L. même y est plutôt tolérée qu’approuvée. Les polygames
sont le plus souvent des chefs, qui ne prennent plusieurs femmes, que pour conserver la paix avec les nations voisines. La licence y est aussi moins grande, sous le rapport des mœurs, qu'on pourrait se l’imaginer. Quoique la décence et l'éducation exigeassent bien davantage, cependant on n’y est point sans pudeur: on a soin de se couvrir ; la réserve la plus absolue règne parmi les jeunes gens des deux sexes. Ce sont les parents qui règlent les unions et en déterminent les conditions. Les femmes s’achètent plutôt qu’elles nese donnent en mariage. Dans les familles aisées, une épouse ne s'obtient pas sans donner en retour d'assez grands présents. Mais si la femme vient à mourir, l'époux ou ses parents ont droit de réclamer et de reprendre ce qu'ils ont donné. Ce n’est pas à dire pour cela que les femmes y soient les esclaves ou les servantes de leurs maris, comme elles le sont parmi les sauvages du Canada: au contraire, un grand nombre ont elles-mêmes des
esclaves à leur service. Si elles étaient maltraitées, elles pourraient se détruire ou se pendre, comme il est arrivé quelquefois. Or, cette mort violente est une infamie pour l'époux, et malheur à lui, s’il n’apaise les parents de la défunte par de nouveaux présents. Ce sont les esclaves qui font presque toute la besogne; mais ils ne sont pas fort maltraités, excepté quand ils deviennent vieux et inutiles, car alors on va jusqu’à les laisser périr de misère et de faim. Outre ceux qui naissent dans l'esclavage, il en est encore plusieurs qui, ayant été libres autrefois, ne sont tombés dans cet avilissement que par les malheurs de la guerre. Leplus souvent néanmoins, ce sont les enfants des vaincus, qui subissent ce triste sort. Les guerriers cherchent à surprendre et à tuer les parents, pour enlever les enfants et en faire des esclaves. Il paraît qu’on en veut à tout prix. C’est, pour ainsi dire, le premier bien-être des Sauvages. On va même jusqu’à entreprendre des guerres pour s’en procurer. Il ne paraît pas que les blancs aient beaucoup à craindre d'eux maintenant, si ce n’est le long de l'Océan, du côté du nord, où, dit-on, leur vie même n’est pas encore en sûreté. On prétend que les prisonniers sont dévorés dans les festins, et qu’il y a encore des tribus d’anthropophages. Là, quoique les bourgades soient plus nombreuses que partout ailleurs, chaque nation y est moins éparse; elles y sont aussi moins nomades que dans le reste du pays; c’est ce qui explique pourquoi leurs bâtisses sont plus grandes, plus hautes et plus solides. Quand elles ont un chef capable de prendre de l'autorité et surtout puissant en paroles, il a toujours le gros de la nation autour de lui. Ces sortes de chefs sont plus communs au nord qu’au sud.
Dans presque tout le pays, les bâtisses sont plutôt des loges que des maisons. Ce sont des espèces de cabanes de quinze, vingt à vingt-cinq pieds de long, larges à proportion, dont les faces ont de trois à quatre pieds de
, elles arrivé e pour s de la ves qui as fort nutiles, re et de l en est ne sont rs de la fants des rs cherlever les n veut à être des guerres nes aient st le long ie même isonnicrs Les tribus pient plus on y est que dans oi leurs s solides.
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hauteur, et qui ont le toit, couvert d'écorces de cèdre. Dans l'intérieur on suspend des perches croisées pour faire sécher le saumon, les viandes et quelques autres substances qui servent de nourriture. Il n’y a point de cheminée, le feu se fait au milieu des loges, dans une espèce de bassin, en forme de carré long, que l’on creuse en terre, d’un pied de profondeur environ. S'il y a plusieurs familles dans la même loge, chacune y a son feu, dont la fumée s'échappe par le toit. On voit que ces habitations sont loin d'être élégantes et délicieuses, même pour des sauvages.
Leurs vêtements ne sont guère plus recherchés, ni plus capables de les préserver du froid et desautres intempéries de l'air. Autrefois, dit-on, ils vivaient richement et s’habillaient de peaux de Castors et d’autres fourrures, qu'ils avaient en abandance et bien au delà de leurs besoins. Alors ils pouvaient se couvrir chaudement dans la froide saison; mais depuis que la traite des pelleteries y est établie, les fourrures sont devenues beaucoup plus précieuses. La grande quantité qu’on en a tirée, les a rendues aussi beaucoup plus rares. Au lieu d'en trouver abondamment pour avoir de quoi s’habiller à l’européenne comme autrefois, maintenant ils en sont presque privés. D'ou il arrive que les pauvres n’ont souvent pour tout habillement qu'une chemise et une couverture: et c’est à ce dénuement, à cette pauvreté et au malaise qui en résulte, qu'on attribue, en grande partie, les maladies dont nous avons parlé, et la diminution sensible des indigènes.
Les sauvages vivent, en général, de la chasse et de la pêche. Leur nourriture la plus ordinaire est le saumon, l'esturgeon et plusieurs autres espèces de poissons; les canards, les outardes, les dindes sauvages, le chevreuil et le cerf. Ils font encore usage des fruits des champs et surtout de la racine de Camask (voyez lettre du 17 août 1845.) Afin de conserver le saumon pour l'hiver, ils en
ôtent l’arète et quelques tranches du dos pour lui laisser partout une épaisseur de trois quarts de pouce, le font ensuite sécher au soleil et le mettent en paquet. Quand ils veulent le manger, ils le font chauffer ; il est alors dans tout son jus et dans toute sa graisse. C’est dans le mois de juin que se fait la pêche du saumon. Pour le prendre, les sauvages se servent ordinairement de seines (1) de cinquante à soixante brasses de longueur, qu'ils confectionnent eux-mêmes avec la plus grande dextérité et la plus grande perfection.
On ne trouve pour ainsi dire aucune trace deculte public parmi ces nations. Tout s’y réduit à certaines traditions fort dénaturées et par conséquent très-obscures. On croirait pourtant y reconnaitre un indice de la tradition du déluge et de la rédemption. 11 y en a qui exercent le métier de jongleur; mais c'est presqu'uniquement à l'égard des malades, et afin de les guérir. On permet facilement et avec empressement même, au jongleur, de faire sa jonglerie, mais malheur au charlatan, si le malade vient à mourir (2). Si quelqu'un succombe à une maladie un peu extraordinaire , il est rare qu'on ne l’attribue pas à quelque maléfice et que le soupçon ne tombe sur quelqu'un.
Quoique toutes ces nations aient toujours vécu, à peu près, sans aucun culte public, celles de l'intérieur du territoire, paraissent cependant aimer le christianisme.
Avant de suivre les missionnaires dans leurs nombreu. ses et pénibles courses à travers le territoire de l'Orégon, il est nécessaire de faire connaitre la pénible situation
(1) Filets.
(#) Le jongleur malheureux dans son traitement ou la personne soupçonnée d'avoir fait la mauvaise médecine, est en danger d'être tué ou pillé, s'il ne se rachète, en livrant une grande partie de son bien aux parents du défunt. Un malade donne souvent tout ce qu'il a pour s faire guérir par le jongleur.
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isser | D où se trouvaient les catholiques de ce pays, lors de l'arfont rivée de MM. Blanchet et Demers , et le besoin qu'il y and avait de leur présence pour mettre la foi de ces fidèles en dans sûreté, et pour empêcher l'erreur d'y prendre racine et ois de NH de s'y établir.
ndre, La compagnie de la baie d'Hudson y possédait alors 1) de vingt-huit établissements pour la traite de pelleteries, nfec- tant au nord qu’au sud. Il y a dans chacun de ces établiset la sements, un certain nombre de serviteurs presque tous
catholiques Canadiens. Il y avait en outre vingt-six famil-
public les catholiques au Wallamet et quatre au Cowlitz. Les Litions Î Méthodistes y avaient déjà deux missions: une à quatre 1 croi- lieues de la chapelle du Wallamet, où était une école sous on du leur direction, et une autre aux Grandes Dalles. Un ent le ministre anglican se trouvait à Vancouver. Les Presbyà l'é- tériens avaient aussi une mission à Wallawalla; et dès ermet 4839, ils en établirent une seconde sur la Rivière Spokan,
% à quelques jours de marche de Colville. Ce fut en 1840 que la propagande Méthodiste de lOrégon reçut le plus grand renfort. Cette même année, un M. Lee y arriva avec un vaisseau, il avait avec lui plusieurs ministres ac compagnés de leurs femnres et de leurs enfants; il avait aussi des fermiers, des forgerons et autres artisans. Cétait une véritable colonie. Des ministres furent placés dans les postes les plus importants, tels qu'à la chute du Wallamet, chez les Clatsops au bas du fort George (autrefois Astoria) et à Nesqualy. L'arrivée des missionnaires eatholiques fut un coup de foudre pour les ministres. 11 a fallu bien des soins et des instructions, beaucoup de peine et de patience, pour éclairer ou affermir dans la vérité les consciences chancelantes des catholiques, et pour ramener aux pratiques de la religion tant de personnes qui les avaient abandonnées depuis longues années, ou qui, élevées dans l'infidélité, n'en avaient jamais rien connu ni pratiqué.
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Voilà pourquoi les missionnaires étaient en quelque sorte obligés de se multiplier.
À peine MM. Blanchet et Demers se furent-ils rendus à leur destination, qu’ils commencèrent leurs travaux apostoliques à Vancouver. Ils travaillèrent de concert dans ce poste, depuis le 24 novembre, jour de leur arrivée, jusqu’au mois de janvier 4859, que M. Blanchet partit pour donner la mission aux Canadiens de Wallamet, pendant que M. Demers passait le reste de l'hiver au fort Vancouver, afin d'affermir dans le bien ces premiers néophytes. Les Canadiens du Wallamet avaient bâti une * chapelle de soixante et dix pieds de long. L'arrivée de M. Blanchet fut une véritable réjouissance : hommes, femmes, enfants, tous semblaient rivaliser d’empressement et d’émulation. Aussi M. Blanchet eut-il la consolation de pouvoir bénir un grand nombre de mariages, avant son départ, et d'administrer soixante-quatorze baptêmes. La chapelle fut bénite sous l'invocation de Saint Paul, qui lui fut donné pour patron; et c'est pourquoi l'établissement Canadien du Wallamet prend aussi le nom de Saint-Paul.
Après la mission du Wallamet, ce fut l'établissement de Cowlitz qui eut la même faveur. M. Blanchet s’y rendit au mois d'avril, et n’en repartit que vers la fin de juin. Les fruits qu’il y recueillit furent des plus consolants, Ce fut pendant son premier séjour dans ce poste qu'il eut le plaisir de recevoir douze sauvages de la baie Puget, qui, un chef en tête, étaient venus de plus de cinquante lieues, exprès pour le voir et l'entendre. C'est à leur occasion qu'il imagina son Échelle catholique, qui fut depuis d'un si grand secours dans les missions. Ces sauvages furent quasi comme douze apôtres : ils étaient restés assez longtemps au Cowlitz pour apprendre quelques-unes des principales vérités de la religion, surtout l'explication de l'Échelle, dont nous venons de parler
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et qui aide si merveilleusement à classer dans la mémoire les principaux événements tant de l'Ancien que du Nouveau Testament. De retour dans leur tribu, ils s'empressèrent d'enseigner aux autres ce qu'ils avaient appris. Pendant que M. Blanchet évangélisait au Cowlitz, M. Demers alla visiter Nesqualy. I y trouva les sauvages dans lesmeilleüres dispositions. Les chefs de la baie Puget, avertis de son arrivée, s’y rendirent aussitôt. Il commença à les instruire; mais le temps ne lui permit que d'y jeter la première semence, parce qu'il lui fallut être de retour à Vancouver au commencement de juin, pour y joindre les engagés (1) de la Nouvelle-Calédonie et du haut de la Colombie, qui y descendent tous les ans, à cette époque, pour y amener les pelleteries de leurs postes. Comme il y vient un assez grand nombre d’engagés de presque tous les postes, on comprend que c’est une occasion pour en instruire plusieurs à la fois, et qu’il ne faut pas la manquer. Aussi M. Demers, après avoir évangélisé les sauvages de Nesqualy, revint-il assez à temps à Vancouver, pour ne rien perdre d’une circonstance aussi avantageuse. Il y demeura un mois. Ensuite il partit pour le haut de la Colombie. 11 visita Wallawalla, Okanagan, Colville, instruisant et baptisant, le long de sa route, les enfants qu'on venait lui présenter. Ce voyage dura trois mois, pendant lesquels M. Blanchet pri. soin des fidèles de saint Paul du Wallamet, de ceux du saint Nom-de-Marie de Vancouver et de Saint-François-Xavier de Cowlitz. Cependant, malgré ses occupations, il partit encore au commencement de septembre pour Nesqualy. À peine y fut-il arrivé que les chefs de la baie Puget l'ayant appris, s'y rendirent en toute hâte , suivis d'un grand nombre de leurs gens. Le zélé missionnaire ne laissa point échapper une si belle occasion de semer la parole évangilique dans une terre si
(+) Expression usitée dans le pays , synonime de domestique.
bien préparée. Il instruisit ces peuples avec tout le soin et toutes les peines dont il était capable, sans toutefois négliger les engagés Canadiens de ce poste non plus que leurs femmes.
Les deux missionnaires se réunirent au mois d'octobre, à Vancouver, qui depuis leur arrivée en 1838, avait toujours été regardécommele lieu de leur domicile. Ils se séparèrent de nouveau le 10 du même mois, pour aller passer l'hiver chacun dans son poste respectif: M. Blanchet à Saint- Paul du Wallamet, et M. Demers à Saint-François-Xavier du Cowlitz; afin de pouvoir s'occuper de ces établissements d’une manière plus particulière, durant la saison de
, l'hiver ou des pluies. Cette première année, ils eurent le bonheur de conférer le saint baptème à 309 personnes.
En 41840, dès que le printemps fut arrivé, les deux missionnnaires se réunirent de nouveau à Vancouver, pour se concerter entr’eux et pour régler leur Mission. Bientôt après, M. Blanchet partit pour Nesqualy et M. Demers alla visiter les Tchinouks.
Celui-ci, après avoir passé trois semaines à instruire les Tchinouks, retourna à Vancouver pour y rencontrer les brigades d’engagés de la Nouvelle Calédonie, du haut de la Colembie et de la Californie. 1l en repartit à la fin de ce mois pour aller visiter les postes de Wallawalla, d'Okanagan et de Colville, comme il l'avait fait l’année précédente, et l'on pourrait appliquer au disciple ce qüi est dit du maitre : transit benefaciendo. Ce fut alors que le R. P. De Smet, qui ignorait que l'Orégon possédât déjà deux missionnaires, fut envoyé par son supérieur chez les Tétes Plates (mission Sainte-Marie). Mais en ayant été instruit, il écrivit aussitôt à M. Demers pour l’informer qu'il allait s'en retourner à Saint-Louis, afin d'y chercher du secours; et qu'il reviendrait l'année suivante avec du renfort (1).
(1) Les détails de sa mission ont été publiés en 1843 à Malines.
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Dans cette seconde mission, M. Demers fut encore trois mois en voyage.
Cependant M. Blanchet se rendit à Nesqualy. Il y arriva au mois d'Avril. Mais à peine y eut-il passé huit jours à instruire les sauvages de ce poste, que les chefs de la baie Puget envoyèrent une députation pour le prier de se rendre jusque chez eux. Ne croyant pas devoir refuser, il se se mit en route pour visiter ces peuplades , et s’avança jusqu’à l'île de Withbaie. Ce fut alors qu'il eut le plaisir de rencontrer des sauvages, qui, sans avoir jamais vu de missionnaires, savaient faire le signe de la croix, chanter descantiques, etc., etobservaientmêmele jour du Seigneur. C’étaient les chefs qui leur avaient montré ce qu'ils avaient appris à Nesqualy. Cette mission fut des plus fructueuses : une croix fut plantée, un grand nombre d’enfants baptisés, deux tribus en guerre furent réconciliées, et les chefs demandèrent des prêtres pour les instruire davantage. L'Échelle catholique passait de nation en nation et les savants l’expliquaient aux autres. C'était pour eux un livre divin.
Les missionnaires, après avoir béni plusieurs mariageset conféré en outre 288 baptêmes, presque tous dans les mémes missions que l’année précédente , se réunirent encore vers l'automne à Vancouver, avant d'aller passer la saison despluies dans leurs postes respectifs. M. Blanchet se rendit . à St. Paul du Wallamet et M. Demers à Saint-François- Xavier du Cowlitz. Cette saison n’était pas pour eux un temps de repos ; car, outre qu’il fallait y catéchiser les enfants et les nouveaux catéchumènes qui se trouvaient tous les ans à ces postes, ils étaient encore tout occupés du soin des cultivateurs et de leurs femmes, qui gémissaient de l'absence de leurs pères spirituels, et qui auraient voulu les posséder pendant toute l’année ; tant ils étaient avides de la parole de Dieu et désireux de réparer, dans le service du Seigneur, les années qu'ils avaient perdues
CR au service du démon. Ce fut dans le cours de l'été 1840 qu'un capitaine anglais, nommé Belger, remonta la Colombie, avec sa petite escadre, pour en dresser la carte. II alla ensuite visiter les côtes de la mer, au nord et au sud de l'embouchure de cette rivière.
Au printemps de 1841, M. Demers fit encore la mission de Vancouver aux brigades, avant de partir pour les postes éloignés. Il se rendit à Nesqualy, entra dans la baie Puget, et les chefs le conduisant de tribu en tribu, cet ouvrier zélé pénétra jusqu’au fort Langley, situé sur la rivière Frazer. Quelle ne dut pas être sa joie de s’y voir presque , aussitôt environné de plusieurs milliers de sauvages qui, jusque-là, n’avaient coutume de se rencontrer que les armes à la main, et pour se faire la guerre ! Ils laissèrent tous baptiser leurs enfants au nombre de 765.
Pendant que M. Demers recueillait les prémices d’une moissonsi abondante, M. Blanchet de son côté, ne demeura point oisif : après avoir fait faire la première communion au Wallamet, il visita les établissements de Vancouver et du Cowlitz, s’occupant des adultes et du catéchisme, qu'il fallait faire aux femmes et aux enfants de ces postes. Dès le printemps mème, il avait visité les sauvages de la chute du Wallamet et ceux de la rivière Tlakémas, qui ne sont qu'à un mille de la chute. M. Blanchet les instruisit, leur apprit quelques cantiques, ne les laissa qu'après avoir baptisé leurs enfants, et les avoir affermis dans leurs résolutions. Pendant le même été, il alla visiter les sauvages des Cascades ; cette mission ne fut pas sans fruit: les enfants y furent baptisés et plusieurs adultes instruits.
Le Révérend Père De Smet, fidèle à sa parole, revint dans l'automne de 4841 , chez les Tètes Plates, avec les Révérends Pères Point et Mengarini. En conséquence la mission de Sainte-Marie fut fondée cette année même, Les sauvages y furent instruits et baptisés et les mariages bénis. (Voyez Voyuges aux Montagnes Rocheuses.)
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Vers le mème temps, on eut la consolation d'apprendre par des lettres arrivées du Canada , que deux nouveaux missionnaires canadiens: MM. J.-B. Zacharie Bolduc ct A. Langlois, étaient partis par mer pour l’Orégon.
Nalgré les périls d’un voyage pendant l'hiver, M. Blanchet alla visiter son confrère. Son dévouement faillit lui coûter cher. Le 16 décembre, il remontait la rivière Wallamet, alors gonflée par les pluies de l'hiver ; et lorsqu'il fut au bout de la chute, il vit son canot chavirer et les sept personnesqui le montaient entrainées par le courant. La Providence ne permit pas qu'aucune d'elles périt. Par une heureuse circonstance, il était descendu du canot, avant l'accident, et il évita ainsi ce danger.
Au printemps de 1842, tandis que M. Blanchet était occupé à faire le catéchisme au Wallamet, etqueM. Demers donnait ses soins aux fidèles de Vancouver, ils furent agréablement surpris par l’arrivée du Révérend Père De Smet, qui était descendu de chez les Têtes Plates pour pouvoir les rencontrer et se concerter avec eux. Cet intrépide missionnaire, en descendant la Colombie, non loin de Colville, où il s’était embarquésur une berge(1), avait failli périr, et il ne dut son salut, comme M. Blanchet, qu'à la bonté de la Providence, qui ne permit pas qu’il fût dans la berge lorsqu'elle fut submergée dan un rapide(2),et qu'ils eut la douleur d'y voir périr cinq hommes de l'équipage et d'y perdre tous ses effets.
Lestrois nissionnairesse réunirent d'abord au Wallamet, puisà Vancouver; ils formèrent les plans qui depuis, ont si merveilleusement tourné à l'avantage et au succès de la
(1) Bateau.
(+) La Colombie est traversée assez fréquemment par ces lignes de rochers qui forment , dans son lit, des espèces de barrages d'où ses eaux se prédipitent. On descend ces barrages dans les endroits les moins élevés. C'est ce que l'on nomme rapide.
ce UE religion parmi les sauvages de l'immense territoire de
l'Orégon.
La Nouvelle-Calédonie est à 200 lieues de Vancouver. 11 fut résolu que M. Demers se mettrait en route pour s’y rendre. Il s'embarqua sur les berges de la compagnie de la baie d'Hudson et n’arriva dans la Calédonie qu'après deux mois de voyage. La moisson était müre dans cette terre lointaine. Les sauvages le reçurent à bras ouverts et n'eurent rien de plus empressé que de se rendre à ses instructions. H était surprenant de les voir, hommes, femmes et enfants rivalisant de zèle pour suivre les instructions, et pour profiter de ces jours de grâces et de salut. On eût dit que ces malheureuses nations barbares eussent compris * d'avance, le besoin d’une religion révélée, l'excellence du christianisme, et le bonheur d’être éclairés des lumières de l'Évangile. M. Demers put se convaincre que ces bons sauvages ne le cédaient point en bonnes dispositions et en ferveur, à la tribu des Têtes-Plates, qui passe pour avoir un goût et un attrait si particuliers pour la vertu. Ils ne purent s'empêcher de verser des torrents de larmes en voyant partir celui qu’ils appelaient leur père et qui l'était à si juste titre.
Pendant que M. Demers recueillait de si beaux fruits dans la Nouvelle-Calédonie, le Révérend Père De Smet, qui s'était chargé de la pénible tâche de repasser les montagnes Rocheuses, se remit en route dès le commencement de juillet. Il revit, en passant, sa mission de Sainte-Marie etse rendit, en décembre, à Saint-Louis auprès de son premier supérieur pour avoir de nouveaux renforts. Mais celui-ci jugeant qu'il devenait nécessaire de prendre de suite des mesures plus efficaces, secontenta de faire partir, au printemps de 4843, pour la mission de Sainte-Marie, les Révérends Pères De Vos et Hoeken, qui n’arrivèrent chez les Têtes Plates que l'automne suivant; il retint le R évérend Père De Smet, afin de le faire passeren Europe,
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où il arriva la même année, visitant l'Italie, la France et la Belgique, sa patrie.
Depuis le départ de M. Demers pour la Nouvelle-Calédonie et celui du Révérend Père De Smet pour Saint- Louis, M. Blanchet, resté au bas de l’Orégon, se trouvait chargé seul de toute cette partie. Wallamet, Vancouver et Cowlitz réclamaient tour à tour sa présence et il lui fallait encore avoir soin de tous les sauvages des environs. Tout cet été fut pour lui, en quelque sorte, une course continuelle; en automne il vit arriver MM. Langlois et Bolduc, après un an de voyage, depuis leur départ du Canada.
Malgré les fatigues d’un si long voyage, les deux nouveaux missionnaires furent forcés de se mettre aussitôt à l'œuvre. Dès que la première communion fut faite à Wallamet, comme il fallait en faire faire autant à Vancouver, M. Blanchet s'y rendit avec M. Langlois. Ils y travaillèrent pendant quelque temps. Mais la saison de prendre ses quartiers d'hiver éta. ‘ venue, M. Langlois retourna à Wallamet et M. Bolduc alla prendre soin de la mission du Cowlitz, qui ne pouvait se consoler de l’absence de M. Demers. M. Blanchet resta chargé de Vancouver, où les engagés, leurs femmes et leurs enfants, ainsi que les sauvages des alentours, ne cessaient de réclamer son ministère. Les trois missionnaires passèrent l'hiver chacun dans son poste , constamment occupés du soin de ces nouvelles chrétientés. Ce fut aussi cette même année, 1845, que les Pères Jésuites fondèrent la mission du Sacré Cœur de Jésus parmi les Cœurs d’Alènes. Cette peuplade ayant eu le bonheur d'embrasser la foi, les Révérends Pères furent assez heureux pour pouvoir y élever une chapelle, bénir un grand nombre de mariages et baptiser tous les enfants.
L'hiver de 1843 paraissait tirer à sa fin; M. Demers, après avoir parcouru les principaux postes de la Nouvelle
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Calédonie, et pénétré jusqu'au Lac à l’Ours, se mit en route pour venir rejoindre ses confrères qui étaient au bas de la rivière Colombie. Il quitta la Nouvelle Calédonie au mois de février et arriva au fort Vancouver au milieu d'avril. M. Bolduc, dès le printemps, visita l'ile de Vancouver et celle de Whitbaie.
Les Pères de Vos ct Hocken, ainsi que trois frères coadjuteurs arrivèrent en septembre chez les Têtes-Plates, et passèrent l’hiver dans les missions du haut de l'Orégon. Ces pères qui se trouvaient au nombre de cinq, travaillaient avec un succès qu'on pourrait dire merveilleux, tant la religion et la piété ont déjà changé les tribus qu'ils ont évangélisées et v ont jeté de profondes racines.
Ce fut vers cette époque que M. Blanchet fit élever à Wallamet une maison d'éducation, dont il confia la direction à M' Langlois, qu’il chargera aussi de la mission de S' Paul. M Blanchet passa l’hiver à Vancouver, et MM. Demers et Bolduc eurent le Cowlitz en partage.
Dès que le printemps de 1845 fut arrivé, M. Blanchet alla visiter le Cowlitz. Malgré le travail qu'y trouvaient les deux missionnaires, il en retira M. Demers pour l’établir à la Chute, ou Oregon-City, où sa présence devenait de plus en plus nécessaire. Cette petite ville, capitale de l'Orégon, doit son origineau docteur Mac Laugbhlin, qui y fit élever les premières bâtisses en 1842. Elle comptait déjà plus de soixante maisons, à l’arrivée de M'° Demers.
L'ouvrage ne manquait pas à M. Blanchet dans sa mission de Vancouver, cependant il était souvent obligé de s’en absenter pour s'assurer par lui-même, des secours qui étaient nécessaires ailleurs, et des progrès que faisait la religion.
ze Père De Smet arriva à Vancouver, au commencement d'août 1844, accompagné des Révérends Pères Accolti, Vercruysse, Ravalli et Nobili, et de six religieuses de Notre-Dame, de Namur.
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