‹ Missions de l'Orégon et voyages dans les Montagnes Rocheuses en 1845 et 1846 [microforme]Chapitre 45 sur 108 · ER · texte numérisé non relu

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tité de thé que les Messieurs de la compagnie anglaise avaient charitablement laissés-là. Pendant que quelques-uns réparaient la barque, d’autres préparaient le diner, Au bout d’une heure nous nous trouvâmes tous réunis autour des chaudrons et des rôtis, riant et plaisantant sur les chutes de la montagne et les accidents du Portage. Je n’ai pas besoin de vous dire qu’on me dépeignit comme le voyageur le plus maladroit et le plus gauche de la bande.

Trois belles rivières se réunissaient en ce lieu; le Colombia venant du sud-est, la rivière Portage du nord-est et la rivière Canoe du nord-ouest. Nous étions entourés de magnifiques montagnes couvertes de neiges perpétuelles, et s’élevant de douze à seize mille pieds au dessus du niveau de l'Océan. Le Hooker et le Brown sont les plus hautes; ce dernier a seize mille pieds.

Je suis, très révérend et cher père Provincial, votre humble Frère en Jésus-Christ.

P. J. DE SMET,. $. J.

XVIT.

Station Saint-Paul, près de Colville, 29 mai 1846.

Très Révérend et cher Père Provincial,

Le Colombia, au Boat-Encampement, est à trois mille six cents pieds au dessus du niveau de la mer. Lorsque le repas fut fini, nous lançâmes la Parque tt

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jescendimes rapidement la rivière, qui s'élevait de blusieurs pieds au dessus de son niveau habituel, Un hdmirateur de la nature prolongerait volontiers son séjour dans une contrée comme celle-ci, si des affai-

Des sérieuses ne l’appelaient ailleurs.

| Les îles volcaniques et basaltiques, les monlignes pittoresques dont les pieds viennent se baimer dans la rivière, pendant que leurs sommets hemblent s'efforcer, sous les gigantesques efforts de : ‘avalanche, de rejeter leur lincer” : hiver pour donner blace à la nouvelle et belle verdure du mois de mai rt1ses fleurs riantes et variées ; les mille fontaines qu'on peut voir d’un seul coup d'œil, jaillissant avec Inn agréable murmure des flancs des rochers perpen- Giculaires qui bordent la rivière, tout concourt à l’em- Bbellissement de cette scène de la nature, qui, dans tete région du Colombia, semble avoir déployé toute bon énergie pour montrer sa grandeur et sa magnijrence.

à Après quelques heures de descente, nous arrivâmes du rapide de Martin où un Canadien de ce nom et son ls trouvèrent leur tombeau. Son bruit est assourdis- ; nt, et l'agitation de l’eau ressemble à une mer en breur. Tout le lit de la rivière est ici jonché d’imjenses fragments de rochers. Dirigé par un habile blote iroquois que secondaient dix rameurs, le ba- : au voguait sur son impétueuse surface avec la rapité de l'éclair, en dansant et suivant le mouvement ks vagues.

} Au lever du soleil, nous étions à la Dalle de la

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mort. (Dalle est un vieux mot français qui signifie auge ; les voyageurs canadiens donnent ce nom à toutes les eaux courantes resserrées catre des murs de rochers.) Ici, en 1838, douze voyageurs infortuné furent ensevelis dans la rivière. Les eaux sont comprimées entre une rangée de rochers perpendiculaires présentant d'innombrables fissures et écueils à travers lesquels le Colombia court avec une irrésistible impétuosité, et forme, en se heurtant contre elles, d’effroyables gouffres où chaque objet qui passe est englouti et disparait. Nous laissâmes glisser au moyen de deux cordes notre bateau à travers la Dalle, et nous campi: mes la nuit près de son issue.

Le 11 mars. nous nous remîmes en route de bon matin ; les montagnes étaient dérobées à notre regard par un fort brouillard que nous avions vu s'élever en épaisses colonnes et qui vint s'ajouter aux nuages et voiler toute la face du ciel. Quelquefois, comme pou rompre la monotonie peu ordinaire de ces contrées, un daim se faisait voir sur le bord de la rivière, ou recueil: lait au milieu d'un massifet les oreilles tendues l'étrange son des rames ou la chanson du Canadien qui venail le troubler dans sa paisible retraite, Aussitôt il bondi d'épouvante à la vue de l’homme que les sauvages €! timides habitants des forêts paraissent redouter. Lt soir nous campâmes à l'entrée du lac Supérieur.

Cette belle nappe d'eaux cristallines venait rafruichir l'œil, pendant que le soleil levant dorait la cime des mille collines d’alentour, Elle a à peu près trente milles de long sur quatre ou cinq de large; ses bords

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deur, comme de vénérables monarques du désert, les forêts de pins et de cèdres qui entourent le lac. Les deux pics les plus élevés portent le nom de Saint-

| Pierre et de Saint-Paul.

Nous trouvâmes vingtfamilles indiennes appartenant

2 « la station de Saint-Pierre, campées sur les bords } dulac. J'acceptai avec joie l'invitation qu'elles me : firent d'aller les visiter. C'était la rencontre d'un père

et de ses enfants après dix mois d'absence et de dan-

| gers. Je puis dire que la joie fut égale et sincère des | deux côtés. La plus grande partie de la tribu fut

convertie l’année dernière à Kettle-Falls. Cés familles

B étaient absentes à cette époque. Je passai donc plu- | sieurs jours avec elles pour les instruire des pratiques

vtdes devoirsreligieux. Elles reçurent le baptême avec

| toutes les marques d’une piété sincère et les témoi- } gnages de la reconnaissance. Grégoire, leur chef, qui

n'avait cessé d'exhorter ses gens par ses paroles et par son exemple, avait eu le bonheur de recevoir le bap- ‘ême en 1838 des mains du révérend M. Blanchet, aujourd'hui archevêque. Le digne et respectable chef était au comble de la joie de voir tous ses enfants réunis sous l'étendard de Jésus-Christ.

La tribu de ces indiens du lac fait partie de la nation Kettle-FalL Ils sont très pauvres et vivent principalenent de poisson et de racines sauvages. Aussitôt que "ous aurons plus de moyens à notre disposition, nous

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