse, que je leur fis, de leur envoyer des semences et quelques outils.
Je me recommande à vos SS. Sacrifices et j'ai l'honneur d'être dans les SS. Cœurs de Jésus et de Marie, de votre Grandeur,
MONSEIGNEUR
Le très-humble et très-obéissant serviteur en J.-C.
P. J. DE SMET S..J.