N° VI
Haute Traverse de la rivière des Arcs-à-Plats, 3 septembre 1845.
MONSEIGNEUR
Les Ares-à-Plats et les Koetenais sont connus dans lepays sous le nom de Skalzi et ne forment qu’une seule peuplade, divisée en deux parties. La route, qui conduit à ces derniers, change d'aspect à chaque instant: d’abord vous traversez de belles et claires forêts de sapins rouges, de plûches et d’épinettes légèrement ondoyantes; vous entrez ensuite dans des forêts épaisses, qui se présentent comme le nec plus ultrd du désert; c’est là, que, la hache en main, il faut se frayer de nouveaux sentiers, pour éviter les nombreux embarras, causés par les chutes d'une infinité d'arbres, que les tempêtes de l'automne ont abattus et entassés les uns sur les autres.
Les forêts dont je vous parle, sont partout si épaisses, qu’on y perd de vue son guide, à la distance d’une douzaine de verges. Le moyen le plus sûr pour ne pas s'égarer en les traversant, c’est de se fier entièrement à la sagacité de son cheval; il suit toujours fidèlement les autres bêtes de somme, qui ouvrent la marche : cent fois je me serais perdu sans cet expédient.….. Je ne saurais vous le cacher, ces tristes lieux font naître dans l'esprit du voyageur des idées sombres et sinistres, qui le jettent dans l'inquiétude *et l'angoisse; mille fantômes effraient,
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l'imagination, comme si l’on était condamné, à ne jamais sortir de ces labyrinthes, qui servent de repaires aux Ours et aux Panthères.
Le sentier serpente dans le voisinage de la rivière, et, de temps en temps, il permet aux yeux de se reposer sur quelques-uns des tableaux les plus agréables, qu'elle présente dans son cours. Le sentier coupe les pointes ou déviations de la rivière, partout où le sol rocailleux le permet. À un endroit, qu’on appelle le Portage, la rivière traverse une gorge de montagnes ou plutôt de rochers escarpés d’une hauteur effrayante. C'est à travers cœ obstacles, en apparence insurmontables, qu'il faut, au risque de périr cent fois, voyager l’espace de huit milles environ. Tout ce qu’on peut imaginer de plus difficile, de plus effrayant et de plus dangereux en fait de chemin, s'y rencontre, Ce ne sont que montées et descentes à pics, que précipices affreux, que glacis longs et étroits. A chaque pas, la vue du danger glace le sang dans les veines et couvre tous les membres d’une sueur froide. Plusieurs fois je fus obligé de me traîner comme un chat, et, à chaque passage, je remerciais le Seigneur, comme si je venais d'échapper à la mort avec toutes ses angoisses, Au milieu de cette masse informe de rochers, les eaux se sont frayé un passage, sous mille aspects différents: ce sont des chutes, des tourniquets, des gouffres capables d’engloutir les plus gros arbres; ici, le doux murmure des ondes; là, le mugissement sourd du torrent impétueux, d’une chute, d’une suite de cascades; l'oreille en est étourdie, tandis que l’œil contemple en même temps, une succession de pointes saillantes et d’iles rocheuses, légèrement garnies de cèdres et de cyprès.
Aux pieds des Montagnes du Portage, se trouve un immense plateau très-élevé, qui offrirait dans les pays populeux un site magnifique pour la construction d’une
ande ville. Les montagnes, qui l’environnent, sont