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+ — 711 — | désireux de profiter des grâces dont leurs frères les 4 blancs sont favorisés. |
0 Je suis, avec le plus profond respect et la plus | î haute considération, en me recommandant à vos L à saintes prières et saints sacrifices,
D Votre très humble et obéissant serviteur en Jésus- M Christ.
P. J. de SMET, De la Société de Jésus.
Saint-François-Xavier de Willamette, 20 juin, 1845.
MONSEIGNEUR
de:
Je partis au commencement de février pour visiter Bos différents établissements et pour en former de nouveaux parmi les tribus voisines de nos stations. Une beige épaisse de cinq pieds de profondeur couvrait tout le pays. Je fus obligé de me rendre de la baie des Pendants-d’Oreilles à la Plaine aux Chevaux dans un 'canot, et de faire ainsi deux cent cinquante milles.
Je me trouvai pendant le temps pascal au milieu de + mes chères Têtes-Plates et des Pendants-d'Oreilles
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FN des montagnes, et j’'éprouvai une joie vive en les voyant remplir avec zèle et ferveur le devoir imposé aux fidèles enfants de la prière. Le jour de Pâques, toutes les Têtes-Plates qui étaient à Sainte-Marie assistèrent à ma messe et s’approchèrent dévotement de la sainte table. et environ trois cents Pendants-d’Oreilles (la plupari adultes) appartenant à la station de Saint-François-Borgia, se présentèrent pour recevoir le baptême. Parmi eux se trouvaient cinq chefs dont les principaux sont Stiettiedloodsho ou 1e commandant de la tribu Vaillante ; Selpisto ou le commandant en chef. et Chalax, c'est à dire la Robe-Blanche, surnommé le jongleur ou le grand médecin. Dans leur langue, le mot médecin est synonyme de jongleur, Qu'il est consolant de répandre l’eau régénératrice du baptême sur les fronts ridés et cicatrisés de ces guerriers du désert ; de voir ces enfants des plaines et des forêts sortir de la profonde et superstitieuse ignorance dans laquelle ils sont élevés depuis tant de siècles, ei embrasser la foi et ses saintes pratiques avec une ardeur et un zèle dignes des premiers chrétiens,
Je ne vousraconterai pas l'histoire de ces chefs, car je dépasserais les bornes que je me suis imposées, Je vous dirai seulement que ces héros des Montagnes- Rocheuses ont été pendant plusieurs années la terreur de leurs ennemis. Chalax s’est rendu célèbre comme jongleur et prophète; si l'on en croit les Kalispels ct les blancs qui ont voyagé avec lui, ses prédictions se sont réalisées,
Il a prédit que les Pieds-Noirs attaqueraient leur
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camp; et il a désigné le jour et le lieu de l'attaque et le nombre des combattants. Interrogé à ce sujet, il me répondit avec une grande simplicité et candeur : on m'appelle le Grand Docteur, mais je ne me suis jamais adonné aux pratiques de Ja jonglerie et je n’ai jamais voulu recourir à cet art trompeur. Je tire toute ma force de la prière ; lorsque je me trouve en pays ennemi, je m'adresse au maître de la vie, je lui offre mon cœur et mon âme, etle supplie de nous protéger contre nos ennemis. Une voix m'a toujours averti du danger qui nous menaçait. Je recommande alors à tout le camp d’être sur ses gardes, car la voix intérieure ne m'a jamais trompé, J’ai maintenant une faveur à vous demander. La voix mystérieuse m'appelle par le nom de Chalax; si vous voulez bien le permettre, je désire porter ce nom jusqu’à ma mort. J'y consentis volontiers. Je lui donnai ensuite quelques explications sur la cérémonie de l’habit blanc qu’il allait recevoir dans le saint sacrement du baptême, et j’ajoutai le nom du prince des apôtres à celui de Chalax. C'est ce même chef qui, dans ma première excursion dans les montagnes, soutint avec soixante hommes, et .pendani cinq jours, un combat opiniâtre contre deux cents logs de Pieds-Noirs qu'il mit en fuite, après leur avoir fait perdre quatre-vingts hommes, tandis que : les Têtes-Plates n’eurent qu'un homme de blessé. Il
. mourut trois mois après.
C'est avec regret que je quittai ces bons Indiens …. ainsi que mes chers frères en Jésus-Christ. Les RR. EP. ». Mengarini et Zurbinati et les quatre frères coadju-
| — 74 — teurs qui tous travaillent avec un zèle infatigable à cette portion de la vigne du Seigneur.
La neige ayant presque entièrement disparu, les Kalispels de la baie attendaient mon arrivée. Je me rembarquai dans mon frêle canot, conduit par deux Indiens, et je descendis en toute hâte la rivière de Clarke. Vous vous ferez une idée de son impétuosité, lorsque vous saurez que nous ne mîmes que quatre jours pour descendre cette rivière, qu’il nous fallut quatre fois plus de temps pour remonter. En retournant à la baie accompagné par le R. P. Hocken et par plusieurs chefs, mon premier soin fut d'examiner les pays appartenant à cette portion de la tribu des Kalispels et de choisir un lieu convenable pour la fondation du nouvel établissement de Saint-Ignace. Nous trouvâmes une vaste et belle prairie ayant trois milles d’étendue, bordée de cèdres et de pins, située dans le voisinage de la caverne de la nouvelle Manrèse.et de ses carrières, et à proximité d’une chute d’eau tombant de près de 200 pieds de haut et présentant toute espèce d'avantages pour la construction de moulins. J'abattis le premier arbre, et après avoir pris toutes les mesures nécessaires pour l’expédition des travaux, je partis pour Walla-Walla, où je m’embarquai sur un petit bâtiment et descendis la Colombia jusqu'à Vancouver, La fonte des neiges occasionna une crue d’eau assez considérable, et notre descente se fit très rapidement. On m’indiqua l'endroit où, quelques mois auparavant, quatre voyageurs des États-Unis périrent misérablement victimes de leur témérité et de leur
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Les MG ‘us présomption. On leur conseilla de prendre un guide, mais ils répondirent qu'ils n’en avaient pas besoin; lorsqu'on les prévint que la rivière était dangereuse et trompeuse, le pilote répliqua d’un ton railleur et vaniteux : Je suis en état de conduire ma barque même en enfer.
L'inutile conseiller leur souhaita un heureux voyage, mais il dit en tremblant : « Ge pilote n’est pas un Indien ni un Iroquois. ni même un Canadien. » Lefleuve impétueux ne tarda pas à ensevelir dans ses eaux ses victimes présomptueuses. Celles-ci prirent le milieu de la rivière, et en un instant le canot fut emporté avec la rapidité de l'éclair, laissant derrière lui une épaisse traînée d’écume produite par la violente action des rames, Lorsqu'ils approchèrent des rapides, ils se lancèrent sans crainte ; hélas, leur sort fut bientôt décidé, Entrainés dans le gouffre par le tourbillon, ils firent d'inutiles efforts pour échapper à cet horrible danger; ils virent le redoutable abime s'entr’ouvrir pour dévorer sa proie, La malheureuse barque tournoya un instant, puis disparut au milieu des cris de désespoir, pendant que l’effroyable écho répétait sur les deux rives le nouveau désastre de la Colombia.
Les eaux reprirent bientôt leur cours accoutumé et ne laissèrent aucune trace de cette terrible catastrophe. Ge lieu fatal pourrait à juste titre être appelé les Rapides du Présomptueux; il servira sans doute de leçon aux imprudents qui voudraient se confier sans prétexte et sans guide sur ce formidable tribus taire de l’océan occidental. |