N° XXII
Camp Tête-Plate, sur la Rivière Roche-Jaune, G sept. 1846.
MON RÉv. ET TRÈS-CHER PÈèRE En 3.-C.;
Après une absence de dix-huit mois, causée par les visites que je fis chez différentes nations, afin d'y étendre le royaume de Notre-Seigneur, j'ai enfin revu le berceau de notre œuvre dans les fontagnes-Rocheuses ; jugez de ma joie, en voyant la petite église que nous avions bâtie, il n'y a pes encore cinq ans, sur le point d’être remplacée par une autre, digne de figurer dans un pays civilisé, Ce qui m'a encore surpris bien agréablement, c’est la construction d’un moulin, destiné à fournir en même temps du pain aux tables, des planches et des poutres aux maisons particulières et aux établissements publics de la peuplade. Lemoulin à farine peut verser, chaque jour , dans les
.chaudières de la réduction, cinq à six sacs de farine. Les terres, ensemencées cette année, ne seront pas loin de fournir le grain nécessaire à cet effet, du moins pendant les sept à huit mois, que la gelée n'arrête pas les eaux; c'est ce qu'on peut conclure du produit de l’année dernièro, qui, sans être aussi considérable, surtout pour le froment, que celui de cette année, a cependant été de sept cents boisseaux. On a récolté de l'orge en abondance, dix sacs de pois, vingt-cinq sacs de carottes; quant aux patates, il y en « eu plus qu'il n’en fallait pour la consom-
e Roche-Jaune,
mation de la peuplade entière (cinq mille quatre cents boisseaux.) Mais l'essai le plus heureux a été celui de l'avoine: moins de deux litres ont rendu onze boisseaux et demi. Une quarantaine de bêtes à cornes paissent dans une prairie, capable d'en nourrir des milliers; quantité de petites familles de poussins, sont venues, cette année, enrichir notre basse-cour. Ajoutez à tout cela une douzaine de maisonsen charpente , Lâties sur un plan régulier; deux larges ruisseaux coulant à plein bord, qui , au moyen d'un fort petit ir. "ail, peuvent envoyer leurs eaux, non-seulement dan: ‘:. ::1ps,dans les jardins et dans les vergers, mais encor l:: .es rues, et, si l’on veut, dans toutes les maisons de la peuplade ; puis vousaurez une idée des avantages temporels dont jouissent les Têtes-Plates, au village de S'* Marie. Le champ de blé seul donnera cette année sept mille boisseaux.
Après ce qui a été rapporté dans les lettres précédentes, des progrès de la Religion, ce que je pourrais en dire ici, n'ajouterait rien à l’idée qu'on s’est déjà faite des Têtes Plates; mais ce qu'on n'apprendra pas sans intérêt, c’est que leur village actuel, joignant à une grande abondance de biens spirituels un autre espèce d'avantages, plus faciles à apprécier des peuplades voisines, procure à S* Marie de nombreuses visites, qui donnent au Missionnaire le plus précieux de tous les moyens, pour étendre le royaume de Jésus-Christ, sans qu'il soit obligé de quitter le centre de ses opérations.
Entre les visiteurs de l’année dernière et de cette année, se sont fait remarquer un grand chefSerpent avec sa bande de guerriers; des Banax et des Nez-Percés, conduits par leurs chefs; même plusieurs compagnies de Pieds-Noirs, et, au retour des grandes chasses, la tribu presqu’ entière des Pends-d'Oreilles de la station de St. François de Borgia. Ces derniers, dontj'ai baptiséla majeure partic l'année dernière, ont vu grand nombre des leurs, rivaliser de
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Après les fétes de Pâques, due à les greniers de la réduction renfermaient encore tant de ressources, que. “le Missionnaire put inviter.tous les visiteurs présents, à un festin où se trouvait une variété de mets, que propablement la a e des carottes, des navets, des. betteraves, des. pois, des haricots, des panais, etc. Parmi les produits industriels, qui sont dus au Rév. P. Mengarini, supérieur actuel de la réduction des Têtes-Plates, on doit faire mention. d' espèce de sucre tiré de la pomme de terre, .et d'une son faite avec un mélange d'orge et de racines du pays, qui, au goût de plusieurs, n’est ni moins nourrissante ni moins agréable, que la bière blanche d’Europe;-et qui ne peut enivrer. Un autre avantage dont je n'ai pes encore parlé, c'est l'augmentation de la population; il est constant que depuis notre arrivée, bien que tous les marieges: aient: été ramenés à leur institution primitive, .et que partant un grand nombre de femmes aient dû faire le sacrifice de leurs maris, le nombre des naissances l'emporte de beaucoup sur celui des décès. Quelles en sont les causes ? C'est, de la part des mères, plus de soins pour leurs enfants; de la part des maris, plus d'attentions vis-à-vis de leurs femmes, qu'ils ne regardent plus comme des esclaves, mais qu'ils aident comme des compegnes, se chargeant eux-mêmes des travaux les plus durs; ches RER EE nte liberté, gun
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s'agit de s'établir, car on n'entend plus perler de la vente des filles parmi nos chrétiens; pour les malades, des remèdes mieux administrés et plus salutaires; enfin, pour toute la tribu, la guerre plus rarement entreprise, plus souvent ‘évitée, et, quand il faut combattre, une confiance, que Dieu couronne par une protection si visible, qu'il n’est peut-être pas un seul ennemi des Tétes-Plates, qui ne s’en soit aperçu. C'est ce qui fait dire à tous les sauvages indistinctement, que la médeeine des Robes-Noires (la vraie Religion) est la plus salutaire de toutes; et plus d’un incrédule des pays civilisés prategerait leur opinion, si javais le temps de rapporter en détail les circonstances d’un grand nombre de faits, connus de tout le monde dans ces pays.
En voici quelques-uns.
‘En 1840, menacés par une armée de Pieds-Noirs de deux cents loges, soixante Têtes-Plates et Pends-d’Oreilles, après avoir imploré le secours d'en haut, se battent pendant cinq jours, tuent -quatre-vingts Pieds-Noirs, n'ayant à regretter de leur côté qu'un seul homme ; encore ne mourut-il que quatre mois après sa blessure et le lendemain de son baptême.
En 1842, quatre Pends-d’Oreilles et un Cœnr-d’Alène sont surpris par un parti de Pieds-Noirs; ils tuent le chef de prime abord, et le camp Pends-d’Oreilles, accouru au bruit de la fusillade, se défait du reste en quelques minutes, sans qu’il lui en coûte la vie d’un seul homme; quoique, pour les aborder dans le retranchement où ils étaient, il eût fallu essuyer leur feu presqu'à bout portant.
En 4845, pendant la chasse d'hiver, attaqués par les Banex trois fois plus nombreux qu'eux, les Tètes-Plates vengent la mort d’un des leurs, qu'ils n'avaient pu seœurir à temps, en leur tuant deux hommes et mettant le reste en fuite. Au dire même des TétesPletes,. les Benex sont les plus braves de leurs ennemis; ce qui
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