‹ Missions de l'Orégon et voyages dans les Montagnes Rocheuses en 1845 et 1846 [microforme]Chapitre 54 sur 108 · LEE · texte numérisé non relu

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celle de vos enfants. Permettez-moi maintenant de causer quelques instants avec vous des Indiens et de moi-même, car j'ai été privé de ce bonheur depuis le printemps de 1843. où j’eus l'honneur de nr''entreteni avec vous à B... Le 6 novembre de l’année suivante, le R. P. A. Hæcken vint à ma rencontre, accompagni de plusieurs Indiens de la tribu des Pendants-d'0reille de la baïe, parmi lesquels j'avais résolu deux années auparavant d'ouvrir une:mission. Ils me témoignèrent la plus vive joie, et m’accablèrent d'amitié en me voyant revenir parmi eux. Ils me conduisiren ‘en triomphe à leur eamp, et me recurent au milieu des décharges de mousqueterie et au son dés trompettes, H me serait impossible de vous exprimer les sentiments que j’'éprouvai en voyant ainsi réunie la presmfère troupe de mes chers néophytes et de mes enfants en Dieu, et de vous faire comprendre la joie profonde et vive que mon cœur ressentit en cette circonstance. Gombien de choses n’avions-nous pas à nous communiquer les uns aux autres ? Je leur donna quelques courts et: intéressants détails sur les vastes contrées que j'avais parcourues depuis que je les avais quittés, c'est à dire depuis quinze mois, dans le but de travailler au bonheur et au salut des Indiens. J'a traversé le grand désert américain, et visité un grant nombre de nations guerrières et nomades qui s’étendent depuis l'océan Pacifique jusqu’à la frontière de l'état du Missouri; j'ai voyagé, dans les États-Unis, de la Nouvelle-Orléans à Boston ;: j'ai franchi l'Atlantique. vu une grande partie de l’Irlande et de l'Angleterre.

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toute la Belgique, la Hollande et la France. J'ai passé par Marseille, par Gênes, la ville des palais, Libourne et Givita-Vecchia, pour me rendre dans la capitale du monde chrétien. De Rome, j'ai été à Anvers; j'ai doublé le cap Horn; j'ai touché au Chili et au Pérou, et passé deux fois sous l’équateur ; enfin j'ai débarqué au fort Vancouver, sur le Colombia, et j'ai eu le bonheur. le 6 novembre, d’embrasser mes chers néophytes, qui ont prié pour moi avec ferveur pendant tous ces longs voyages par mer et par terre, accomplis sous des climats si différents.et dans toutes les saisons de l'année, sans que ma santé en souffrit et sans qu'il m'arrivât le moindre accident. Gloire à Dieu pour sa protection si spéciale, et mille actions de grâces aux bons Indiens, qui depuis mon départ jusqu’à mon retour n’ont cessé d'appeler matin et soir les bénédictions et le secours du ciel sur son indigne serviteur.

Les détails que le jeune missionnaire me donna sur leurs dispositions présentes sont trop intéressants pour que je les passe sous silence, Je vous les donne comme une preuve des grâces que Dieu a répandues dans les cœurs bien disposés de ce peuple. Ils se sont soumis strictement à tout ce que je leur ai recommandé dans les visites que je leur fis en 1841-42,

« La première chose qui me frappa en arrivant parmi eux. dit le P. Adrien Hœcken dans une lettre familière, fut l'affection vraiment fraternelle et l’union parfoite qui animait toute la tribu et semblait n'en faire qu'une famille, Ils ont voué amour, respect et obéissance à leurs chefs, et, ce qui est plus admi-

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rable encore, si l’on en croit le témoignage de leurs chefs eux-mêmes, ils ne demandent et ne désirent tous que la même chose. Ces chefs sont réellement les pères de leurs peuples, comme un bon supérieur est le père d’une communauté religieuse. Les chefs des Kalispels parlent avec calme, mais jamais en vain; au moment où un vœu est exprimé, un de leurs serviteurs s’empresse de l’accomplir. Quelqu’un est-il impliqué dans quelque difficulté ; est-il pauvre ou malade, ou désire-t-il entreprendre un voyage long ou court, il consulte son chef et conforme sa conduite à l’avis qu’il en reçoit. Lorsque les Indiens veulent se marier, ils consultént aussi leurs chefs, qui sanctionnent, diffèrent ou désapprouvent les unions, suivant qu'ils les jugent utiles ou contraires au bonheur des parties. Le chef, en qualité de père, s’efforce de pourvoir aux besoins de sa nation. C’est lui par conséquent qui règle la chasse, la pêche et la récolte des raisins et des fruits. Tout le gibier et le poisson sont apportés dans sa loge et divisés en autant de portions qu'il y à de familles. La distribution s’en fait avec une scrupuleuse impartialité. Les vieillards, les infirmes et les veuves reçoivent une part égale à celle des chasseurs. Ceci ne ressemble-t-il pas un peu à l’âge d’or ? à ces temps heureux où tout était mis en commun, et où il n'y avait qu'un cœur et qu’une âme, ainsi que nous l’apprennent les apôtres! Les plaintes, les murmures et les médisances sont inconnues ici. Le blasphème n’est jamais sorti d’une bouche indienne; il n’y à même pas de mot dans leur langue pour l’exprimer.

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pliquèrent leur manière de vivre avec une simplicité

patriarcale. « Nous sommes ignorants, dirent-ils,

mais maintenant que nous avons le bonheur d’avoir

une robe noire parmi nous, nous écouterons sa voix

et lui obéirons. Nous nous soumettrons avec joie à

toutes les réformes qu’il jugera nécessaires et qu’il

exigera, »

La robe noire confirma et approuva les bons usages et les coutumes qu’il trouva établis dans ce petit coin du monde où, malgré leur pauvreté, les Indiens semblaient tous heureux et contents. On est vraiment ému de les entendre parler des ténèbres dans lesquelles ils étaient plongés, et de les voir tressaillir de joie à l'apparition de la lumière de l'Évangile et des vertus chrétiennes, qu'ils chérissent et qui semblent enflammer leurs cœurs. Toute leur ambition consiste à écouter avec docilité la parole de Dieu, et à être tout à fait capables de comprendre et de réciter leurs prières. La piété est ce qu’un jeune homme recherche dans celle qui doit être sa femme, et ce qu’une jeune femme désire trouver dans celui qui doit devenir son mari. Dans leurs moments de loisir, ils entourent et, si je puis m'exprimer ainsi, ils assiégent leur missionnaire. Ils ajouteraient volontiers la nuit au jour, si le prêtre pouvait avoir des forces suffisantes pour leur parler sans cesse des choses célestes. L'orgueil et le respect humain leur sont absolument inconnus. Combien de fois n’avons-nous pas vu des vieillards à cheveux gris. et même des chefs s'asseoir à côté de jeunes enfants 9 *

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de dix ou douze ans, qui leur enseignaient leurs prières et leur expliquaient avec .une gravité doctorale les figures de l'échelle catholique, et écouter leurs expli. cations, qui duraicnt une ou deux heures, avec toute l’attention d'élèves soumis. Dans les temps de disette, quand le gibier ou le poisson manquent, ou qu’ils sont accablés par d’autres revers, vous ne voyez paraître aucun signe d'inmpatience. Ils sont paisibles et résignés, et acceptent ces épreuves comme des punition de leurs péchés; tandis qu’ils attribuent leurs succès à la bonté de Dicu, qu’ils glorifient de tout leur cœur. Le lieu de résidence habituelle des Kalispels, où se

trouve maintenant la Réduction de Saint-Ignace, es

une prairie étendue, appelée la baie des Kalispek, située à trente ou quarante milles au dessus de l’enbouchure de la rivière Clark ou Flat-Head. Dans le voisinage de la mission existe une belle grotte que j'a nommée la grotte de Manresa, en l'honneur de notre saint fondateur. Elle est très grande ét pourrait à peu de frais être transformée en église, Puissent les Indiens s’assembler en foule dans cette nouvelle Manresa, et, à l'exemple de leur patron S. Ignace, être pénétrés du sentiment des choses célestes et enflammés de l’amour de Dieu.

Je me souviendrai toujours avec plaisir de l’hiver de 1844-45 que j’eus le bonheur de passer au milieu

‘de ces bons Indiens. Le lieu destiné au quartier d'hiver

avait été bien choisi ; il était pittoresque, agréable et convenable. Le camp était placé près d’une belle chute d’eau occasionnée par un immense rocher qui barrait

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le passage du Clerk. Cette rivière, obligée de s'ouvrir d'étroites issues, se précipite du haut de cette montagne. Une épaisse et interminable forêt nous protégeait contre Les vents du nord, et un nombre incalculable d'arbres morts gisant de tous côtés fournissaient abondamment à l'entretien de nos feux pendant cette saison inclémente. Nous étions entourés de hautes montagnes dont les sommets neigeux, illuminés par le soleil, reflétaient leur éclat sur tout le pays environnant. Lorsque le lieu d’hivernage fut choisi, le premier sointes Ludiens fut de construire la maison de prière, Pendant que les hommes abattaient de jeunes arbres, les femmes apportaicnt des écorces ou des nattes pour couvrir l'édifice. En deux jours cette humble demeure du Seigneur fut terminée, Elle était réellement humble et pauvre ; mais C'était la véritable maison de la prière, où des âines simples, pures et innocentes offraient au Grand-Esprit leurs vœux et le tribut de leurs affections. C’est ici que les missionnaires continuèrent avec soin et diligence leurs instructions préparatoires au baptême. Combien il était consolant de nous voir entourés par cette assemblée fervente qui avait renoncé à la chasse du buflle, si attrayante pour un Indien, et qui était venue des différentes parties du pays pour se placer sous notre direction, avec l’espérance bien fondée d'être promptement régénérée dans les eaux salutaires du baptême. Ils avaient déjà appris leurs prières et toutes les choses qu’il faut pratiquer. ls s’appliquèrent avec ardeur à connaître la nature et les obligations du sacrement de régénération, et à

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La grande fête de Noel, jour auquel la petite troupe D éclat devait être mise au nombre des vrais enfants de Dieu, D toute ne s’effacera jamais de la mémoire de nos bons In- BB des diens. Le manière dont nous célébrâmes la messe de D pend minuit pourra vous donner une idée de notre fête. Le tique signal du lever se donna quelques minutes avant mi- D paix nuit, au moyen d’un pistolet qui annonça aux Indiens D géliq que la maison de prière allait bientôt être ouverte, … de bc Cette explosion fut suivie d’une décharge générale de M la lett fusils en l’honneur de la naissance de l’Enfantsauveur, B (uct, et trois cents voix s’élevèrent spontanément du milieu L. messe de la forêt et entonnèrent, dans la langue des Pen- été m dants-d’Oreilles, le beau cantique : « Du Dieu tout demipuissant tout annonce la gloire. » En un moment, une D L'unio multitude d'adorateurs prirent le chemin de l’humble D régnai

temple du Seigneur, qui ressemblait vraiment à l’é- R Comp: table dans laquelle naquit le Messie. Dans cette nuit. à liens.

qui était brillante comme le jour, ils éprouvèrent je | Apr ne sais quoi qui leur fit dire à haute voix : « O Dieu. | les ch je te donne mon cœur, » J'espère que l’heureuse im- | TECOVÉ pression que ce spectacle inaccoutumé a fait sur leurs D !on85

cœurs ne s’effacera jamais. De quoi était construite D vais b notre petite église du désert? Je vous l’ai déjà dit; de rains poteaux fraîchement coupés dans les bois, et recou- M Suivar verts de nattes et d’écorces; c’étaient là tous les ma- D l'autre tériaux. Elle était ornée de guirlandes et de couronnes D !: ll de rameaux verts qui représentaient en quelque sorte chose les touchants mystères de la nuit de Noel, L'intérieur D rt

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Ë était tapissé de branches; l’autel était proprement | décoré de paillettes qui formaient des étoiles d’un éclat divers, et d’une grande quantité de rubans:

toutes choses qui attirent excessivement les regards des Indiens. À minuit, je célébrai une messe solennelle pendant laquelle les Indiens chantèrent plusieurs cantiques analogues à la circonstance. La promesse de la paix annoncée dans le premier verset de l'hymne anvélique «Le Gloria, — Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté, » était, je puis le dire, accomplie à la lettre parmi les enfants de la forêt. Un grand banquet, selon la coutume indienne, suivit la première messe, Quelques morceaux choisis de venaison avaient été mis de côté pour cette circonstance. J’y ajoutai un demi-sac de farine et un grand chaudron de café sucré. L'union, le contentement, la joie et la charité qui régnaient dans toute l'assemblée, peuvent bien faire comparer ce repas aux agapes des premiers chré-

» tiens.

Après la seconde grand’messe, tous les adultes ayant. les chefs à leur tête, se présentèrent à l’église pour recevoir le baptême, objet de leurs vœux et de leurs longs désirs. Les hommes et les femmes âgés que j'avais baptisés deux années auparavant furent les parrains de tous. Les hommes étaient placés d’un côté, suivant la coutume du Paraguay, et les femmes de l'autre, Je fus assisté pendant la cérémonie par le l. Hæcken, leur digne et zélé missionnaire. Chaque chose se fit avec ordre et convenance. Permettez-moi de répéter ici que je serais heureux de pouvoir com-

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muniquer aux âmes zélées et ferventes ces déliciem sentiments, ce débordement du cœur qu'on éprouve en de pareilles circonstances. C’est là vraiment la plx grande consolation du missionnaire; c’est ce qui li donne la force et le courage de travailler avec tant de zèle à amener les hommes à la connaissance du vrà Dieu en dépit de la pauvreté, des privations de tou genre et des dangers qu’il rencontre à chaque pas Oui, certainement la promesse du Sauveur s’accompli à son égard même en cette vie : « Vous serez récon pensé au centuple. » Les frivolités du monde qui abandonne ne peuvent pas être comparées aux béné: dictions qu’il trouve dans le désert. Le prêtre n'a dresse pas en vain aux Indiens ces belles paroles rituel romain : « Recevez cette robe blanche, etc Recevez ce manteau, etc. » Il peut être certain quek plus grand nombre de ses catéchumènes porteront « vêtement sans tache, et conserveront leur innocent baptismale jusqu’à l’heure de la mort. Quand je leu demandais ensuite s’ils n'avaient pas offensé Dieu, leur conscience ne leur reprochait aucune faute, con: bien de fois j'ai recu cette consolante et touchant réponse : « O Père! dans le baptême j'ai renoncé a péché, je n’efforce donc d'éviter le péché; la seule pensée d’offenser Dieu m’effraie! » Les cérémonies dt baptême furent terminées par une seconde instruttion et par la distribution de chapelets, que les Indiens ont coutume de dire chaque soir en public. Vers trois heures de l'après-midi, on donna pour ki première fois la bénédiction solennelle du très Saint-

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D sacrement. Immédiatement après plus de cinquante À couples. parmi lesquels se trouvaient plusieurs per- L sonnes âgées de quatre-vingts ans, vinrent pour re- 4 nouveler devant l’église leurs promesses de mariage. … Je ne pus retenir mes larmes à la vuc de cette simplià cité vraiment primitive, des témoignages d'amour et À d'affection qu'ils se donnaient les uns aux autres pour È gage de leur foi. On leur fit une dernière instruction,

et des actions de grâces furent rendues à Dieu pour toutes les bénédictions qu'il avait daigné verser sur

… eux en ce jour à jamais mémorable. La récitation des D prières et le chant des hymnes retentirent dans toutes les loges jusqu'à une heure bien avancée de la nuit.

Les PP. Mengarini et Serbinati (ce dernier est mort

È depuis) eurent la consolation de voir toute la tribu É des Flat-Heads (Têtes-Plates), qu’ils avaient évangéli- L sée, s'approcher de la sainte table en ce jour. Douze É jeunes Indiens, que le P. Mangarini avait instruits. exécutèrent avec exactitude plusieurs morceaux de musique pendant la messe de minuït. Les PP. Point | et Joset eurent aussi la consolation d'admettre à la À sainte communion, en ce jour propice, la tribu presque - entière des Cœurs-d’Alène. Le P. Point a donné les - détails de cette première communion dans une lettre

qui a été publiée, et que vous avez lue sans doute avec plaisir. La fête de Noel de 1844 fut donc un grand et glorieux jour aux Montagnes-Rocheuses.

Je terminerai cette lettre, qui est déjà bien longue, par quelques:mots sur les Pendants-d’Oreilles de la baie. Dès les premiers jours du printemps de 1845, ils

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