— UN
n'émpécha pas un jour sept Têtes-Plates de se battre con-
tre'un village entier de Banax, qui avaient violé à leur égard tous les droits de l’hospitalité ; et de faire rue les violateurs de leur témérité,
Pendant la chasse d'été de la même année, les Tétss- Plates, unis aux Pends-d’Oreilles, ne craignent pas. d'en venir aux mains avec une armée de Pieds-Noïrs, quatre fois plus nombreuse que la leur ; ils se servent d’une ruse de guerre, pour amener leurs ennemis dans la plaine ; puis , faisant: volte-face, ils les poursuivent, comme F eussent poursuivi une bande de buffles; -et les obligent à
laisser sur le champ de bataille vingt-trois guerriers, qui
deviennent pendant la nuit la pâture des loups. Les Pendsd’Oreilles ne perdirent que trois hommes et les Têles- Plates qu'un seul: c'est dans cette action qu'un Pendd’Oreille et un Pied-Noir, ayant fait feu en même temps l'un contre l'autre et à bout portant, se tuérent réciproquement.
En 1846, renforcés par une trentaine de loges do Nes- Perols; qui: les avaient priés de les attendre, et d'une douzaine de loges Pieds-Noirs, qui s'étaient jointes à eux, les Têtes-Plates viennent camper dans le voisinage d’un camp de Corbeaux, afin de renouveler la paix avec eux, s'ils voulaient être raisonnables. Aussitôt les Corbeaux se répandent comme un torrent parmi les alliés, probeblement à cause des Nez-Percés et des Pieds-Noirs, avet qui ils sont en guérre. Au lieu de traiter eomme autrefois les Tètes-Plates en amis, ils les insultent, ct; malgré les sages paroles de leurs propres chefs. et. des Têtes-Plates, qui veulent la paix, ces brutaux, ajoutant les menaces aux injures, font mine de vouloir tout sacctger; ce qu'ils eussent fait en effet, du moins la chose est plus que probable, (car ils étaient si nombreux et de si haute stature, que les alliés étaient comme perdus au milieu d'eux); si, au plus fort de leurs bravades, la Provi-
battre conolé à leur ire repentir
, les Têtesnt pas. d'en oirs, quatre , d'une ruse ; la plaine ; | comme Fi s obligent à uerriers, qui s. Les Pendset les Têtesqu'un Pendmême temps tuèrent réci-
loges de Nez- », et d'une jointes à eux, pisinage d'un x avéc Eux, les Corbeaux alliés, probes-Noirs, avet somme autre pnt, Ct; malchefs et des aux , ajoutant ir tout sacctla chose est xét de si > D qu des, la Provi-
PAS veille au salut de tous ses enfants, n’eût conduit comme par la main Gabriel mon interprète et un Pendd'Oreille nomméCharles, que j'avais envoyés à larecherche des Têtes-Plates. Après avoir fait en deux jours plus de chemin, que les Tèêtes-Plates n’en avaient fait en quinze, l'interprète dit au Corbeaux: que la Robe-Noire (il parlait | de moi) « qui les avait visités, quatre années auparavant, venait renouveler amitié avec eux, » et à l’instant les chefs Corbeaux joignant les coups de bâton aux paroles énergiques, parvinrent enfin à faire décemper les mutins.…. | La parole amaraba, qui signifie allez-vous-en, fut si souvent répétée et si bien accompagnée, qu’elle est devenue proverbiale. depuis lors et synonyme de cette cer de gré ou de force vous partirez.
Le lendemain de cette séparation forcée, nouvelles dsrmes.. Les Corbeaux, ayant volé en plein jour une trentaine de chevaux aux Têtes-Plates, et, sur un malentendu, deux Corbeaux innocents ayant été punis à la place des coupables, il n’en fallut pas davantage, malgré toutes les réparations qui furent faites sur-le-champ, pour allumer définitivement le feu de la guerre, Vers les 10 heures du matin, le combat s’annonça par un nuage de poussière, qui fit disparaître presque toutes les montagnes voisines. Bientôt on distingua les guerriers Corbeaux, courant à bride abattue, comme si rien ne devait leur résister ; mais les alliés , qui avaient eu le temps, la veille, domettre à l'abri d’une bonne palissade leurs femmes, leurs enfants, leurs chevaux et tout ce qui ne pouvait se défendre soi-même; les attendaient de pied ferme sur leurterrain. Lorsqu'ils furent à la portée du fusil, Stitiedbodsho, le chef des braves, appelé Moïse dans le beptéme ; après avoir fait prier ses gens qui formaient l'avant-garde, se. lève, en disant : « Mes: amis, si. Dieu
» veut.que nous soyons vainqueurs, nous le serons; s’il * ne le veut pas , que sa volonté soit faite; en : attendant
» pensons toujours à lui. » Cela dit, lui et.ses gens font
sur l’ennemi un feu, qui à l'instant les oblige À changer pa leur plan d'attaque en des évolutions fanfaronnes, qui Le ’
ne servent qu’à fatiguer leurs chevaux. Victor, le grand chef Tête-Plate, qui s’en aperçoit, s'écrie: « Maintenant, au mes amis, il est temps de monter à cheval. » Et chacun $ de choisir son meilleur coursier et de s’élancer avec tant ds
d'impétuosité, que bientôt toute la cavalerie des Corbeaux 7 l
est forcée de se replier sur elle-même, à plus de deux ii milles du camp Tête-Plate. Cependant, comme chez les a ennemis le nombre suppléait au courage, et, qu'à forée de 0e . poursuivre, les vainqueurs avaient besoin de relâche, la Al lutte se soutint jusqu’au coucher du soleil; mais ce fut ra pour montrer les ressources, que les Tètes-Plates avaient de a dans leurs jeunes guerriers. L'intrépridité des moins âgés db
étonna les plus vieux et fit pâlir plus d’un Corbeau. Enfin dis les Corbeaux, si fiers le matin , se retirèrent le soir, pleurant la perte de quatorze morts et de neuf blessés; ce qu'on apprit de :!-. bouche de trois prisonnières des Pieds Noirs, qui profitèrent de la déroute, pour recouvrer leur liberté. Du côté des alliés un seul succomba, le fils du chef Nez-Percé, et trois ou quatre seulement furent blessés; encore les blessures de trois d’entr’eux n'étaient que légères. Quant au petit parti Pied-Noir, qui avait à venger la moitié de sa tribu, massacrée l’année précédente par les Corbeaux , il saisit une si belle occasion et se montre, malgré la pauvreté de sa cavalerie, si brave, que jai entendu dire qu’il ne l'avait guère cédé aux Têtes-Plates; chose vraiment providentielle, pas un de ses gens ne fut égratigné. C’est, disent-ils eux-mêmes, que ce jour-là ils s'étaient unis de prières aux Têtes-Plates et que, pendant qu'ils se battaient, leurs femmes et leurs enfants n'avaient RL cessé d’invoquer le Ciel pour eux. Afin de faire ressor- RE tir encore davantage une protection si visible, queneRD puis-je rapporter toutes les circonstances de cette dernière
«ction!, En voici quelques-unes. Avant d'en venir aux mains, j'ai dit que les Corbeaux trop fiers de leur nom-
s gens font gi changer
aronnes, qui bre, de leur haute stature et de l'horrible massacre qu’ils r, le grand avaient fait l’année précédente, s'étaient montrés fanfarons Maintenant, au-delà de toute expression. En effet, outre qu'ils n'avaient » Et chacun pas eu honte de dire, que les Téêtes-Plates n'étaient. que cer avec tant dés femmes, ils avaient ajouté à cette injure, qu’il ne fallait des Corbeaux qu'un bâton à un seul des leurs, pour les mettre tous en plus de deux fuite: que pour les Nez-Percés et les familles Pieds-Noirs, me chez les qui se trouvaient avec eux, il suffirait de les courir comme , qu'à forde de or court les veaux de la prairie. Mais pendant la mélée, le relâche, la qui suivit ces vaines bravades, qu'arriva-t-il? On vit cinq , mais ce fut femmes , Têtes-Plates et Pends-d'Oreilles, leur faire touplates avaient cher au doigt, que, s'il y avait des femmes et des veaux les moins âgés sur le champ de bataille, 1ssurément ceux-ci n’étaient que corbeau. Enfin de leur côté: l'une d'elles, mère de sept enfants, conduisait L le soir, pleu- elle-même ses fils au combat: s’apercevant, que le cheval uf blessés; ce de son aîné faiblissait, elle se jeta entre lui et le Corbeau, ères des Pied- une dague à la main et avec tant de résolution, que celui- PCOUVrer . leur ci trouva plus prudent et n’eut rien de plus pressé, que a, je fils du de lâcher prise. Une autre plus jeune, ayant remarqué que nt furent bles- les carquois de plusieurs s'épuisaient ’ alla au milieu des n'étaient que DE combattants ramasser les fléches qui pleuvaient de tous avait à venger D cotés, pour les porter à quien avait besoin. Enfinla célèbre cédente par les | Marie Quilax, qui s’est distinguée dans plusieurs grandes et se montre, isiailles, après avoir poursuivi, la hache à la main, un >, que j'ai en- gros de Corbeaux, s’en revenait en disant: « Jecroyais que
x Tétes-Plates; DE ; ces grands parleurs-là étaient des hommes, je me suis
, trompée : ils ne valent pas la peine, que des femmes + fondentsur eux. » — Pourles Têtes-Plates d’un âge mir, ui croyaient, que chez les Corbeaux, comme chez eux, les répondaient aux paroles ; Faffaire, qui n'avait pas laiseé d’être chaude, ne leur parut qu’un jeu d'enfant, Ld'arrivai au camp, Tête-Plate, le lendemain de la bataille, Tout le monde était sur le qui vive et préparé à
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tocevoir les Corbeaux une deuxième fois... J'envoyi aussitôt un exprès au camp ennemi, pour annoncer mon arrivée, le grand désir que j'avais de les voir, et pour empêcher la continuation de ls guerre. On apprit bientôt, que les Corbeaux, ayant à peine donné la sépulture à leurs morts, s'étaient éloignés précipitamment, afin de pleurer à leur aise la perte qu'ils avaient faite. Les signes de douleur, que les parents des morts ont coutume de donner en pareilles circonstances, je veux dire, de nombreuses phalanges de doigts coupés et de larges traces du pans sorti des incisions volontaires, attestaient sufisa dans lé camp abandonné, combien les Corbeaux pe été punis de leurs vaines bravades et de leur injuste aggression.
Du côté des vainqueurs, quel fut le plus grand sujet de joie ? C'est sans contredit la conduite des Pieds-Noirs. Ils vinrent me trouver dans ma loge et m'exprimèrent d’une
manière vraiment éloquente leur adrairation pour le |
T'êtes-Plates, dont à avenir ils voulaient cultiver l'amitié, Ils attribuèrent à la prière la nouvelle victoire, qui venait d'être remportée: « tout le temps de la bataille, me di saient-ils, ils avaient vu les vieillards, les: femmes et les enfants à genoux, implorer les secours du ciel, et aucun Tête-Plate ni agcun Pied-Noir n'avait succombé; Un petit Nez-Pereé avait été tué et un autre blessé à mort ; aussi ke
camp seul des Nez-Percés, ajoutaient-ils, n'avait point prié. Ils avaient assisté, soir et matin, aux prières des Têtes Plates, ils avaient éntendé les instructions de leurs-chefs; îls ‘me conjurèrent donc, à la façon des sauvages, de:la prendre en pilid et de leur faire la charité; qu'ils étaient déterminés à suivre désormais la parole du grand
Munitou des blancs, et à marcher dans le sentier quel
Jésus-Christ était venu tracer Sur'la tèrre. » Ausei int préventérent-ils tous lours petits bnfnts, th pee de quatre-vingts, pour être baptisé. :
None
is... J'envoyai annoncer mon voir, et pour : apprit bientôt, épulture à leurs afin de pleurer s signes de doune de donner en de nombreuses
traces du sang, at suffisaniment prbeaux avaient de leur injuste
as grand sujet de y Pieds-Noirs. Ils rprimérent d’une ration pour les | cultiver F'amitit.
Le lendemain de cette cérémonie, ils demandèrent et cbtinrent la permission, de se réjouir à leur manière de leur double victoire. Voici à-peu-près comment ils le firent : en s’éloignant du champ de bataille, les guerriers, à la tête desquels caracolait un jeune chef, entonnèrent des chants de triomphe, qu'ils snrnpagnirent du tambour. Chaque phrase musicale <= iciminait par des cris plus ou moins perçants; après les cris revénait la musique. Tout sauvage qu'il était, ce concert n'était pas sans agrément : il dura presque toute lroute; nous remontions le côté droit de la belle rivière appelée Roche-Jaune, ayant à notre gauche une chaine de montagnes, qui offrait l'image de ces vieilles forteresses, dont:il est parlé dans les histoires de l’ancienne chevalerie. Tout cela ajoutait encore au pittoresque de la marche. À peine fut-on arrivé au lieu du campement, que les Pieds- Noirs, laissant là tout autre soin, se réunirent sur une pelouse, défendue contre les ardeurs du soleil par de magaifiques bosquets d'arbres. Quelle était leur intention ? de donner à la Robe-Noire un échantillon de leur savoirfaire en matière de danse. Qu'on ne soit point scandalisé ! Ce n'est pas une Polka, ni une Valse; rien de plus décent quecette danse indienne. D'abord aucun mélange de sexe : les: femmes seules y figurent: les vieilles comme les Jeunes, jusqu'aux plus petites enfants. J'en vis plusieurs, qui paraissaient avoir quatre-vingts ans et qui, pour ne Pes trop chanceler, avaient besoin du secours dr. bâton. Quelques-unes portaient les armes, qui avaient le plus servi au gain de la bataille. La plupart trnaient un rameau vert à la main, Présque-toutes. s'étaient revètues des plus besux habits d'hommes, qu'elles eussent pu se proeurer;
:que M mais cos habits, surajoutés à une espèce de tunique qu'elles
nequittent jamais, loin de nuire à le modestie de leurs mouvements, ne. faisait qu'y ajouter. Plus la forme du vêtement est étrange,: ples les couleurs sont dis-
parates, plus les clochettes qu'on y’ suspend sont bruyantes, plus le costume est riche à leurs yeux ; mais, pour qu'il ne manque rien à sa perfection, il faut que le tout soit surmonté d’un casque en plumes, entrelacées de bandelettes fort souples; cet ajustement, dont les pa. naches flottants se trouvent si bien en harmonie avec la danse et le chant, a quelque chose dé magique qui
plait aux yeux. Aussi, pour ne rien perdre d’un si beau |
spectacle, c’est à qui se mettra au premier rang; beaucoup de spectateurs montent à cheval, ou grimpent su les arbres pour mieux voir. En quoi eonsiste la danse? -— En un petit saut, plus ou moins vif, selon la mesure donnée par le tambour. Cet instrument n’est battu que par les hommes; pour le chant, il est le partage dé tous: les femmes font le dessus, les hommes la basse; de temips en temps, pour rompre la monotonie ou pour y ajouter ‘un nouvel agrément, quelques sons plus aigus et toujours entrecoupés se mélent à des sons graves et continus. Si la danse languit, les harangueurs et parfois quelques vieux grimaciers y viennent en aide. Comme, en sautillant, les danseuses tendent toujours à se rapprocher d'un centre commun , il arrive bientôt, que ies rangs devenant trop serrés, lessauts ne sont plus possibles ; alors on recule pourse reformer en cercle, etl’on recommence de plüs belle.
Après la danse vient la présentation du célumets c'est l'épouse du chef qui le porte. Deux autres femmes l'accompagnent: l'une d'elles a uu éventail, et l'autre un manche de pipe orné de plumes. Elles sont précédées et conduites dans le cercle, où s'est exécutée la danée, par le personnage le plus considérable dé là "nation. Le but de cette cérémonie, qui termine la réjouissanise, est probablement de re voir, que le plus doux fruit de la victoire qu'on célèbre, est la paix, qui doit là suivre. Notre pensée, à nous, est d'établir cette péix sufun meilleur fondement. Veuille le ciel nous accorder, que
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— 9NU — nos cfforts pour en déposer la semenec dans le cœur de ces sauvages enfants du désert, ne restent pas infructueux! C'est pour atteindre ce but, que je recommande ces pauvres âmes aux prières des fidèles. Après avoir rempli la promesse que je vous ai faite dans ma dernière lettre, vous faisant connaitre les avantages spiri- , tuels et temporels dont jouissent aujourd’hui les Têtes- Plates, .je reprendrai ici le cours des évènements, tels qu'ils se. présentent.
Le 16 du mois d'août, nous quittâmes la vallée de S'° Marie, par un défilé connu sous le nom de Porte de l'enfer, nom.qu'il a reçu sans doute, parce que c’est l'entrée prinpale, par laquelle les partis de maraudeurs Pieds-Noirs pénètrent sur les terres de nos Néophytes.
Nous eampèmes Ja première nuit, à l'embouchure de la fourche Pied-Noir, formée par des ruisseaux st des torrats innombrables et par plusieurs lacs. Aux sources de cite rivière, se trouve un passage à travers la grande chaine des montagnes, facile même pour des voitures. La vallée que nous parcourûmes, est arrosée par la Evière aux Charettes, ainsi appelée, parce que nos équipages y ont. passé les premiers, en 4841, pour se rendre à S'* Marie. Nous passimes la grande chaîne des montagnes dans le voisinage de la fourche aux Pierres à Fléehe, et nous descendimes à l'Est, suivant les sinuosités d’une des branches du Jefferson, dans un pays très-rude et trèsmontagneux, d’un aspect tout-à-fait sauvage et entrecoupé de loin en loin par des plaines ouvertes et étendues, qui Eur rendez-vous ordinaire de troupsaux innombrables
buffles.
. Leseptièmejour depuis notre départ de S'° Marie, nous nous trouvÂmes campés dens la vaste plaine, où les trois grandes fourches, le Jefferson, le Madisson etle Gallatin se réunissent, pour former le plusgrand fleuvede l'Amérique septentrionale: Je Missouri. Ces trois sources ont beaucoup
de branches, qui serpentent au milieu des Montagnes, arrosent et fertilisent un-nombre prodigieux de vallées riantes, riches en verdure et capables d'entretenir des troupeaux innombrables. Cette région est encore infestée par des ours gris, nous en tudmes quatre dans une heure ; nous y rencontrions aussi à chaque pas des buffies, des biches, des chevreuils, des moutons et des chèvres sauvages. Mois c'est par excellence le pays des maraudeurs, des assassins et des voleurs , appartenant à différen bus. Le voyageur doit ici prendre toutes ses prétaufjons, pour éviter l'attaque soudaine des nombreux partis de guerre, qui infestent ces parages, dans le but unique de remporter des chevelures, de voler des chevaux et tout œ qui peut leur tomber sous la fnain; ou pour s6 signaler par quelque exploit hardi. Tous les soirs, dans les pas dangereux, nous nous arrétions pendant quelques heures, afin de prendre un peu de nourriture et laisser paître et reposer nos animaux. À l'entrée de lanuit, nous allumions un grand feu qui pût durer jusqu’au matin. Ensuite, à la faveur de l'obscurité, nous continuions notre route environ l'espace de dix à douse milles , cherchant quelque endroit retiré, où nous pussions dormir sans crainte, C'est ainsi que nous évitions les ennemis, qui eussent suivi nos traces pendant la journée, ou se fussent tenus aux aguets dans le voisinage, attendant selonleur coutume, le milieu de la nuit, afin d'exécuter leurs desseins criminels. Nous quittâmes la Plaine des trois Fourches per un passage de quarante milles de long, à travers la chaîne de montagnes qui sépare les sources du Missouri de eclles de la Rivière Roche-Jaune. Nous avions suivi les traces du camp Téte-Plate pendant plusieurs jours, pre l'interprète Gabriel et un Pend-d'Oreille à la découverte de la direction que le camp avait pu prendre, et m'epporter des nouvelles positives de leurs mouvements. Ils devaient aussi sonder les dispositions des Corbeaux, que
P. 3. DE SMET, S. J.
des Mon , M jeme proposais de visiter. Quatre jours après, plusieurs 1 1S eux dé vallées Tétes-Plates vinrent à ma rencontre et m'apprirent la | Î3 entretenir des DS perfidie des Corbeaux, et le châtiment sévère qu'ils | |E ncore infestée avaient reçu en toute justice. Je n'ai pu me rendre au i LÉ ns une heure ; camp allié que le lendemain de la bataille. N'ayant pas i | es buffles, des obtenu l’entrevue désirée avec les Corbeaux, notre atten- | es chèvres sau- tion se dirigera sur les Pieds-Noirs, dont vous connaissez es maraudeurs, déjà les dispositions favorables à l'Évangile. Le résultat différentes tri- de cette détermination sera le sujet de ma prochaine lettre. Re es ufions, Jé me recommande à Dieu dans vos Saints Sacrifices et {| reux partis de prières, et j'ai l'honneur d’é:6 avec le plus profond respect | | but unique de et l'estime la plus sincère, | déuptapteter sn Mon rév. et très-cher Père, | | , dans les pes | Votre très-humble et |, | f uelques heures, très-obéissant serviteur en J.-C. 14 | t
Fort Lewis où Maragnon , 36 Sep. 1846.
Mon Rév. ET TRÈS-CHER Pène EN’ J.-C;
Vous connaissez déjà notre dessein d'accompagner le petit camp des Pieds-Noirs, jusque dans leur pays. Dans cette lettre vous appendrez avec plaisir, que le Seigneur a daigné bénir nos faibles efforts et couronner de succès notre entreprise. Après la bataille, dont je vous ai donné la description dans ma lettre précédente, il paraît que les Corbeaux se sont retirés danslès Montagnes aux Vents(1), déterminés cependant, à saisir la première occasion de venger leur défaite sur les Pieds-Noirs, et à les suivre jusque dans leur pays. Ceux-ci, probablement effrayés de cette menace, sont résolus à rester dans le camp Téte- Plate, jusqu'à ce qu'on soit arrivé sur les bords de h rivière aux Coquilles.
En quittant la Roche-Jaune, nouscheminâmes dans une direction Nord-Ouest, à travers un pays sec et rude, entrecoupé de montagnes, privé de forêts, et manquant d’eau bonne à boire. Pour étancher notre soif, nous étions forcés d’avoir recours à des eaux stagnantes ct saumâtres, les seules qu'on püt trouver. Aussi, tout le monde en fut malade pendant plusieurs jours. Nos ches-
Grande chaîne des Montagnes-Rocheuses, où plusieurs grandes af ) prennent lours sourents à l'Est et à uen jrs
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seurs ne tuërent dans cette région, que quelques bœufs, qui seuls eussent à peine suffi aux besoins d’une troupe si nombreuse.
Mais si les buffles étaient rares, les cabris étaient abondants et les chasseurs en abattirent un grand nombre . chaque jour. J’eus done le loisir d'étudier la nature et le caractère singulier de cet animal.
Le cabri du désert américain diffère peu de la brebis commune, quant à la grandeur et à la forme; il est couvert d’un poil bai-brun, long et cassant, excepté près de la queue et de la tête, où le poil e*t court et blanc. La femelle a sur 1e front une excroissance cornue, élevée d'environ un pouce et demi; le mâle est armé de deux
andouillers crochus, couleur d’ébène, de six à huit pouces
de longueur, ‘qu'il perd chaque année, vers né mois e novembre ou de décembre.
C’est l'animal le plus agile de la plaine. Ni dort la coursé lé cheval le plus fougueux. Un œil vif, un odorat
fin, une oreille attentive, le mettent toujours ‘en garde.
contre le danger. 1l s’avance rapidement vers l’objet de ses alarmes ou de sa curiosité, passe comme le: vent et séance sur une hauteur éloignée et hors d’atteinte, d'où il contemple les passants en toute sécurité. Puis, pendant que vous l'admirez, il fait un mouvement semi-cireulaire dans une direction opposée; il revient encore vers vous, de plus en plus proche et de plus en plus vite, comme s’il fût porté sur les ailes du vent; ce n’est toutefois que de loin et prudèmment, qu’il vous considère et vous examine. Enfin, après avoir flairé une dernière fois la brise; il reprend eon'élan et bientôt il « dispartt dans cet coéan:de
Ja curiosité est grande ot souvent il en est la victime: Le chissseur s’atéache'sur la tête un mouchoir rouge en fornue de turban, et, à demi-caché derrière quelqu'objet,
il se dresse de toute sa longueur, se baisse ensuite, puis ;
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DERAANE NM ÉSEET SEINS 2 TPE
— 996 — \ se cache entièrement; il renouvelle cette manœuvre de deux en deux minutes, et éveille ainsi la curiosité de l'animal , qui maintenant s'approche à pas lents et enfin se livre à la portée du fusil, J'en ai vu tomber: * grand nombre par ce stratagème.
‘Un voyageur de nos plaines fait une juste remarque et tire une bonne morale de la chasse du cabri, Il nomme à juste titre cet animal, le prototype moral de l’homme. En effet, que de fois ne voyons-nous pas des personne, d’ailleurs estimables, se livrer à leurs passions , autant pure curiosité, que pour le plaisir chimérique qu'elles y . trouvent... Téméraires, elles s'approchent de plus en plus de l’objet dangereux, qui réveille leur attention et les attire insensiblement vers un gouffre. Là, sûr de. son coup, le tentateur perce moralement sa victime, pour la plonger dans l’abime entr’ouvert, où elle est perdue:pour ellormême, perdue pour sa famille, pour la société et pour le monde. perdue pour toujours! L'homme ainsi, pour n'avoir pas été en garde contre toute curiosité vaine et dangereuse, est bientôt vaineu par le nueotnthes j malheureux.
Les petits Indiens m'apportèrent de temps en Pme de lapins, qu’ils avaient tués à l'arc dans les absinthes, Cet animal a ici au moins le double du lapin commun ; il a le poil blanc, légèrement mêlé de gris. Sa fourrure douce et fine surpesse même celle du lapin russe; sa pe ne excellente.
Les détails variés et nombreux que présente Ni d’un camp Indien de tribus différentes, vous peraltront plus clairs ot peut-etre même plus intéressants, si je vous les envoie, tels qu'ils sont entrés dans notre me or # vous en donne done quelques extraits.
8 Septembre 4846, — Aujourd'hui, les dément & discorde qui existent entre les Nez-Percés et les Pieds Noirs, font craindre une rupture ouverte. — Les Têtes
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Plates, à l'exemple des Robes-Noires, tâchent par leur médiation d'amener à la raison les Nez-Percés, qi ont évidemment tort; mais, pour la secunde fois, les principaux d’entr'eux invités à une assemblée pacifique, refusent de s'y rendre et rejettent le calumet.
Le 9, vers le coucher du soleil , il s’est passé dans notre loge une scène bien touchante. Pendant que je conversais avec:un chef Nez-Percé et deux Pieds-Noirs, une femme Pied-Noir entre avec un jeune homme d’une vingtaine d'années. À la vue du chef Nez-Percé, elle s'arrête et dit à son compagnon: « Mon fils, tu as jusqu'ici pensé que je suis ta mère selon la nature, et que les Pieds-Noirs sont tes frères: il n’en est rien: c’est le malheur qui t'a fait mon enfantadoptif; tes heureuses qualitést’ont rendu celui denotre
tribu. La mère qui te donna le jour, mourut notre captive
lorsque ton âge était encore bien tendre; et voilà, ajoutat-elle en montrant le chef Nez-Percé, voilà le père quet’a donné la nature et auquel tu appartiens. » Jugez de l’étonnement du jeune homme et surtout de celui du chef, à ce discours : ce dernier a en effet perdu, il y a près de vingt ans, sa femme et un enfant, qui devrait actuellement avoir l'âge du jeune homme qu'on lui présente comme son fils. Après quelques instants de silence et d’hésitation, il se rappelle que cet enfant portait sur sa poitrine la cicatrice d'une large brülure: ce fut pour lui un trait de lumière : ils’élance vers le jeune homme, lui découvre la poitrine et reconnait à son grand contentement, le signe cherché. Alors eet heureux père, dont tous les autres enfants sont encore en bes âge, emploie toute son éloquence, afin de
ep son fils à revenir sur sa terre natale, lui promet tant en même temrs un de ses plus beaux chevaux ; j'ajoutai les motifs les-glus forts ; pour le faire accéder à cette demande. À ces avances atiruyantes, faites par un père qui est si considéré dens sa pouplade , le fils, dont le eœut est partagé entre la nature et la grâce, répond qu'il so.
que
complira les désirs de son père, mais seulement ; quand il aura fait ses adieux aux compagnons et aux amis de son enfance, qui étaient absents. Il ne pouvait pas, non plus, disait-il, quitter brusquement celle, qui, pendant tant d'années, avait eu pour lui les soins et. les inquiétudes d'une: mère ; —: il avait toujours regardée :comme. sa mère, et il l’aimait avec la tendresse d'un fils.:« Maintenant que les Robes-Noires , ajouta-t-il, sont avec:nous, je désire:avoir le bonheur d’être du nombre de ceux, qui vont les introduire sur vos terres et sur celles de vos amis. Je souhaite entendre la parole du Grand-Esprit, qu'ils. viennent vous annoncer. Plus tard, j je me rendrai. a désirs de mon Père. »
Le 10; les Nez-Percés annoncent qu'ils vont se. ele: de nous. Les Téêtes-Plates, qui craignent plus la présence d’un ennemi qui peut nuire à leurs âmes, que:celle d'un ennemi qui :ne peut nuire qu’à leurs corps, ne sont pas. moins contents à cette nouvelle, que les Pieds-Noirs. Vers les'huit heures ; on se sépare; mais les Nez-Percés ; qui ne pensent pas comme les Tètes-Plates, sont à peine à: quelque distance du camp; que la peur d’être surpris seulspar les. Corbeaux:les oblige à y revenir, pour nepluss'en séparer jusqu'à la fin de la chasse. Afin:d’éviter une rupture fàcheuse, que le mauvais vouloir des Nez-Percés menaçait de faire éclater, les Pieds-Noirs se déterininent à les quitter le lendemain. Aujourd'hui, j'ai:baptisé:un Nez-Percé, qui avait reçu une balle à-travers le corps: dans la: bataille des Corbeaux. Il ne pourra jeans mes quelques jours:à:6a blessure, ::
Le 44 , adieux aux Têtes-Plates. Tous, jusqu'aux-poti enfants, v'snnent nous donner la main.. Leurs. paroles, leurs larmes, leurs manières dans cette circonstance, font voir combien leur coûte-cette séparation. Un “enr bre de leurs.cavaliers nous accompagnent quelque: temps:
six, dés: principaux:nous suivent jusqu'au cmd camps
BezFÉrbsÉÉSÉÉAsSE
ALÉAANODAG VS APNONNV MAASS VIH: