‹ Missions de l'Orégon et voyages aux Montagnes Rocheuses aux sources de la Colombie, de l'Athabasca et du Sascatshawin en 1845-46 [microforme]Chapitre 5 sur 85 · L: plus quinze · texte numérisé non relu

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longdes montagnes-Rocheuses où elle prend sa source ; son cours est de 426lieues. Uu peu plus haut que Walla-Walla, une branche considérable de cette rivière, qui prend le nom de rivière des Vez-Percés, gagne le sud-est , pendant que la principale branche, qui retient le nom de Colombie, remonte au nord.

La mission Sainte-Marie, chez les Têtes Plates, est à dix jours de marche de Colville, vers le sud-est et à environ deux cent quatre-vingts lieues de Vancouvér. Le point le plus éloigné où M. Demers soit parvenu , comme on le verra plus loin, est le Lac à l’Ours, dans la nouvelle Calédonie, derrière les possessions russes. Ce Jac est à environ 500 lieues de Vancouver.

Plusieurs chaines de montagnes qui traversent le pays presqu'en tous sens et qu’il faut souvent franchir pour aller d’un poste à un autre, rendent les communications difficiles, les voyages très-pénibles et les rivières peu navigables. Généralement ces chaînes de montagnes courent du nord au sud, à peu près en lignes parallèles avec les Montagnes-Rocheuses. Les bords de l'Océan surtout sont montagneux. Une chaîne de montagnes bien boisée séparela vallée de la rivière Wallamet de la Mer Pacitique. Cette vallée est elle-même séparée des prairies qui s’étendent depuis les Grandes Dalles ou Wascopom jusqu'à Colville, par une autre chaîne de montagnes qui court aussi du nord au sud. Entre les autres différentes montagnes qu'on rencontre de chaque côté de la vallée de la Wallamet, on en remarque trois dont les cimes élevées

en forme de cône et couvertes d’une neige éternelle, leur font donner le nom de ÆMontagnes de neige. La plus proche de l'établissement canadien est le mont Hood, ainsi appelé du nom de l’un des officiers du capitaine Vancouver; la seconde est le mont sainte-Hélène, à l'est en face de la maison de la mission du Cowlitz, et à deux jours de marche de ce poste. Elle renferme un volcan qui

voit des flammes depuis quelques années seulement. La troisième est le mont Rainier, au nord-est de la susdite maison de Cowlitz, vers Nesqualy. Les deux tiers de la hauteur de ces montagnes sont couverts de neige.

Outre les rivières dont nous avons parlé, il y en a plusieurs autres dont les principales sont : au sud, les rivières Clamet et Umpqua qui se déchargent dans la Mer Pacifique, la première vers le 45° degré de latitude nord et la seconde vers le 44°. Cette dernière n’est guère navigable. L'honorable Compagnie de la baie d'Hudson y a un poste pour la traite, à quelques jours de marche de son embouchure. Il y a encore celle de Chekilis qui se décharge dans l'Océan vers le 47° degré, mais elle est peu considérable et n’est point navigable. La Colombie est navigable jusqu'aux Cascades, pour des navires qui tirent 14 pieds d'eau; et la Rivière Fraser ne l’est que jusqu’à une certaine distance de son embouchure.

Il y a dans l'Orégon plusieurs vallées immenses couvertes de prairies vastes et fertiles, qui, comme les chaînes de montagnes, courent du nord au sud. Ces plaines sont entrecoupées de ruisseaux et de coulés (4) qui facilitent beaucoup la culture des terres. Ces ruisseaux et ces coulés sont bordés d'arbres. Les prairies ont ordinairement depuis un jusqu’à trois milles de largeur. Elles sont couvertes d’un gazon vert que la charrue enlève facilement. Cependant la première récolte n’y est pas abondante, parce que la première année, ce gazon, versé dans la terre, y échauffe trop la racine du grain; mais à la seconde année, le cultivateur recueille ordinairement ce qu'il lui faut pour vivre largement. L'ensemencer it du blé d'automne se fait jusqu’au 45 janvier; celui au blé du printempsa lieu en mars. On peut y labourer tout l'hiver. Le sol de l'Orégon est en général fertile, surtout du

(1) Espèce de fossés naturels.

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côté du sud, C'est à Wesqualy qu'il parait de la qualité la plus médiocre. Tous les grains viennent parfaitement bien au Cowlitz, à Vancouver, dans la vallée de la Wallamet et particulièrement en gagnant plus au sud. Le grain vient aussi très-bien, sur les bords de la rivière Walla-Walla, dans les environs de Colville et à la mission Sainte-Marie. On sème encore avec succès au fort Langley, sur la Rivière Fraser. Sur les côtes du nord, les sauvages cultivent les patates, qui pèsent souvent plusieurs livres. Cependant on rencontre beaucoup d’endroits où le terrain, rempli de gravier, donnerait peu d’espérance au cultivateur : maisil est alors excellent pour le pâturage.

La température du Bas Orégon est tempérée en hiver. Il n’y tombe jamais plus de trois à quatre pouces de neige, encore est-il rare qu’elle reste longtemps, à moins que la terrene soit gelée. Alors si les pluies, presque continuelles de l'hiver, recommencent et durent pendant quelque temps, il y a inondation. Car cette neige, venant à fondre tout à coup, s'écoule des montagnes en abondance, et cette eau, réunie à celle des pluies, gonfle les rivières et inonde les prairies de la Wallamet. La température n’est pas partout la même : elle est plus froide en approchant des Montagnes Rocheuses et du côté du nord.

Le temps de l'hiver se passe ordinairement en pluies presque continuelles. Elles sont peu abondantes en octobre et novembre, mais deviennent presque continuelles en décembre, janvier, février et mars. Quelquefois pourtant, les grandes pluies viennent en automne, c’est-à-dire, en novembre, décembre et janvier; tandis que d’autres fois, au contraire, ces mois conservent la température douce et agréable de l’automne, et les pluies ne viennent que plus tard. Les froids n’y sont jamais rigoureux et n’y durent tout au plus que quelques semaines. Dans l’espace de sept ans, la glace est devenue deux fois seulement assez forte sur les rivières Wallamet et Colombie, pour qu'on

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put y passer en voiture. On n’y éfable point le bétail. Les chaleurs d’été y sont moins étouffantes qu’au Canada. Le printemps y est aussi plus agréable.

Il y a tous les ans, au mois de juin, une inondation de la Colombie. Elle est causée par la fonte des neiges des Montagnes Rocheuses, aux premières chaleurs du printemps, vers la fin de mai. Ce qu’il y a de remarquable c’est qu’elle est plus considérable tous les quatre ou cinq ans. La Colombie n’est guère navigable alors: c’est un courant rapide dans tout son cours. L'eau se répand sur les prairies environnantes et couvre même les îles de cette rivière à une hauteur considérable. C’est ce qui rend inhabitables plusieurs belles prairies qui l’avoisinent. Cette inondation cause quelquefois de grands dommages aux champs ensemencés de Vancouver. Dans les inondations ordinaires les pertes sont peu considérables.

Quoique notre but ne soit pas de faire connaître le génie ct les mœurs des Sauvages de l’Orégon, cependant, après avoir donné une idée de l'importance de ce pays, des ressources, des qualités de son sol et de la douceur de son climat, il ne doit pas être hors de propos de nous occuper quelques instants du caractère et des habitudes de ses indigènes, pour mieux connaître les obstacles que rencontrent les lumières de l'Évangile parmi eux, les difficultés que les missionnaires doivent avoir à surmonter, le courage et la constance dont il faut être armé, pour parvenir à rendre ces peuplades chrétiennes.

Quoique l’Orégon n'ait jamais été aussi peuplé que l’étaient les Antilles et le Mexique, à l’épuque où l’on en fit la découverte, cependant il est certain que des tribus nombreuses couvraient presquetout son territoire jusqu’en 1830. Mais le fléau qui ravagea, cette même année, les peuplades de la rivière Colombie et des autres parties du sud, a beaucoup diminué leur nombre. On prétend même qu’ à peine il en reste un tiers dans les cantons que nous

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venons de nommer. Quoique le climat de ce pays paraisse très-salubre, une fièvre tremblante et contagieuse, qui sc déclara cette même année 1830, enleva près des deux tiers des habitants, depuis le bas de la rivière Colombie, jusqu'aux Cascades. Tous ceux qui en étaient atteints, étaient pour ainsi dire assurés de succomber au bout de quelques jours. Quelquefois elle était si violente, que les malades en étaient comme brülés et consumés. Dans la force de la douleur, quelques-uns allaient se jeter à l’eau, pour se rafraichir, et cesinfortunés n'avaient que le temps de rentrer chez eux pour y mourir. Souvent ils expiraient avant d’avoir atteint leur logis. Des villages, dans toutes les directions, disparurent entièrement. Dans plusieurs endroits, le nombre des morts fut si considérable, qu’on fut obligé de faire brüler les villages pour empécher la peste qu’auraient pu causer les cadavres, qu’on y avait laissés sans sépulture. Quoique les blancs fussent aussi attaqués de cette terrible maladie, au fort Vancouver, cela n’empécha point le docteur Mac Laughlin de braver la maladie et de voler d’un poste à un autre. I] était jour et nuit sur pied, pour porter secours aux malades, et il le faisait avec un zèle et un courage au dessus de tout éloge.

Les Sauvages, dans leur superstition, attribuaient ce fléau à la mésintelligence qui avait éclaté entre quelques bourgeois de l'honorable Compagnie de la Baie d'Hudson et lc capitaine d’un vaisseau américain, qui, pour se venger, disaient-ils, avait jeté au fond de la rivière, avant son départ, un morceau de papier qui renfermait la mauvaise médecine. (Expression superstitieuse du sauvage, synonyme d’un mauvais sortou charme.) Cesfièvresreparaissent encore de temps en temps, mais avec moins d'intensité, D'ailleurs on est parvenu à trouver des remèdes efficaces pour s’en guérir, ou pour s’en préserver. Le fléau qui est maintenant le plus à craindre pour les Sauvages, c'est la petite vérole, Cet implacable ennemi du genre humain,

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fait des ravages considérables, depuis quelques années, parmi les peuples de la rivière Umpqua. Depuis 1839 leur abattement est tel que, lorsqu'on leur demande pourquoi ils ne bâtissent pas de grandes et bonnes habitations, comme autrefois, ils répondent: « C'est que nous n'avons pas longtemps à vivre. »

Cependant malgré lespertes considérables dont on vient de parler, le territoire de l’Orégon contient encore près de 200,000 âmes (1), dont la grande majorité se trouve du côté du nord, dans la Baie Puget, l'ile Vancouver et l’île de la Princesse Charlotte, au nord de celle de Vancouver. Il est à remarquer que les peuplades de ces différentes places onteu, jusqu’à présent, le bonheur d’être exemptes du fléau qui, en 1850, a si cruellement dépeuplé la Colombie. C’est pourquoi elles setrouvent si nombreuses maintenant comparativement aux autres. On prétend que l'île de la Princesse Charlotte est presque aussi grande que l’Angleterre, et qu’elle renferme, à elle seule, de 25,000 à 30,000 sauvages.

Le caractère des peuplades qui couvrent l'Orégon, est loin d’être partout le même. Les Sauvages des bords de l'Océan, surtout en remontant vers le nord, paraissent en général beaucoup plus farouches et plus barbares que ceux de l'intérieur. Les usages, les mœurs, le langage, les traits même du visage de ces peuplades ne diffèrent pas moins entr’eux. Il y a presque autant de nations, de langues et de tribus, que de lieux. On compte vingt-cinq à trente idiomes différents. Les progrès de l'Évangile en souffrent considérablement, et cette diversité de diulectes n'est pas le seul obstacle, qui cause beaucoup de peine et de souci aux missionnaires. Il nous est impossible d’esquisser les mœurs et les coutumes de chaque tribu dans

1) On donne aux possessions anglaises au nord de l'Orégon, 100,000 , aux possessions russes 200,000 âmes.

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cette courte analyse, et nous devons souvent attribuer comme naturel aux indigènes en général, ce qui n'est ordinaire que chez quelques peuplades. Ainsi les sauvages de l’intérieur sont d’un caractère doux, aimable, officieux et sociable, et pourtant vindicatifs et superbes; ils sont intelligents et spirituels, mais indolents; ils croient à l’immortalité de l’âme, ou du moins à une autre vie, bonne ou mauvaise, selon qu’on le mérite; mais ils se font un paradis ou un enfer à leur manière, et qui n’est guère autre chose qu’un lieu d’abondance ou de disette. Avec notre nature dégradée, on peut dire que Jeurs mœurs sont plutôt pures que corrompues, pour des nations livrées aux seules ressources des lumières de la raison. Ils ont une idée assez distincte du bien et du mal. Plusieurs grands principes du droit naturel y sont reconnus. La raison et la conscience publiques désapprouvent et condamnent le vol, l'adultère, l’homicide et le mensonge. La polygamie elle-

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