‹ Missions de l'Orégon et voyages dans les Montagnes Rocheuses en 1845 et 1846 [microforme]Chapitre 27 sur 108 · À" SR CN PA PERS ETATS · texte numérisé non relu

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insuite, quand la neige commence à tomber, les ours gras et dodus retournent dans lépaisseur des forêts, et dans les creux des rochers où ils ont établi leurs demeures, et y passent les quatre tristes mois d'hiver dans une complète indolence, sans autre occupation que de sucer leurs quatre pattes.

Si nous en croyons les Indiens, chaque patte occupe l'ours pendant une lune (un mois). Lorsque la tâche est accomplie, il se tourne de l’autre côté et commence à sucer la seconde, et ainsi de suite.

Je mentionnerai ici en passant que tous les chasseurs et les Indiens remarquent qu’il est très rare qu'une ourse soit tuée quand elle porte, et cependant on les chasse en toutes saisons. Où vont-elles? Que deviennent-elles pendant le temps de leur gestation ? Cest un problème que nos chasseurs montagnards n'ont pas encore résolu.

Quand l’émigration, accompagnée de l’industrie, des arts et des sciences, aura pénétré dans les nombreuses vallées des Montagnes-Rocheuses, la source du Colombia deviendra un point très important. Le climat est délicieux. Les grandes chaleurs et les grands froids y sont inconnus. La neige disparaît aussitôt qu'elle est tombée. Les mains laborieuses qui cultiveront ces vallées recueilleront cent pour cent. D’innombrables troupeaux pourraient paître toute l’année dans ces prairies, où les sources et les rivières entretiennent une fraîcheur et une abondance perpétuelle, Les sommets et les versants des montagnes sont géné=

ralement revêtus d'inépuisables forêts dans lesquelles 5*

se trouvent des mélèses, des pins de toute espèce, des cèdres et des cyprès.

Il y a dans la plaine, entre les deux lacs, de belles sources dont les eaux ont réuni et formé un rocher massif de pierre molle et sablonneuse qui a l'apparence d’une immense cascade pétrifiée et glacée. Leurs eaux sont douces et transparentes et de la même température que le lait qui vient d’être trait. La description donnée par Chandler de la fameuse fontaine de Pambouk-Kalesi, qui se trouvait dans l’ancienne Hiéropolis de l’Asie-Mineure, dans la vallée de Meander, et dont Malte-Brun fait mention, peut être littéralement appliquée aux eaux thermales de la source du Colombia. Le paysage qui se déroula à nos yeux est si merveilleux qu’une description quelconque semblerait romanesque et n'approcherait pas de la réalité, Nous contemplâmes avec admiration cette vaste pente qui, vue à distance, a l'apparence de là craie, et qui de plus près présente l'aspect d’une immense cascade figée, dont la surface ondulée ressemble à un cours d’eau soudainement arrêté et durci dans sa course rapide,

Le premier lac du Colombia est à une distance de deux milles et demi de la rivière des Arcs-à-Plat, et recoit une portion de ses eaux pendant les pluies du printemps. Ils sont séparés par un fonds de terre. Les avantages dont la nature semble avoir favorisé la source du Colombia rendra un jour sa position géographique très importante. La main magique de l'homme civilisé la transformera enun paradis terrestre.

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L: pas pénétré? Le monarque qui règne à la source du belles A Colombia est un honnête émigré de Saint-Martin. rocher 5 dans le district de Montréal, qui réside depuis vingt- ’'appa- 7 six ans dans ce désert. Les peaux de renne et de

, Leurs * daim sont les matériaux qui ont servi à construire son etem- JA palais portatif, et pour me servir de ses expressions, escrip- PU il s'embarque à cheval avec sa femme et ses sept enine de : fants et débarque où bon lui semble. Ici personne ne 1e Hié- À j conteste son droit, et Polk et Peel, qui se disputent ander, PA maintenant la possession de ses domaines, sont aussi térale- #4 inconnus à notre carabinier que les deux plus gransource Ë des puissances de la lune. Son sceptre est un piége à JS YEUX | castor ; sa loi, une carabine. L'un est sur son dos. conque 4 l'autre sous son bras. 11 passe en revue ses nombreux as de + sujets fourrés, les castors, les loutres. les rats mus-

cette É qués, les martres, les ours, les loups, les moutons et

de la les chèvres blanches des montagnes, le chevreuil à e im- ! queue noire , ainsi que son parent à queue rouge ; le emble { cerf, le renne et le daim. Quelques-uns de ses sujets i dans | respectent son sceptre, d’autres se soumettent à sa loi. | Ilexige et reçoit d’eux le tribut de la chair et de la

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at. et !* Environné par tant de grandeur, paisible propriéies du } taire de tous ces palais dont le ciel est le dôme, de e, Les | ces forteresses, dernier refuge que la nature à bâties isé la pour y conserver vivante la liberté sur la terre; géo- seigneur solitaire de ces majestueuses montagnes qui e de élèvent jusqu'aux cieux leurs cimes neigeuses. Moriestre. geau (c’est le nom de notre Canadien), n'oublie pas

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ses devoirs de chrétien. Chaque matin et chaque soir on le voit réciter dévotement ses prières au milieu de sa petite famille.

Depuis bien des années Morigeau désirait ardemnent voir un prêtre, et lorsqu'il apprit que je visitais la source du Colombia il s’y rendit en toute hâte, pour procurer à sa femme et à ses enfants la grâce signalée du baptême. Gette faveur leur fut accordée le jour de la Nativité de la sainte Vierge, ainsi qu'aux enfants des trois familles indiennes qui l’accompagnent dans ses voyages. Ce fut un jour solennel pour le désert! Le saint sacrifice de la messe y fut offert, et Morigeau s’approcha dévotement de la sainte table, Au pied d'un humble autel il recut la bénédiction nuptiale, et la mère, entourée de ses enfants et de six petits Indiens, fut régénérée dans les eaux du baptème., En mémoire de tant de bienfaits une grande croix fut érigée dans la plaine, qui depuis ce moent s'appelle la Plaine de la Nativité,

Je ne puis laisser mon bon Canadien sans faire mention de sa royale cuisine à la sauvage. Pour prenier plat il me présenta deux pattes d'ours. En Afrique se ragoût aurait pu causer quelque inquiétude, car la patte d'ours a une ressemblance frappante avec lespicds &'une certaine race, Ua rôtide porc-épics lit ensuite son entrée, accompagné d’une hure de daim, Je trouvai celle-ci délicieuse. Enfin le grand chaudron, contenant une sorte de pot-pourri ou de salmigondis, fut placé au milieu des convives, et chacun y puisa selon son goût. Quelques restes de bœuf.

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de buflle, de venaison, de queues de castor, de lièvre et de perdrix, etc., servirent à faire une soupe excellente et substantielle.

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wdem- DS Je suis, Monseigneur, votre très humble et obéis- | visitais : sant serviteur en Jésus-Christ. | hâte, JA P. J. de SMET, S. J.

râce si- PM | Al rdée le be 1 qu'aux Ê IX. | } | 0OmMmpa- PA | À l pour 4 A. NE. D. G. | | ar 4 Pied de la Croix-de-Paix, 15 septembre 1845. | 1 are | À Ici les peupliers et les bouleaux se | } ts et de jouent en balancant leurs têtes ; les cèdres immobites projettent une lu b ap- . * ombre vagabonde. Sur leurs hautes grande É branches bercées par l'ouragan, les ‘e Mmo- À oiseaux aux longues ailes établissent ! leurs demeures, Le geai, la cors faire 1 neille criarde et la pie prennent ir pre- | leurs ébats au dessus de HeGts sy mets et cffleurent les mers qui bain Afri- ; gnent leurs pieds. Iei de limpides étude. E rivières prennent naissance, et chapante LA que source forme un ruisseau -Épics F4 bruyant qui descend la colline en re de serpentant, grand pa MONSEIGNEUR, ou de 4 t cha- | Nous dimes adieu le 9 à la famille Morigeau ainsi bœuf. | qu'ases compagnons de chasse, les Sioushwaps. Nous

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quittâmes la vallée supérieure de la Colombia en prenant un petit sentier qui nous conduisit en peu de temps à un étroit défilé d’où les rochers, d'une grandeur colossale, bannissent la lumière du jour. Le grand. le beau, le sublime se combinent ici sous les formes les plus singulières et les plus fantastiques. Bien que la couleur grise prédomine, cependant l’on trouve d'immenses rochers de porphyre ou de granit veiné de blanc. Gà et là dans le creux des rochers ou dans tout endroit où il y a une poignée de poussière, le pin massif et immense prend naissance, et vient marier s: sombre verdure avec les teintes variées des montagnes. Ces sentiers sinueux et bordés d’un rempart colossal offrent souvent les vues les plus ravissantes et les plus pittoresques; les scènes les plus variées el

les plus magnifiques étonnent et ravissent vos regards.

La panne et le cèdre s'élèvent majestueusement dans ces forêts vénérables ; le peuplier gracieux secoue dans les airs son panache d’émeraude et lutteavec l'orage. tandis que du haut des rochers escarpés et dentelés le pin à peine flexible remplit l'ombre d'une crainte religieuse. Le bouleau sort d’une terre ‘apissée de mousse, et brille comme une magnifique colonne d'argent portant le diadème doré des fruits d'automne, au milieu du genévrier aux baies parfumées et purpurines et de la térébenthine azurée, qui peuplent ces vallées humides et ces forêts.

Après avoir voyagé tout un jour à travers ces beautés primordiales, nous atteignimes les bords de la rivière des Arcs-à-Plat, formée de l’union d’innom-

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brables torrents qui, après avoir décrit mille circuits, se précipitent du sommet de la montagne. De loin on entend le bruit sourd et continuelde ses eaux qui fuient dans un lit plein de rochers avec une rapidité extraordinaire. Nous traversâmes la rivière pour prendre un autre défilé encore plus merveilleux, où les eaux du Vermillion se sont ouvert un passage : ici tout frappe le regard; tout dans ce désert profond. mais bruyant, est d’une âpre sublimité. Les montagnes s'élèvent comme de saintes tours où l’homme peut communiquer avec le ciel; de terribles précipices sont suspendus au dessus de votre tête; le bruit étourdissant et rauque des eaux ressemble dans leur course vagabonde à celui d’'nne violente tempête qui passe sauvage et sans frein comme l'esprit de la liberté. Tantôt les ondes sonores caressent les rives garnies de rochers et se jettent follement dans un abîme; tantôt elles reviennent en écumant jouer avec les joncs de leur lit, puis tombent de pente en pente, de cascade en cascade : elles forment dans leur course une longue suite de rapides; tantôt elles se cachent sous le feuillage touffu du cèdre et du pin, et reparaissent pour se jeter limpides et cristallines dans un vaste bassin, comme si elles voulaient respirer avant de quitter le ravin, et enfin elles précipitent leur course vagabonde avec une nouvelle vigueur.

De cette forêt impénétrable sort un bruit harmo nieux, C’est le cri du noble cerf qui appelle ses compagnons. Le daim, le plus vigilant de tous les animaux, donne le signal de l’alarme. 11 a entendu le craque-

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