‹ Missions de l'Orégon et voyages aux Montagnes Rocheuses aux sources de la Colombie, de l'Athabasca et du Sascatshawin en 1845-46 [microforme]Chapitre 42 sur 85 · J CAMP · texte numérisé non relu

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ment, éloigné de l'autre de plus de vingt-cinq : villes.

‘Nous traversâmes une plaine très-étendue, à. «: base même des Montagnes aux Coquilles, qui se dressent fort escarpées au milieu de ces plaines et ressemblent à des iles élevées au milieu de l'Océan; leurs cimes sont couvertes de grandes forêts de pins et de cèdres rouges. Pendant que j'admire une nature si riche et si variée, mon attention: est tout-à-coup attirée vers un point, où un accident fâcheux vient d'avoir lieu : un cavalier est tombé de: chieval et s’est fait entre les yeux une blessure peu grave en apparence; cependant il a perdu connaissance à l'instant même et c'est en vain qu’on s'efforce déjle rappeler à la vie; ee n’est pas un Tête-Plate, c'est un Pied- Noir, un chef Pied-Noir , le chef Nicolas, que j'avais baptisé en 4842, et qui, depuis cinq ans, s'occupe à préparer les voies à la prédication de l'Evangile dans la tribu qui lui a donné le jour. 1} touchait au moment de voir ses vœux accomplis, et ses frères participants d’uri bonheur dont il s’est si souvent glorifié devant eux. Pendant la route, on l’entendait sans cesse prier et chanter les louanges de Dieu, et il tombe «et il meurt, suns avoir le temps de pousser un soupir! Que les jugements de Dieu sont profonds! Heureusement, Nicolas laisse un fils qui lui ressemble, sous le rapport de l'attachement à notre S'° Religion, et qui, très-versé dans la connaissance de la hrigue Tête-Plate , peut faire un interprète et un catéchiste excellent pour ses compatriotes. Malgré la douleur qui l'aécable, il commence à en exercer les fonctions près de la'tombe de son Père. C’est la coutume parmi les Pieds- Noirs, comme parmi presque toutes les nations de l'Amérique du Nord, d'exprimer leur douleur: par des cris et des macérations, beaucoup plus propres à attrister çeùx qui en sont les témoins, qu'à servir à ceux qu'ils regrettent. Pour le fils de Nicolas, sachant ce. qui se fait. à S' Marie dans le cas où il se trouve, il passe la :nuit en

prières, lui et sa famille, auprès de la couche funèbre du défunt, et il recommande à tous de renfermer dans leurs cœurs la peine qu'ils ressentent, afin, leur dit-il, de-ne pas trop affliger les deux Robes-Noires qui sont là. Ses amis et frères Pégans (c'est le nom de cette tribu Pied- Noir), venaient de temps en temps s'agenouiller à côté de la famille en deuil, et, à la manière des chrétiens, offrir au Grand-Esprit de pieuses, de ferventes prières en faveur de leur chef défunt. C’est le fils lui-même qui place son père dans le cercueil; et au-dessus de sa tombe, l’'eml'idme du salut, la croix du Sauveur, a été élevée porv la pre- mière fois, dens une région , assise pendant tent de siècles à lPombre de la mort... Au moment où l'on récite les prières, un bruit se répand dans l'assemblée silencieuse. De quoi s'agit-il? Deux Pieds-Noirs qui ont pénétré dans le camp Tête-Plate, ont donné la nouvelle que le gros de la tribu du vieux Nicolas, n'est peut-être pas à deux journées de inarche de "ous; et un Tête-Plate, impatient de nous en faire part, arrive au galop.

Le 12, jourmème del’enterrement de Nicolas, quelques chasseurs sont envoyés à la découverte du gibier; ear le jeüne se faisait sentir dans le camp. Une de ces vedettes aperçoit bientôt dans le lointain d'immenses troupeaux de Buffles, qui apparaissent alors comme de petits points noirs. Il se rapprache du camp pour annoncer l'heureuse nouvelle, et monte sur une haute colline, d'où il peut être vu debout sur son cheval, la crosse de son fusil élevée en l'air; c'est le signal qui annonce la présence des animaux. Le chef proclame alors la grande chasse: les chasseurs jettent le lasso (4) sur le cou de leurs meilleurs coursiers, qu'on voit se cebrer et bondir de joie... On part au galop; mais au moment de se précipiter sur leur proie, les

Le lasse est une sorde, dont les se servent ja As longuo sauvages

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cavaliers s'arrêtent, et c’est pour réciter, à l'exemple des Tétes-Plates, trois Ave Maria, en l'honneur de la: S* Vierge (quelques-uns le savent en Tête-Plate.) Pourraisje =xprir-=" la joie que je ressentis en entendant cette prière, dans une telle circonstance? Je ne l’essaierai pas; les âmes pieuses le sentiront assez. La prière finie, les chasseurs remontent à cheval et poursuivent les animaux, qui les entraînent à une très-grande distance. Chacun en tuaun, deux ou trois, se réglant sur la force de son eoursier. Le souper fut abondant dans toutes les loges: tous les feux étaient entourés de nombreux Bee/-Steaks ; le mien était garni d'une guirlande de langues, de bosses et de rognons , que les chasseursavaient réservés pour les Robes- Noires, et que nous partageâmes en frères avec tous ceux qui venaient nous visiter. Après le souper, splendide soirée amusante, donnée dans notre loge par un Pied-Noir, sibon, si sensé et en même temps si original, que ce fut pour nous, sous tous les rapports, un vrai plaisir de l'entendre. Tout se communiquait par signes. Voici queiques-unes des remarques, qu'il avait faites pendant son séjour dans le camp Tête-Plate: « Quand nous arrivâmes, »* nous dit-il, nous avions svoc nous une bonne provision » de viande. Le camp Tête-Plate et les Nez-Percés étaient » dans la disctte; ils nous firent des visites et, comme c'est » la coutume en pareil cas, nous placions devent nos hôtes » de quoi manger. Les Têtes-Plates avant de rien toucher, » portaient lamain au front, faisaient le signe de lacroix, » puis une bonne prière; tandis que les Nes-Percés se je- » talent sur les morceaux, comme des bêtes affamées. Le » dimanche, les Tétes-Plates, tranquilles dans leurs » loges, ne songeaient qu'à prier Dieu et à s'encourager »* àbion faire; pondant que les Nes-Porcés , tot fiers de » leur belle perure, se répandaient çà et là, pour faire » plutôt mal que bicn. — J'ai remarqué surtrut , que les » Nez-Percés n'étaient pas réservés, comme les Têtes-

» Plates, vis-à-vis de nos jeunes personnes; aussi, dans » la bataille contre les Corbeaux, les Nez-Percés seuls *. eurent-ils à pleurer la perte de l’un d’entr'eux; j'ai vu » par là, que le Dieu des blancs est bon pour les bons: » mais aussi, . que lorsqu'il veut, il sait trouver les » méchants, et c’estpour lespunir comme ils le méritent, »

Les succès étonnants des Tètes-Plates , dans les guerres qu’ils ont été obligés de soutenir depuis trois ans, ont confirmé leurs ennemis dans la persuasion où ils sont depuis plusieurs années, que la médecine, c’est-à-dire, la ds des Robes-Noires, est plus forte que la leur.

Pour revenir à notre observateur Pied-Noir, il termina sa pantomime en nous faisant entendre, qu’il aimait beaucoup deux choses: le jeu et la boisson; mais que,

quoiqu’on en dit, il ne serait pas le dernier à laisser Ià ces

deux délices, Résolution qu’il renouvelle souvent depuis le baptême de ses enfants. — Deux Pégans sont arrivés au camp avec la nouvelle que leur bande se trouve dans le voisinage.

Le 15, dimanche. — Nous sommes obligés d'aller camper plus loin; car dans le lieu où nous avons passé la nuit, il n'y a pour faire du feu que la bouse de vache; et la pluie qui tombe, nous ôte la possibilité d'en faire usage. La petite pluie qui nous arrose sur la route, se change bientôt en une espèce de neige, assez semhlable à la grêle, et si piquante qu'ou peut à peine laisser les nains à l'air. — Le caxcf qui nous a précédés, a allumé pour nous un bon feu. — Les trois petits enfants de Sata, fils de Nicolas, viennent s'asseoir auprès Ge nous. —- À peine les mains du petit Antoine ont-elles vu le feu, qu’il court détacher d'un cerisier voisin un rameau chargé de cerises, qu’il rapporte à sa sœur Adèle; mais relle-ci les passe immédiatement à sa sœur Marie, plus jeune qu'elle; un moment après, voyant un autre petit Pied-Noir non-beptisé qui mangeait des cerises, elle dit à son frère: 4e-tu

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