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des forts entourés de murs et de bastions, des palais, des cathédrales enfin surmontées de dômes et de tours.
Au moment où je parus en vue des deux lacs, des nuées d'oiseaux aquatiques, des poules d’eau, des canards de plusieurs espèces, des sarcelles, des cormorants, des grues, des outardes et des cygnes en couvraient toute la surface; tandis que l'intérieur des lacs fourmillait de saumons, épuisés de fatigues, en arrivant au terme de leur longue course. A l'entrée du second lac dans un endroit peu large et peu profond, je les vis passer par grosses bandes, lacérés et mutilés par les nombreux rapides, les cascades, les dalles et les chutes, qu’ils avaient rencontrés dans leur pèlerinage maritime. C’est une procession non interrompue, qui dure des semaines et des mois. À peine le croira-t-on: les saumons sont querelleurs! Je fus témoin des terribles coups de dents, qu'ils se donnaient mutuellement. Les deux lacs leur servent de tombeaux ; ils y meurent en si grand nombre, que souvent l'atmosphère en est infectée à une distance considérable.
En l'absence de l’homme, l'aigle, le vautour, le loup, l'ours gris, l'ours noir et l'ours brun, y viennent en grandes bandes, pour faire la pêche, à cette saison de l’année. Ils guettent leur proie sur le bord de la rivière et à l'entrée des lacs. Le bec, les dents, les griffes leur tiennent lieu de crochets et de dards. De là, lorsque la saison des neiges commence, les ours reprennent, gros et gras , le chemin de leurs tannières, au fond des forêts ct dans les creux des rochers pour y passer les quatre tristes mois de l'hiver dans une indolence complète, n'ayant d'autre amusement, d’autre occupation, que de sucer leurs quatre pattes. S'il faut en croire les Indiens, chaque patte occupe l'ours une lune (un mois), et, la tâche accomplie, il se retourne sur l'autre côté et commence À sucer la seconde, et ainsi de suite. Je vous dirai ici en passant, que
D tous les chasseurs et les Indiens remarquent, que c'est un
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cas rare, qu’une ourse soit tuée avec ses petits dans le corps, et cependant on les tue dans toutes les saisons de l’année. Où vont-elles ? Que deviennent-elles, pendant le temps qu’elles portent leurs petits? C’est un problème encore à résoudre dans nos montagnes.
* Dans une époque, qui, selon toute probalité est peu éloignée, lorsque l’industrie, les sciences et les arts pénètreront avec l’émigration dans les mille et mille vallées des Montagnes Rocheuses, vallées qui se présentent, si j'ose m’exprimer ainsi, comme autant de veines, capables de faire circuler la vie dans un corps bien robuste, bien étendu et bien vaste, les sources de la Colombie deviéndra un point très-important. Le climat y est délicieux ; le froid et la chaleur n’y sont pas excessifs ; les neiges y disparaissent absorbées par l'air, à mesure qu’elles tombent. La vallée récompenserait au centuple la main laborieuse, qui travaillerait son sol fertile ; des troupeaux innombrables d'animaux trouveraient toute l’année leur nourriture dans les pâturages, où les fontaines et les sources entretiennent la fraicheur et l'abondance. Les côteaux et les pentes des montagnes sont en général garnis de forêts inépuisables, où dominent le larix, l’épinette, le cèdre et le cyprès.
Dans la plaine, entre les deux lacs, se trouvent de belles fontaines, dont les eaux, chargées de substances calcaires, forment en s’écoulant un rocher de tufeau, semblable à une immense cascade congélée ou changée en pierre. Ces eaux sont douces et claires et de la même température que le lait, qui sort du pis de la vache. La description, que donne Chandler de la fameuse fontaine de Pambouk Kalesi ou l’ancienne Hiérapolis de l'Asie Mineure, dans la vallée de Méandre, pourrait être littéralement appliquée aux fontaines chaudes de la Tête de la Colombie. Le coup-d'œil, qui se déployait devant nous , était si merveilleux, que la description, pour en donner une faible ressemblance doit
arts pénèille vallées sentent, si s, capables puste, bien e deviéndra ax ; le froid y disparaismbent. La laborieuse, innombra- » nourriture rces entreeaux et les s de forêts le cèdre et
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être romantique. Nous contemplâmes avec admiration cette vaste pente, qui de loin nous avait paru de craie, et qui de près se déploya, comme une immense cascade congelée; sa surface ondoyante ressemblait à une eau subitement arrêtée ou soudainement pétrifiée dans sa course rapide.
Le premier lac de la Colombie ne se trouve guère qu'à deux milles et demie de la rivière des Arcs-à-Plats, et reçoit une partie de ses eaux pendant les grandes crues du printemps. Un bas-fond les sépare. Les avantages, que la nature semble avoir accordés à la Tète de la Colombie, rendront un jour sa position géographique très-avantageuse. La main industrieuse et habile de l’homme civilisé en ferait un petit paradis-terrestre.
Le Canadien ! Quel est l'endroit du désert, où il n’ait pas pénétré? Le monarque, qui gouverne aux sources de la Colombie, est un honnète habitant de S' Martin (district de Mont-Réal), qui, depuis vingt-six ans, se trouve dans le désert. La peau du caribou et de l’orignal sont les matériaux, dont son palais portatif est composé, et, pour me servir de ses propres expressions , tl{ s’embarque à cheval avec sa femme et ses sept enfants et il débarque ou prend terre partout où il veut ; il se trouve seul maitre du pays, et Polk et Peel (1), qui se disputent en ce moment ses domaines , sont aussi inconnus à notre carabinier, que les deux plus grandes puissances de Ia lune. Son sceptre, c'est un piége à castor ; sa loi, c’est sa carabine. L'un sur le dos et l’autre sur le bras, il visite ses nombreux sujets à poil : le castor , la loutre, le rat musqué, la marte, le pécan, le renard, ours et le loup, le mouton et la chèvre blanche des montagnes, le chevreuil à queue noire , aussi bien que son cousin à queue rouge ; le cerf, le caribou, l'orignal; tous respectent son sceptre et se sou-
(1) L'Américain et l'Anglais.
mettent à sa loi; il exige et reçoit le tribut en chair et en tira | peaux... Entouré de tant de grandeurs, paisible posses- de ht seur de tous les châteaux, de tous les palais, de tous les tourt forts, dont je viens de faire mention; seigneur solitaire J'a de ces montagnes majestueuses, qui élèvent jusqu'aux l'estir nues leurs cimes glacées, Morigeau, (c’est son nom), | n’oublie pas son devoir de chrétien. Tous les jours, soir et
matin, on le voit entouré de sa petite famille réciter pieu-
sement ses prières. :
Depuis plusieurs années, Morigeau désirait ardemment
de voir un prêtre; lorsqu'il apprit que j'allais passer à la
Tète de la Colombie, il s'y rendit en toute hâte, pour
procurer à sa femme et à ses enfants l’insigne bonheur du
baptème. Cette faveur leur fut accordée, le jour de la
Nativité de la St Vierge, ainsi qu'aux enfants de trois
familles Indiennes, qui le suivent dans ses différentes migrations. Ce fut un jour solennel pour le désert! L'au-
guste sacrifice de la Messe y fut offert; Morigeau s’appro-
cha dévotement de la Sainte Table: sa femme , ses enfants
et dix petits Indiens furent régénérés dans les SS. Eaux
du baptême: la bénédiction nuptiale eut lieu ensuite au
pied de l’humble autél. En mémoire de tant de bienfaits,
une grande croix fut plantée dans la plaine, appelée depuis
la Plaine de la Nativité.
Je ne puis quitter mon bon canadien, sans faire une
mention honorable de sa cuisine, royale à la sauvage. Le
premier plat qu’il m'offrit, contenait deux pattes d'Ours.
— Ailleurs, ce ragoût aurait pu causer quelque appré
hension; on aurait pu croire, qu’on avait devant soi deur pieds d'hommes, tant la ressemblance était grande. Un porc-épic, cuit à la broche, fit ensuite son apparition, accompagné d'un mufñfle d'orignal, qui avait bouilli toute
la nuit, et qui était vraiment délicieux; la grande chaw
dière enfin, contenant une espèce d’Æotch-potch ou Salmigondis, fut placée au milieu des convives et chacun en
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