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Vallée de Ste Marie, 8 Août 1846,
Mon név. ET TRÈS-CHER PÈRE EN J.-C. \
. Le 27 juillet, je me séparai du Rév. Père Adrien Hoeken et de sa petite, mais intéressante colonie d'environ cinq cents personnes. Plusieurs Cœurs-d'Alènes étaient venus au devant de moi, et deux Kalispels m’accompsgnaient en qualité de guides. Le jour se présentait sous les plus beaux auspices, et le sentier n’offrait nulle part de ces embarras, si souvent incommodes aux voyageurs dans les régions montagneuses. Vers le milieu de la journée, nous longeâmes un beau lac entouréde côteaux, et d’une épaisse forèt de mélèzes. Je l'ai appelé le lac De Nef, en mémoire d'un illustre Belge, notre compatriote, un des grands bienfaiteurs et amis des missions d'Amérique. Il se décharge par un passage étroit, dans le torrent Turnhout, qui va joindre ses eaux rapides à celles de la Rivière Spokane. Sa principale fourche s'appelle Marie et sort également d’un lac qui porte ce nom.
Le lendemain, le soleil se leva majestueusement, et tout nous présageait une magnifique journée ; mais toutes ces apparences trompeuses disparurént sous des nuages roùgeâtres, de mauvaise augure; et bientôt après, une forte pluie vint fondre sur nous et noustrempa aussi complètement, que si nous eussions traversé une rivière à la nage.
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et nous poursuivimes notre route jusqu’au coucher du soleil, dans une plaine étendue, agréablement parsemée cà et là de mélèzes et de sapins, Nous fimes halte auprès d'une petite fontaine. Je vous tracerai à ce sujet une esquisse de notre manière de camper. Je l’emprunte à une de mes lettres de l’année dernière.
Dans les temps pluvieux, une tente est dressée à Ja hâte; on‘coupe ensuite des branches de sapins, s’il y en a, ou des broussailles, qu’on étend sur la terre humide, afin de ne pas dormir dans un bourbier. Les selles, les brides, les bagages sont aussitôt mis à l'abri. On ramasse dans les environs autant de branches et de troncs d'arbres secs, qu'il est possible d'en porter ; puis on allume des copeaux résineux. À ces préparatifs succèdent ceux du diner, qui sert en même temps de souper; il consiste en un peu de farine, quelques racines de Kamash et un morceau de graisse de Buffle, appelée dépouille par les montagnards Canadiens. Le tout est mis ensemble dans Ja chaudière, pour composer un seul ragoût. Une longue perche, car la flamme nous tient à une distance respectueuse , est transformée en cuiller à pot, à l’aide de cet instrument on tourne et on retourne le contenu de Ja marmite, jusqu'à. œæ qu'il ait obtenu la densité requise. Nous n'avions qu'une écuelle entre six convives; mais la nécessité rend l'homme industrieux. En un clin-d'œil, mes Indiens furent prêts pour l'attaque de la chaudière : deux d’entr'eux s munissent de morceaux d’écorces; deux autres de morceaux de cuir; le cinquième s’arme de l’écaille d’une tortue; et aussitôt après le Benedicite, le cercle se forme autour de la marmite. Les divers instruments s'y plongent et replongent avec l'adresse et la régularité de plusieurs forgerons frappant l’enclume tour-à-tour : elle fut bientôt à sec; nous trouvâmes le mets délicieux.
Avec tout le respect dû aux goûts des autres, « de gustibus enim non est disputandum; » je re à tout
autre, un plat préparé en plein air et à la sauvage: ce sont là en réalité mes festins. Toutes les inventions raffinées de l’art culinaire, telles que sauces, viandes marinées, confitures, tartes, etc., etc., inventées pour exciter ou restaurer des estomacs affaiblis, sont ici entièrement inutiles. À quiconque voudra traverser un désert à cheval par monts et par vaux, déjeünant avant le lever du soleil, et allant diner ensuite à quarante milles plus loin, j'ose prédire d'avance, qu'il trouvera comme moi beaucoup de saveur au simple ragoüt de l’Indien.
Lorsque nous eûmes fait sécher nos couvertures d dit la prière, nous nous endormîmes, et notre sommeil n'en fut pas moins profond, ni moins tranquille, pour avoir mangé si frugalement et pour être couchés sur des Murs sailles et des branches.
Le lendemain, nous partimes de grand matin, et vers midi nous arrivämes à la Mission du Sacré-Cœur, où je fus accueilli avec la plus grande cordialité, par les Rér. PP, Joset et Point et par les Frères Magri et Lyons. Tous les Cœurs-d'Alènes du voisinage étaient accourus .en foule, pour me serrer la main et pour me souhaiter h bienvenue. La ferveur et la piété de ces pauvres sauvages furent pour moi le sujet d’une grande joie et d’une grande consolation. J’admirai le grand changement que leur conversion avait opéré.
Permettez-moi d'insérer ici un extrait de mon jourml de l’automne 1844, pour faire ressortir davantage les dispositions de ces indiens. Le lendemain de mon arrivée la Baie des Kalispels, une petite députation, envoyée per la tribu, se présenta à moi. Ils avaient craint avéc raison, “que je ne différasse d'aller chez eux, à cause de la conduite
tenue par un de leur chefs vis-à-vis de la Robe-Noire..
Voici le discours qu'ils m'adressèrent :
sauvage: ce entions raffviandes maris pour exciter i entièrement lésert à cheval ever. du soleil, plus loin, j'ose pi, beaucoup de
vertures d dit e sommeil n’en le, pour avoir sur des brous-
matin, et vers ré-Cœur, où je té, par les Rér.
et Lyons. Tous ne souhaiter la auvres sAUVagES et d’une grande
de mon jourml avantage les dise mon arrivée À Dn, envoyée. par
nt avec raison, se de la conduite la Robe-Noire..
« Pine PIERRE ;
« Nos chefs te parlent, nous t'apportons leurs paroles. » Nous avens appris, que tu avais traversé la Grande Eau » (l'Océan), pour venir consoler les enfants des montagnes ; ». nous te dirons, qu'à cette nouvelle, tous les Indiens se » sont réjouis, et nous surtout, qui avons parlé si souvent » du Père Pierre, depuis qu’il nous avait quittés. Nous » pensions, que nous serions les premiers à te voir et cette » cspérance mettait Je comble à notre joie; mais nous » avons appris, que ton cœur n’était plus /- même à notre » égard et cette pensée nous a rendus tristes. Il est vrai, » Père, tu n’as pas sujet d’être content, car plusieurs » d'entre nous ont commis des fautes; mais le-Grand-Es- » prit nous a punis, comme nous le méritions ; c’est ce qui » nous fait croire, qu’il ne veut pas nous rejeter. Nous » avons perdu ; cette année, notre grand chef et quelques » autres personnes: de ce nombre sont des enfants, morts » avant d’avoir pu être régénérés dans l’eau sainte, Cette » dernière perte, quinousa paru la plus douloureuse, nous » à fait penser, qu’en nous châtiant ainsi, le Grand-Esprit » voulait nous apprendre, combien c'est un grand mal » d'oublier son baptême... Maintenant, que nous som- » mes tous réunis au village du Sacré-Cœur de Jésus, nous » péoublons d'efforts, pour contenter la Robe-Woire, ou » plutôt pour contenter notre Père, qui est au ciel. Nous nous préparons surtout, à bien faire notre première communion. Tu le sais mieux que nous , Père, ce jour ». ési le plus beau de la vie... Viens donc nous voir, pour » être témoin de notre bonheur. Oh! si tu pouvais être au milieu de tes enfants ce jour-là, il nous semble que nous n’aurions plus rien à désirer sur la terre.
| » Nous voulons te-prouver, que ce n'est pas seulement
avec des paroles que nous t y mais avec une
» docilité filiale; car nous sommes décidés, à faire désor-
» mais tout ce que nos Pères nous diront. Voilà les derniers mots qui sortent de notre cœur. Maintenant, Père Pierre, nous ne te demandons plus qu’une chose: viens toi-même nous dire, si c'est là ce tu attends de notre amour ? »
Les détails, que le Rév. P. Point a donnés: sur les Cœurs-d’Alènes et sur leur première communion, vous ont été communiqués dans le temps. J'ajouterai que ces Indiens ont été renommés parmi leurs voisins leur attachement aux jongleries, et aux autres pratiques idolstriques. En effet, ils étaient plongés dans les superstitions les plus absurdes, et leur aveuglement était si profond, qu'ils adoraient jusqu'aux animaux les plus vils et jusqu'aux objets les plus grossiers. Aujourd’hui , ils en plaisantent eux-mêmes ; mais ils ajoutent avec respect et reconnaissance: « Dieu a eu pitié de nous! Il nous « ouvert les yeux; il est infiniment bon ! » Un seul fait suffira pour vous donner une idée de ees sortes de cultes, et de la facilité qu'ont les Indiens à adopter des Manitow et des divinités. Ils me racontaient, que le premier blanc, qui parut sur leurs terres, portait une couverture de laine blanche avec une chemise d'indienne, tachetée de petits points de couleur, assez semblables aux boutons de h petite vérole. Les Cœurs-d’Alènes s’imaginant aussitit, que la chemise était le grand Manitou de la petite vérole; et la couverture blanche celui de la neige, pensèrent qu s’il leur était possible d’en devenir les possesseurs :et: de leur rendre un eulte, la nation serait à jamais exempte dt) la funeste maladie, et aurait, tous les hivers, rs frimas nécessaire à la chasse des animaux. : :
Ils présentèrent done au blanc plusieurs de leurs meir leurs chevaux en échange de ses vêtements; et: celui-d! n'eut rien de plus pressé, que de leur céder. sa chemise la moitié de sa couverture. Elles ont été pendant quel:
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Médecine est le.n:m vulgaire qui a été donné par les blancs à la jonglerie du sauvage; vraisemblablement, parce que l’Indien, qui ne connaît guère que les besoins et les maladies du:corps, se borne à demanderà ses Manitous de quoi guérir les unes et subvenir aux autres: ce quelque
dose, qu'ils appellent force, se borne tantôt à un seul objet, comme la guérison d’un tel mal; tantôt s’étend à plusieurs,
| comme le succès dans la chasse, dans la pêche, dans la
guerre; tout cela ordinairement, selon le, degré de confance du suppliant, la multitude de ses passions ou l’intensité de sa malice. Il y a de ces pouvoirs, qui passent pour mauvais, même aux yeux des sauvages: ce. sont cœux qui ont pour but de nuire aux hommes. En tout cc, il: ya beaucoup d’exagération, des choses fausses, des effets seulement apparents, ou purement naturels. Lepouvoir n’est accordé, de. l'aveu même des forts en médecine, quependant le sommeil ou dans une défaillance, dans le bruit, dans l'agitation ou dans le délire de quelque pnion A n'est:accordé en définitive, que pour en fomenler, entretenir ou. exaspérer la violence; il ne procure m is que des biens sensibles, jou apparents, et toujours: aux dépens de l'âme. J'ajouterai, pour finir ce
point par quelque chose de bien consolant, que la jonglerie ou médecine du sauvage, par cela même qu’elle admet tant de contradictions palpables, est la plaie de son âme la moins difficile à guérir.
Le cinq du mois d'août, je quittai, avec le Rév. P. Point, la mission du Sacré-Cœur de Jésus. Trois fumilles indiennes, qui désiraient se rendre à S'° Marie, vor:lurent nous accompagner et nous servir de guides. Ncus marchâmes pendant plusieurs jours, dans la belle vallée du Nord, où la Rivière S' Josse serpente. Le bois y est très: abondant, la terre riche et propre à la ae sujette à de fréquentes inondations.
Dans l'automne de 1844, je fus témoin d'une de æs inondations subites. Les eaux se précipitaient des montagnes avec une abondance et une impétuosité telles, que nous ne pensâmes qu’à rétrograder au plus vite, Now voyions s'annoncer lescommencements d’un nouveau Déluge. Les petits ruisseaux de la veille étaient devenus de gros torrents, qui nous arrètaient à chaque pas. Après une infinité de peines, de culbutes et de plongeons, nous regagnâmes enfin la Rivière S' Josse; celle-ci avait aussi crû de plus de dix pieds , et entrainait dans sa course des imasses de gros arbres, ce qui en rendit le passage extrèmement dangereux. Une fois je disparus sous l'eau et sous ma mule; je ne lâchai cependant pas ma bête, qui mt tratna jusqu’à la rive opposée... Nous campâmes pendant la nuit près d'une grande croix, plantée par un ché indien. 11 manquait encore quelques pieds d'eau, pour “que la rive fût débordée et chacun: songes à dormir sans la moindre inquiétude; mais, vers minuit, un de me ‘hommes, étonné de sentir ses deux jambes dans l'eau, mit la tête hors de sa tente et donna le signal d'alarme. D était plus que temps: nous étions comcne au milieu d'u lac immense: La plaine était inondée, dans toute:a
longueur, de plus de vingt lieues. Ici, comme dans tant
ue la jongle- d'autres circonstances, la paternelle providence de Fieu
qu’elle admet nous avait ménagé un secours; deux canots avaient. été de son âme laissés dans l'endroit même, où nous campions; par. ce moyen, nous nous réfugièmes avec armes et bagages,
> le Rév. P. but trempés, sur une colline à deux milles de là.
rois fumilles Les Indiens cultivent avec succès dansla vallée du Nord, rie, vor:lurent les patates et le blé. Le Père Joset, aidé par les sauvages, ,. Nous mar- a ensemencé un vaste champ, capable de nourrir
elle vallée du plusieurs familles. Notre espoir done, avec la bénédiction is y est très- du ciel, se réalisera dans quelque temps; ils quitteront la culture ,\ mais vie nomade, dès qu’ils auront un supplément suffisant de
provisions. Pour réussir à les rassembler en villages et : d'une de æs pour les former à des habitudes d'industrie, il nous fau-
ent des mon- drait plus de moyens que nous n’en possédons; nous manité telles, que quons d'outils de tous genres, et de plusieurs espèces de lus vite. Nous semences.
nouveau Délu- ‘Avant d'arriver au pied de lé grande chaine des Monevenus de gros tagnes, nous serpentâmes pendant deux jours, tantôt à >. Après une travers l'épaisseur des bois, tantôt sur les flancs des rochers, souvent en suivant les sinuosités de la rivière jusque dans son:lit, lit si tortueux dans certains endroits, qu'en moins de huit heures, nous fùmes forcés de le traverser quarante-quatre fois. Les cèdres, qui ombragent cette gorge, sont prodigieux ; la plupartont de trois à cinq brasses de circonférence et une élévation proportionnée; ils sont en sigrand nombre, qu’on peut dire sans hyperbole, qu'ils forment une nuit impénétrable aux rayons du soleil. Je doute que le Liban ait jamais rien produit de plus majestueux, que leurs cimes; de plus mystérieux que leurs ténèbres. Le silence de ces lieux, interrompu seulement par le souffle de la brise, le passage de quelques bêtes fauves et le murmure des: innombrables torrents, qui ‘bondissent:et se précipitent du sommet des rochers, a quelque chose rene tenie d’un monde tout-à-fait DOuvEauL. : -
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