‹ Missions de l'Orégon et voyages aux Montagnes Rocheuses aux sources de la Colombie, de l'Athabasca et du Sascatshawin en 1845-46 [microforme]Chapitre 24 sur 85 · CRETE · texte numérisé non relu

CRETE

de l’autre ; ils s’'étendirent ensuite sur un lit de mousse et dormirent d’un long et profond sommeil. C'était le moment convenu, pour le départ des vigilants castors et pour leur séparation d’avec les indolents pores-épics.

Les Assiniboins des plaines sont plus nombreux, que leurs confrères des forêts, et comptent au-delà de trois cents loges. Ils sont plus riches en chevaux, et les hommes en général sont plus robustes et plus beaux. Ils sont en même temps plus voleurs, plus buveurs et toujours en guerre ou à la chasse des buffles. Ils parcourent les grandes plaines, situées entre les rivières Sascatshawin , la rivière Rouge, le Missouri et la Roche-Jaune. Leurs plus grands ennemis sont les Corbeaux, les Pieds-Noirs, les Arikaras ct les Scioux. Ils parlent à peu près la même langue que ces derniers, et proviennent de la même souche.

J'ai l'honneur d’être, avee le plus profond respect et l'estime la plus sincère,

Monseigneur,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur en J.-C.

P.-J, DE SMET, S. d.

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Fort des Montagnes, 5 octobre 1845.

MONSEIGNEUR

Nous voyageâmes plusieurs jours avec le petit camp Assiniboin; mais l'aspect du pays n’offrit rien de bien intéressant. Nous passâmes d’une vallée à une autre, toujours entre deux hautes chaînes de montagnes pierreuses, dont les flancs sont couverts çà et là par des bancs de ueiges perpétuelles. Une belle fontaine vint seule inter-

rompre la monotonie de notre route: elle sortait du milieu d’un rocher perpendiculaire, à une hauteur d'environ 500 pieds , puis elle tombait dans la plaine en éeume et en pluie.

Le 27, nous nous séparâmes des Assiniboins. Le sentier nous conduisit bientôt au travers d’une épaisse forêt de cyprès: on me dit que c’était la dernière; alors, Deo gratias. Ces sortes de forêts sont très-nombreuses et forment dans cette partie, entre l’est et l’ouest des montagnes, des barrières presque insurmontables aux communications par terre... J'ai un eonseil à vous donner, dans le cas où vous veniez visiter vous-même ces parages..…. A l’entrée de chacune de ces épaisses forêts, il faut vous boutonner , vous rendre aussi mince, aussi court, aussi svelte que la chose est possible; il faut vous tenir souple à cheval, imiter dans l’occasion toutes les différentes évolutions d'un cavalier ivre; mais avec adresse et présence à it

je veux dire, qu’il faut savoir se balancer, se eramponner sur sa monture de toutes les façons, pour éviter les innombrables branches, qui, à chaque pas, déchirent les vêtements, écorchent le visage et les mains. Malgré ces précautions, il est rare de sortir de la forêt sans lui avoir payé le tribut d’une manière ou d’une autre. Un jour je me suis trouvé dans une position critique et assez singulière: j'avais à passer sous un arbre, entièrement incliné sur le sentier que je suivais; une de ses branches, brisée à l’extrémité, présentait un crochet menaçant. Pour l’éviter, je n''étendis sur le col de mon cheval, mais vaine précaution : je fus pris par le col de mon surtout; et, mon cheval continuant son pas rapide, voilà le cavalier en l'air, se débattant comme un poisson accroché... Plusieurs lambeaux respectables de ma soutane, agités ainsi par le vent comme “tant d’enseignes, rediront longtemps mon passage au sein de ces forêts... Un chapeau troué et brisé, un œil poché, deux fortes égratignures sur une joue m’auraient donné, dans un pays civilisé, plutôt les apparences d’un bretailleur sortant de la Forét noire, que d’un missionnaire. Pour rendre une forêt mauvaise, mauvaise au suprême degré, une grande neige estnécessaire : cette faveur nous fut accordée avec prodigalité dans ce dernier passage. Malheur alors aux premiers passants! Les branches gémissent sous le linceuil de l'hiver; elles semblent porter la devise: ‘6 Si tangas, frangas.”’ Etassurément, à chaque frottement du chapeau, au moindre toucher du bras ou de la jambe, une giboulée, ou, pour me servir de l'expression du pays, une pouderie de neige enveloppe et couvre le cavalier et sa monture, ct aussitôt la branche se relève fièrement, comme par dérision... On n’a donc rien demieux à faire, dans ces sortes d'occasions, que de former l’arrière-garde et de marcher dans les pistes de ses devanciers ; on trouve le passage de la forêt plus libre et sans neige. Chemin faisant nous remarquâmes pendant la journée du 27, sur

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une des fourches de la Rivière aux Daims (red Deer) plusieurs fontaines sulfureuses, qui produisent une grande quantité de soufre, et une mine de charbon, qui parait très-riche. Je dirai ici en passant, que le charbon abonde à Y'Est des Montagnes-Rocheuses, sur les eaux du Missouri et de la Roche-Jaune , du Sascatshawin et de l’Athabasca. Le salpétre se trouve dans plusieurs parties des montagnes; le fer n’y manque pas; je vous ai parlé du plomb du pays des Koctenais. Le nom de la Rivière à la Mine de Cuivre, indique sarichesse ; ou découvre dans les rochers, que bordent .cette rivière, des fragments de ce précieux minéral. Le sel abonde dans le pays Serpent.

La vallée, dont je viens de vous parler, est étroite, mais très-pittoresque et très-variée; plusieurs bandes de moutons et de chèvres, qu’on voyait se divertir sur les flancs des rochers, vinrent ajouter à la beauté dela scène. Les pistes d’ours et de buffles y étaient très-nombreuses. À la vue de ces dernières, mes hommes s’animaient ; car la chair du bufñfle est sans contredit la plus délicate de ces contrées ; jamais on ne s’en lasse. Jusqu'à ce jour, tous les animaux de la montagne avaient libéralement fourni à nos besoins: le chasseur en avait tué dix-huit, sans compter la volaille et les poissons, qui abondent dans ces régions. Le même soir, au souper, les derniers restes de nos provisions disparurent et l’on proposa de faire une course aux buffles. Le lendemain, le chasseur partit de grand matin, et bientôt nous vimes arriver notre homme avec une vache grasse toute ronde. Aussitôt les côtes, les intestins et la bosse honorèrent le foyer de leur présence... La journée fut employée à faire de nouvelles provisions.

Le 50, nous continuâmes notre route par la vallée, où la fourche de l’Eau-claire serpente. Elle est, comme toutes les vallées à l'Est des montagnes, agréablement diversifiée par des prairies, des lacs et des forêts... La vallée s’élargit à mesure qu'on la descend: les crêtes rocheuses disparais-

sent, les montagnes s’abaissent et semblent se fondre; quelques-unes sont couvertes de forêts jusqu’à leurs cimes; d’autres vous présentent des cônes, des plateaux élevés, couverts d’une riche verdure.

Le 3 octobre, après avoir longé les montagnes pendant dix-neuf jours à la recherche des Pieds-Noirs, nous entrâmes dans la Grande Plaine, dans cet océan de prairies, habité par une multitude de peuples errants, ensevelis dans les plus grossières superstitions. Les Pieds- Noirs, les Corbeaux, les Serpents, les Aricaras , les Assiniboins des plaines, les Sheyennes, les Camanches, les . Scioux, les Omahas, les Ottos, les Pawnées, les Kants, lés Saucs, les Ajouas, etc., etc., sont sans Pasteurs! Nous espérons, que la divine miséricorde n’a pas éloigné l’époque, où les ténèbres, qui enveloppent encore ces immenses régions, feront place à la lumière bienfaisante de l'Évangile; de dignes et zélés pasteurs, remplis de l'amour divin, viendront guider dans le chemin du salut, ces pauvres et malheureux enfants du désert. Là, où durant tant de siècles, le démon a régné, et où les chants de guerre et les cris de carnage n’ont jamais cessé de retentir, là, nous l’espérons, règneront bientôt à leur tour la paix et la charité chrétiennes, et l’on y entendra les louanges du vrai Dieu.

Un digne et zélé Evêque, Monseigneur de Juliopolis, a établi son siége Episcopal sur la Rivière-Rouge, tributaire du lac Winnepeg, au centre des possessions Anglo- Indiennes. Déjà deux zélés missionnaires, les Révérends Messieurs Thibault et Bourassa, ont pénétré jusqu'aux pieds des Montagnes-Rocheuses, tandis que d’autres prétres ont été employés depuis ‘plusieurs années, à étendre le royaume du Seigneur sur tous les points de son immense diocèse. La population de la seule Rivière-Rouge est d'environ 5500 âmes, dont 3175 catholiques... Il y a

730 maisons habitées. Voici l'extrait d’une lettre, que

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j'eus l’honneur de recevoir du Rév. M° Thibault, à mon arrivée dans ces parages. « Depuis le mois de Mars jus- » qu’au mois de Septembre dernier de cette année, j'ai » travaillé parmi la nation Montagnèse (une bande d’Ob- » jibbeways), qui est tout entière disposée à embrasser la » foi. Je ne saurais mieux vous donner une idée des dispositions de ce bon peuple, qu’en les comparant aux Têtes-Plates. J'ai fait près de 500 baptêmes d’enfants et de vieilles personnes, dans le cours de cette mission. Aussitôt qu'il y aura moyen de voyager en canot, j'irai continuer mes travaux parmi ces bons sauvages ct prolonger mes courses jusqu’à la rivière Mackenzie... Plusieurs bons prêtres trouveraient bien de quoi s’occuper de ce côté-là; car la nation dont je vous parle, est très-nombreuse et occupe un immense pays; sans compter qu'il ya plusieurs autres nations, que j'ai eu occasion de réncontrer cet été. « Viens donc chez nous, m'ont-ils dit, nous aussi, nous serons contents d’apprendre les nouvelles, que tu viens apporter à nos parents des Montagnes; nous aussi, nous faisons pitié, ne connaissant point la parole du Grand-Esprit. Faisnous donc charité: viens nous faire connaître le chemin de la vie; nous t’écouterons. » Mon cher confrère Bourassa est parti en Septembre, pour aller annoncer l'Evangile, du côté de la Rivière à la Paix. » Du lac St Anne ou Manitou, la résidence ordinaire de ces deux Messieurs, ils étendent leurs courses Apostoliques parmi les différentes tribus sur les rivières Athabasca, Mackenzie, la Rivière à la Paix et le grand Lac des Esclaves. Dans cs limites jusqu'ici parcourues, on trouve quelques Pieds-Noirs, des Cries, des Assiniboins des forèts,des Montagnès, des Gens de Castor, des Platscôtés de Chiens, la Tribu des Esclaves et les Peaux de Lièvres.

Le grand district Indien des Etats-Unis est, pour ainsi

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