‹ Missions de l'Orégon et voyages aux Montagnes Rocheuses aux sources de la Colombie, de l'Athabasca et du Sascatshawin en 1845-46 [microforme]Chapitre 8 sur 85 · RS ET ET · texte numérisé non relu

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foi, avec quelles instances elles demandent des missionnaires. Au moment du départ de Monseigneur Blanchet, deux sauvages de la NouvelleCalédonie avaient été envoyés à Vancouver, par les tribus de cette contrée lointaine, pour demander des prêtres; ceux de la baie Puget, qui en sollicitaient avec tant d'instance, depuis 1839, n’ont cessé de renouveler leur prière depuis le départ de Mgr. Blanchet. Les vœux des premiers ont été exaucés dans le cours de l’année dernière : le Père Nobili est allé les évangéiiser. Ceux des seconds le seront au retour de Mgr. Blanchet; mais combien d’autres tribus seront encore privées de ce bonheur!

Une mission qui ne fait que de commencer, qui manque de tout, qui nécessite des courses longues et dispendieuses et un grand nombre de missionnaires, ne peut subsister qu'avec des secours proportionnés à ses besoins. Si les dépenses qu’elle exige ont été et sont encore considérables, il est consolant du moins de voir qu’elles n’ont pas été inutiles. Six mille païens devenus chrétiens en six ans, quinze chapelles élevées, un pensionnat et un couvent établis, quinze cents Canadiens consolés et desservis , voilà des faits qui parlent assez haut pour en constater les fruits. Quand on compare le petit nombre de missionnaires avec la grandeur du résultat, on a peine à comprendrecomment tout cela ait pu s’accomplir sans prodige ! Il ne reste qu’à demander au Seigneur de continuer son œuvre; et aux membres de la Propagation de la Foi, qu’à seconder la Providence par le double secours de leurs prières et de leurs aumônes,

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Statistique de La Mission de l'Orégon.

Total des sauvages, environ. . . . . 200,000 Sauvages chrétiens. . . . «+ +. +. . 6,000 Canadiens , + . . . + + + + 1,500 Américains . «+ + + + + + + + : 10,000 Cultivateurs canadiens, familles. . . . 180à 200 Sujets anglais. . . . . . . . + +. 300à400

Jésuites. . , . + + + + «+ + + 10 Frères Jésuites. . . . . +. + + 6 Missionnaires Canadiens . . . , 4 Religieuses de l'institut de Notre-Dame

de Namur, (Belgique) . . . RE 6

Un collège de 60 pieds sur 25.

La maison de S.' François-Xavier de 45 pieds sur 35.

Un couvent de 60 pieds sur 30.

Une maison de 80 pieds, avec une chapelle pour l’usage de la communauté.

45 chapelles : 3 sur la Wallamet, 1 à Vancouver, 1 au Cowlitz, 1 à Whitbaie, 4 dans la Nouvelle Calédonie, 4 dans les missions des Montagnes Rocheuses, savoir : chez les Têtes-Plates (Sainte-Marie, le Sacré-Cœur, S. Ignace et S.' Paul de Colville), 4 à la Chute ou Oregoncity.

Les bestiaux, tels que les bêtes à cornes, les moutons, les cochons et surtout les chevaux, y sont en très-grand nombre. Les premiers animaux domestiques furent amenés en 4857, de la Californie, au nombre de 600.

Les volailles, telles que les poules, les dindes, les oies, les canards, y sont aussi en abondance. Des lettres du Canada parvinrent à Saint-Paul du Wallamet, le 4 novembre 1844, et y firent connaître que des bulles avaient été expédiées à Monseigneur Blanchet, en date du 1° dé-

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cembre de l'année précédente, l'Orégon étant par les mêmes bulles érigé en vicariat apostolique. Les missionnaires de l’Orégon le pressèrent aussitôt d'accepter. Comme les secours arrivés avec le Père De Smet, étaient insuflisants pour les besoins de la mission, Monseigneur Blanchet se détermina à passer en Europe pour s'y procurer de nouveaux renforts. Il partit de Vancouver le 28 novembre 1844, sur un vaisseau qui faisait voile pour Londres, où il arriva le 22 mai. Dès le # juin, il s’embarqua de nouveau à Liverpool, sur le steamer de la ligne Cunard et arriva au Canada le 24 du même mois, après un trajet de 7,522 lieues.

. Il s'y rendait pour recevoir la consécration épiscopale des mains de Monseigneur l'archevêque de Québec. La cérémonie se fit dans la cathédrale de cette ville, au milieu d’une foule de fidèles accourus même des paroisses éloignées. Plus de deux cents ecclésiastiques y assistérent.

Monseigneur Blanchet quitta Montréal le 12 août 1844, et vint en Europe pour y chercher de nouveaux collaborateurs dans la vigne du Seigneur. 11 parcourut tour à tour l'Angleterre, la France, la Belgique; puis il se rendit à Rome pour exposer au Souverain Pontife l’état et les besoins de son inmense diocèse. Sa Sainteté divisa l'Orégon en huit diocèses et l’érigea en province ecclésiastique dont Mgr. Blanchet est nommé archevêque sous le titre d'archevêque d'Orégoncity et primat de cette province. Les deux suffragants sont Mgr. Demers, évêque déjà nommé de l'île Vancouver, et Mgr. Blanchet, frère de Mgr. l'archevêque, évêque de Wallawalla (1).

Le digne archevêque s’est embarqué pendant le mois de février 1847, à Brest (France), sur un bâtiment neuf, nommé l'Étoile de la mer. 11 est accompagné de 26 per-

(+) Sacré le 27 septembre dernier à Montréal.

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Cette mission si importante va donc recevoir un renfort considérable, quoique bien insuffisant eu égard à l'étendue de ce pays et aux travaux apostoliques qui restent à y entreprendre. Ajoutons ici que déjà les fondements de plusieurs villes sont jetés sur divers points de ce vaste territoire. La principale a recu le nom d’Orégoncity : elle est bâtie sur la Wallamet près d’une belle chute d'eau. Si le projet du chemin de fer qui doit traverser les États Unis et l'Orégon dans toute sa largeur s'exécute, comme on a lieu de le croire, le trajet de Belgique sera abrégé de plus d’un tiers, et l’on verra bientôt des communications régulières s'établir entre l'Europe et cette partie de l'Amérique, à laquelle nous prenons un si vif intérêt,

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S.t François-Xavier du Wallamette, 9 octobre 1844.

« Mon cHEr FRÈRE,

« C’est après une navigation de près de huit mois, que, le 28 juillet, nous découvrimes les côtes de l'Orégon. Oh ! quelle joie alors! quels transports d’allégresse! quelles actions de grâces dans nos cœurs et sur nos lèvres! Tous, nous entonnâmes l'hymne de la reconnaissance, le Te Deum; mais à peine nous étions-nous livrés aux premiers sentiments de bonheur, que l’idée de nouveaux périls à affronter vint renouveler toutes nos inquiétudes: nous approchions du Colombia. L'embouchure de ce fleuve est d'un accès difficile et dangereux, même pour les marins pourvus de bonnes cartes ; et nous savions que notre capitaine , n'ayant pu en aucune manière s’en procurer, ne connaissait pas les rochers et les brisants, qui rendent l’entrée du fleuve presque infranchissable dans la saison où nous étions.

» Nous aperçümes bientôt le cap Désappointement, qui

(1) On sait que le Père De Smet, accompagné de cinq autres membres de la même Compagnie et de six sœurs de la mu 24 Cv de Notre-Dame, quittèrent le port d'Anvers le 12 décembre 1843, pour se rendre aux Montagnes-Rocheuses. Le navire FEMRRE qui les portait, après avoir traversé l'Océan Atlantique, doublé la inte méridionale de l'Amérique du sud et remonté l'Océan TSI arriva le 28 juillet 1 en vue des côtes de l'Orégon, et le Ÿ août suivant il mouilla au fort F'ancouver, situé sur la rive du fleuve Colombia.

semble indiquer aux voyageurs la route qu’ils doivent suivre. Comme il était déjà tard, le capitaine prit la résolution de virer de bord, pour éviter les côtes pendant la nuit. Pendant que le vaisseau s’éloignait de la terre ferme, nous considérions de loin les hautes montagnes et les vastes forêts de l’Orégon. Çà et là, nous vimes s'élever la fumée des cabanes des sauvages. A cette vuc, une foule de sentiments s’emparèrent de notre âme; les redire ici ne me serait pas possible. Il faut avoir été dans notre position, pour comprendre ce que nous sentimes alors ; notre cœur palpitait de joie à l'aspect de ces pays immenses, où se trouvent tant d’âmes abandonnées, naissant, vieillissant et mourant dans les ténèbres de l’infidélité, faute de Missionnaires; malheur, auquel nous allions mettre unterme, sinon pour tous, du moins pour un grand nombre.

« Le 29, tous les Pères célébrèrent le saint Sacrifice; nous voulions faire une dernière violence au ciel. Le commencement de ce jour fut sombre, nos esprits létaient aussi ; vers dix heures, le temps s’éclaircit et nous permit d'approcher, avec précaution, de cette vaste et affreuse embouchure du Colombia. On ne tarda pas à découvrir d'énormes brisants, signe certain d’un banc de sable de plusieurs milles d’étendue. Les écueils traversent le fleuve dans toute sa largeur et présentent une barre, qui semble en interdire l'entrée. Cette vue nous jeta vraiment dans la consternation; on sentait, qu'il était inutile de tenter le passage et qu'infailliblement nous y trouverions notre perte.

« Dans cette triste situation, que faire, que devenir, où aller ?..…..

« Le 50, le capitaine se trouvant au haut du mât pour faire quelques découvertes, aperçut un navire qui longeait le cap pour sortir du fleuve. Onne le vit que peu de temps, car il alla jeter l'ancre derrière un rocher, en attendant le vent favorable. Nous conjecturämes alors, que le fleuve

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« Vers trois heures, le capitaine envoya le lieutenant avec quatre matelots, pour sonder les brisants et chercher une voie pour entrer le lendemain dans le fleuve. C'était le 51 juillet, jour de la fête de saint Ignace: cette À: reuse coïncidence ranima nos espérances et releva nos courages. Nous attendions tout de la protection de notre Fondateur, et nous le priâmes, avec toute la ferveur dont nous étions capables, de ne pas nous abandonner dans ce péril extrême. Ce devoir rempli, on n'eut rien de plus pressé, que d'aller sur le tillac, pour découvrir la chaloupe montée par le lieutenant. Vers les onze heures, elle rejoignit l’{nfatigable ; les visages tristes et découragés des matelots nous annonçaient de mauvaises nouvelles; on n'osait les interroger... Cependant le lieutenant dit au capitaine, qu'il n’avait pas trouvé d'obstacles et que la

veille, à onze heures du soir, il avait traversé la barre

avec cinq brasses d’eau (50 pieds). Alors on déploya les voiles, etl’{nfatigable s'avança à la faveur d’une légère brise. Le ciel était pur, le soleil brillait de tout son éclat; depuis longtemps nous n’avions pas eu une aussi belle journée.

« Ïl ne manquait plus, pour la rendre la plus belle de notre voyage, que l’heureuse entrée dans le fleuve. A mesure qu’on approchait, tous redoublèrent leurs prières, chacun se recueillait et se tenait prêt à tout événement. Cependant le vigilant et courageux capitaine ordonne de jeter le plomb. Deux matelots s’attachent au dehors du vaisseau et sondent ; on entend le cri : 7 brasses. De deux à deux minutes, le cri se renouvelle; puis, 6 brasses.… 5 brasses..… Je nombre diminuait toujours. On devine, combien chaque cri devait faire palpiter nos cœurs. Mais quand on cria, 3 brasses et deux brasses et demie, tout espoir s’évanouit; car c'était le minimum de l’eau nécessaire au navire. On crut un instant, que le vaisseau allait se briser contre les récifs.

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« Le Seigneur voulait mettre notre foi à l'épreuve; il n'avait pas résolu notre perte. Le cri de # brasses se fait entendre. on respire, on prend courage; mais le danger n'était pas passé. Nous avions encore deux milles de brisants à franchir. Un second cri de 5 brasses, vint de nouveau nous remplir d'épouvante. Le lieutenant dit alors au capitaine : « Vous nous sommes trompés de route, » — Bah! reprit le capitaine, ne voyez-vous pas ue l’Infatigable passe partout? Avancez. Le Ciel était pour nous! Sans lui, ni l’habilité du capitaine, ni la bonté du navire , ni l'activité de l'équipage, n’eussent pu nous préserver d’une perte certaine. Nous étions à plus de cent mètres de la bonne voie, au milieu du canal du Sud, que jamais vaisseau n'avait traversé. Quelques moments après, nous apprimes d’une manière positive, que nous avions échappé comme par miracle.

« En effet, notre vaisseau avait pris d’abord une bonne direction à l'entrée du fleuve; mais à peu de distance de son embouchure, le Colombia se divise en deux branches formant comme deux canaux; l’un au Nord, non loin du cap Désappointement, est celui qui nous devions suivre; l’autre au Sud, n’est point fréquenté, à cause des brisants, qui en barrent l'entrée et sur lesquels nous avons passé les premiers et probablement les derniers. Nous sûmes encore, que le capitaine du fort Astoria, nous ayant aperçus depuis deux jours, s'était rendu à l’extrémité du cap avec quelques sauvages, et que, pour nous attirer de ce côté, il avait allumé de grands feux, élevé un drapeau et tiré quelques coups de fusil. Nous avions, il est vrai, remarqué ses signaux; mais nul d’entre nous n'en avait compris le motif. Dieu sans doute voulait nous montrer, qu'il est assez puissant pour nous exposer au danger et nous en retirer ensuite sains et saufs, Que son saint nom soit béni ! Gloire aussi à saint Ignace, qui a protégé si visiblement ses enfants, le jour de sa fête.

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« Vers quatre heures et demie, un canot se dirigea vers nous; il était monté par des sauvages Clatsops, ayant à leur tête un Américain établi sur les côtes; leurs cris étonnèrent beaucoup nos Pères et les sœurs de Notre- Dame. Nous ne pümes distinguer que le mot Calche qu'ils répétaient à l'infini. On leur fit signe d'approcher, et le capitaine leur permit de monter à notre bord. Aussitôt l'Américain m'aborde et m’expose le danger, que nous avions couru ; il ajoute, qu’il avait voulu venir à notre secours, mais que les sauvages, voyant le péril, n'avaient osé s’y exposer.

« De leur côté, les Indiens nous racontaient par signes, quelles avaient été leurs craintes; comment à chaque instant, ils s’attendaient à voir le navire renversé et brisé; ils avaient pleuré et déchiré leurs vêtements, sûrs que, sans l'intervention du Grand-Esprit, nousn’eussions jamais échappé au péril. En vérité, ces bons sauvages ne s'étaient pas trompés. C’est le témoignage de tous ceux, qui

ME connaissent l’histoire de notre passage; ils ne cessent de

| nous en féliciter, comme d’une chose unique et merveillcuse.

« La seconde visite, que nous reçümes à bord, fut celle de quelques Tchinouks, peuplade établie dans l'immense forêt, qui s'étend sur la rive septentrionale du fleuve, Les Clatsops occupent la rive méridionale et forment une population d'environ cent cinquante hommes. Les Tchinouks habitent trois grands villages au-delà de la forêt; ces deux nations, quoique voisines, sont ennemies l’une de l’autre. Les hommes s’enveloppent d’une couverture, pour paraître devant les blancs. Ils mettent toute leur vanité dans leurs colliers et leurs pendants d'oreilles; ils donneraient tout ce qu'ils possèdent pour s’en procurer. Ces sauvages se mettent extrémement à leur aise; ilfaut être très-réservé avec eux, afin d’empécher la trop grande familiarité. Il leursuffit, qu’on ne les chasse point; contents

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pour lors, ils n’exigent pas qu’on s'occupe autrement d'eux ; ils sont d’un naturel paisible; ils trouvent facilement de quoi satisfaire à leurs besoins et mènent pour la plupart une vie fainéante et oisive; leur unique occupation est la | pèche et la chasse. Les Indiens conservent la coutume . | d’applatir la tête de leurs enfants. Le saumon abonde dans leurs fleuves, ct le gibier, dans leurs forêts. Après s'être pourvus chaque jour de ce qui leur est nécessaire, ils se couchent au soleil, des heures entières, sans bouger. Ils vivent, du reste, dans l'ignorance la plus grossière de la religion (1).

« Le lendemain matin, nous vimes une chaloupe qui s’efforçait de nous rejoindre; elle portait M. Burney, le même, qui, les jours précédents, s'était, du haut du cap, si vivement intéressé à notre sort. Il nous aborda avec toute la bienveillance possible; c’est à lui, que la garde du fort Astoria est confiée; il y fait sa résidence avec sa famille,

ct il était chargé de la part de son épouse et de ses fn enfants, de nous inviter à descendre chez lui, pour leur £

procurer le plaisir de nous voir. Persuadés, qu'après un si long séjour sur mer, cette visite serait très-agréable à chacun de nous, nous nous rendimes à son invitation. Pendant que cette honorable famille nous préparait à diner, nous fimes une petite excursion dans la forêt voisine. Nous y admirâmes des sapins d’une hauteur et d’une grosseur prodigieuses. Il n’est pas rare d’en rencontrer de deux cents pieds de haut sur quatre et demi de diamètre. On nous montra untronc de sapin, qui avait quarante-deux pieds de circonférence (2). Après une course de deux heures, M. Burney nous reconduisit au fort.

(1) Les Tchinouks , les Clatsops et les Kilamukes , tribus Indiennes de la côte du Nord-Ouest , appellent leur plus grand dieu Ekannum, et lui attribuent la création de toutes choses. Le dieu, qui a fait la rivière Colombie et ses poissons, ils l’appellent Etalapasse.

(2) Le même arbre, dont Balbi fait mention dans sa Géographie.

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« Dans une seconde promenade, plusieurs d’entre nous admirèrent des tombeaux de sauvages. Le corps du défunt est placé dans une espèce de canot, fabriqué d’un tronc d'arbre; on le couvre de nattes ou de peaux, puis on le suspend à un arbre, ou on l’expose sur les bords de la rivière. Nous vimes jusqu’à douze tombeaux semblables, réunis dans un même endroit; ils se trouvent ordinairement dans des lieux de difficile accès, tels que des iles ou des pointes de rochers, afin d’être ainsi plus à l'abri des animaux féroces. Non loin de ce cimetière, un de nos Pères plus curieux que les autres, ayant aperçu à l'écart le museau d’un ours, qui n’avait pas l’air trop apprivoisé, s’en revint saisi d’une panique assez plaisante.

« Le 2 août, je résolus de devancer mes compagnons au fort Vancouver, pour informer le Rév. M. Blanchet de notre heureuse arrivée. Du reste, voici, pour nos Pères, ce

| qui concerne le reste de leur voyage: le 5 et le #, la

marche du navirc fut retardée faute de vent; d’un coup d'œil on pouvait apercevoir le chemin qu’on avait fait en trois jours. Vers le soir, une légère brise se leva et permit de continuer la route. Au bout de quelques heures, on fut au-delà des écueils, qui se prolongent l’espace de six milles ou deux lieues. Cette distance une fois parcourue, on peut tenir constamment le milieu du fleuve, il s’y trouve toujours une quantité d’eau suffisante, mais les nombreuses sinuosités exigent une manœuvre continuelle.

« Ici la rivière est des plus belles: surface unie comme un cristal, courant intercepté à la vue par le rétrécissement du lit etdesrochers, mugissement sourd de quelques petites chutes et cascades sur les deux bords ; rien n’est plus varié ni plus agréable que le Colombia. On ne se lasse pas d’admirer la richesse, la variété etla beauté des sites, que la nature offre dans ces régions solitaires; des forêts vierges bordent les deux rives dans presque toute leur longueur; elles sont couronnées de montagnes également

boisées. En remontant le Colombia, on rencontre ca et là d'assez larges baies, au milieu desquelles s’élèventde jolies petitesiles, qui, semées sur les flots comme des groupes de fleurs et de verdure, présentent un coup-d’œil charmant; c'est ici, que les artistes devraient venir étudier leur art: ils y trouveraient les vues les plus pittoresques et les plus gracieuses: les couleurs variées, les sites ravissants sont prodigués sur cette terre. Plus on avance, plus les perspectives sont grandes et majestueuses. Enfin le 5 août, le navire arriva au fort Vancouver, vers les sept heures du soir. M. le gouverneur, homme plein de religion, accompagné de son épouse et des personnes les plus notables, se trouvait sur la rive pour nous recevoir. Nous jetâmes l'ancre; nous nous rendimes aussitôt au fort, où nous fümes accueillis et traités avec toute la cordialité possible.

« Le 12, après huit jours d'attente, arriva le Rév. M. Blanchet. Il n'avait pas reçu la lettre que je lui avais écrite; mais aussitôt que la nouvelle de notre arrivée lui fut parvenue, il se hâta de nous rejoindre, accompagné d’un bon nombre de ses paroissiens. Il avait voyagé tout un jour et une nuit sans s'arrêter. Sa présence nous combla de joie. Quoique nous fussions très-bien au fort, nous désirions parvenir au plus tôt à l'endroit, que la divine Providence nous avait destiné; les religieuses de leur côté soupiraient après leur nouveau couvent de Wallamette. En conséquence M. Blanchet ordonna les préparatifs du départ, et le 14, nous quittâmes le fort Vancouver.

Un adieu bien sensible nous restait à faire au capitaine de notre navire; il nous attendait au bord du fleuve. L’émotion fut vive de part et d'autre: lorsque pendant huit mois on a partagé les mêmes dangers, et qu’ensemble on a vu sisouvent la mort de près, on ne se sépare pas sans larmes.

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