N° XXV
Fort Lewis, 27 Sept. 4846.
Mon nÉv. ET TRÈS-CHER Père Ex J.-C. ; \
Je suis depuis trois jours au Fort Lewis, et je m'y repose quelque peu de ma longue course à cheval, depuis S' François-Xavier du Wallamette jusqu'ici, par plusieurs grands détours : j'ai en effet dû visiter , pendant ce trajet, nos trois Réductions des montagnes et ensuite le camp Tête-Plate, sur les bords de la Roche-Jaune. Si mon séjour ici m'est très-utile, ilne l’est pas moins aux habitants du Fort, qui sont pour la plupart catholiques. J'ai distribué mon temps de manière à pouvoir les entretenir successivement tous, des vérités de notre sainte Religion; les exciter et les encourager à remplir les devoirs qu'elle prescrit. Ces pauvres Canadiens et Créoles Français, restent souvent dix, douze, quinze années dans le désert, sans prêtre, sans instruction, exposés aux plus grands dangers et pour le corps et pour l’âme: un grand nombre de ceux que j'ai connus, y ont trouvé une fin tragique.
Aujourd'hui, dimanche , j'ai offert le S' Sacrifice de h Messe, suivi d’une instruction sur la fin de l’homme. Tow les blanes du Fort et un grand nombre de Pieds-Noirs y assistaient. Des larmes de joie et de componction s’échappaient des yeux du Canadien, du Créole et de l'Espagnol, au souvenir sans doute des jours innocents et heureux de leur enfance, lorsque la main pieuse d’une mère les con-
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