L'ETABLISSEMENT
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| Deux personnes de la Compagnie prirent des mor- È ceaux d’écorce, deux autres des lanières de cuir, et | Ja cinquième une petite écaille de tortue. On dit les | gcces, et l’on se rangea en cercle autour du chau- E dron; les divers instruments s’y plongeaient et replon- | geaient avec autant de régularité et d'adresse que les marteaux du forgeron frappent l’enclume. En quelques | minutes tout le contenu du chaudron disparut sans qu'il en restât le moindre vestige. Nous trouvâmes ce E repas délicieux, grâce à notre énergique appétit. Indulgent pour le goût des autres (de gustibus enim nil | disputandum), il m'est permis de dire que les festins | qui m'ont procuré les plus grandes jouissances sont ceux que je viens de décrire, et qui se préparent en plein air d’après les usages indiens. Toutes les inventions et raflineries de l’art culinaire. telles que les sauces, les marinades, les pâtés, les confitures, etc. , auxquelles on a recours pour exciter ou restaurer les débiles estomacs, sont tout à fait inconnues ici. La | perte de l'appétit, qui est chez les riches la maladie régnante et fournit d’abondantes occupations aux apothicaires et aux médecins, n’est pas connue dans ce pays. Si ces malades avaient le courage d’abandonner pour quelque temps leur vie ordinaire pour traverser les déserts de ces régions à cheval, de déjeuner au point du jour, et de diner au coucher du soleil après une course de quarante milles, j'ose prédire qu’ils n'auraient pas besoin de ces excitants raffinés pour savourer, comme je le fis, le simple plat préparé par les Indiens. Après avoir séché nos cou-
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que notre lit fût une rude couche de broussailles
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lendemain, nous nouslevâmes de bon matin, et now
arrivâmes vers le milieu du jour à la mission du Sacré
Cœur, où je fus reçu avec la plus grande cordialité
par les PP. Joset et Point, accompagné de B. B. Magr
et Lyons. Tous les Cœurs-d’Alène du voisinage vinrent
me souhaiter la bien-venue. La ferveur et la piété de
ces pauvres Indiens me remplissaient de joie et de
consolation, surtout lorsque je considérais le change-
ment remarquable qui s’est opéré en eux depuis leur
conversion au christianisme. Les détails de cette conversion ont été publiés par le P. Point, et à ce propos
je fais remarquer que j'ai inséré dans cette lettre quelques incidents qui ont rapport à nos précédentes missions en ce pays. A ces détails j’ajouterai que les
autres tribus fuyaient ces Indiens avant leur conversion, à cause, dit-on, de leur grande habileté dansh jonglerie et de leurs pratiques idolâtres. En effet, ils étaient adonnés aux superstitions les plus absurdes, adorant aveuglément les plus vils animaux et les objets les plus communs. Maintenant ils sont les premièrs à se moquer de ces ridicules pratiques et à dire en même temps, avec les sentiments de respett les plus profonds : « Dieu a eu pitié de nous. Il à ouvert nos yeux; il est infiniment bon pour nous. » Un seul exemple servira à vous donner quelque idée des objets de leur culte et de la facilité avec laquelle
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À ils adoptent leurs manitous ou divinités. Ils me ra- > contèrent que le premier homme blanc qu'ils virent : portait une chemise de calicot, toute marquée de noir
Let de blanc qui leur parut semblable à la petite vérole; cet homme portait aussi une couverture blanche.
P Les Cœurs - d’Alène s’imaginèrent que la chemise
{souillée était le grand Manitou lui-même, qui com- |mande en maître à cette terrible maladie qu'on : nomme la petite vérole, et que la couverture blanche
h était le grand Manitou de la neige; et que s’ils pou-
: raient posséder ces divinités et leur rendre les hon- : neurs divins, leur nation serait à jamais exempte de Lce fléau mortel, et leurs chasses d’hiver seraient fa- Lvorisées par la grande quantité de neige qui tom-
:berait. Ils lui offrirent donc en échange de ces deux
Lobjets plusieurs de leurs meilleurs chevaux. Le mar- | ché fut accepté avec empressement par l’homme blanc. La chemise maculée et la couverture blanche
furent dès lors pendant plusieurs années des objets de grande vénération. Dans les grandes solennités, les
: deux manitous étaient portés processionnellement | sur une éminence très élevée, habituellement consacrée à l’accomplissement de leurs rites superstitieux. | On les étendait alors respectueusement sur l'herbe, et on leur offrait la grande pipe médecine avec toute | a vénération ordinaire aux Indiens, lorsqu'ils la pré-
sentent au soleil, au feu, à la terre et à l’eau. Toute
| la troupe des jongleurs ou des médecins entonnaient | alors des cantiques en leur honneur. La cérémonie
se terminait généralement par une grande danse dans
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laquelle les acteurs faisaient les plus hideuses con. torsions et des gestes extravagants accompagnés de hurlements inhumains.
Le mot meédecine'est généralement employé parles blancs pour exprimer tout ce qui regarde la jonglerie et les pratiques superstitieuses des sauvages; probablement parceque l'Indien,sentant qu’il ignore les remèdes propres à guérir la maladie: et qu’il dépend presque entièrement du hasard pour sa subsistance, demande simplement aux manitous quelque adoucis. sement à sa détresse. Ce quelque chose, que les Indiens appellent pouvoir, ne peut accorder, disent-ils, qu’une seule chose, comme la guérison d’une maladie. Les autres pouvoirs ne sont pas aussi limités ; ils s’étendent à beaucoup d’objets, Comme au succès de la chasse et de la pêche, à la déclaration de la guerre et à h vengeance des injures. Tout ceci cependant varie, suivant le degré de confiance qu’on leur accorde, le nombre de nos passions ou la profondeur de notre malice. Quelques-uns des pouvoirs sont considérés par les sauvages eux-mêmes comme des êtres méchants à l'excès. Le seul but de ces pouvoirs est de faire le mal. De plus, le succès est quelquefois refusé même à ceux qui sont réputés les plus célèbres médecins, et qui le désirent ardemment. C’est pendant le sommeil, ou une défaillance, ou un fort éclat de tonnerre, ou même dans l’excitation délirante de quelque passion, qu’il arrive; mais jamais sans un but défini, comme de fomenter des dissensions, d’exciter à des actes de violence ou pour obtenir
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) La plupart de ceux qui sont venus à ma connais- ‘ ace, et que les Indiens attribuent aux agents sur-
naturels, étaient les effets de causes purement natutelles. Malgré ces déplorables désordres de l’âme, ce m'est une grande consolation de penser que ces bratiques superstitieuses, à cause de leurs nombreues et évidentes contradictions, deviennent une des maladies spirituelles les moins difficiles à guérir. Le ls août, je quittai la mission du Sacré-Cœur de Jésus vcompagné du R. P. Point. Trois familles indiennes ésireuses de visiter Sainte-Marie, nous servirent de muides, Notre voyage de quelques jours se fit le long ile la rivière Saint-Ignace, qui serpente dans la vallée Alu nord. Le sol de cette vallée est en grande partie riche, très propre à la culture; mais sujet à de fréquentes inondations. Les Indiens le cultivent avec m grand succès et y récoltent des grains et des pommes de terre. Le P. Joset, aidé des sauvages, à léjà enclos et préparé pour la culture un champ immense capable de fournir la subsistance nécessaire à plusieurs familles indiennes. Nous espérons voir sous peu, avec la grâce de Dieu, ces pauvres Indiens pourvus de nombreuses provisions, et leurs habitudes errantes converties par là en une vie sédentaire. Pour atteindre ce but désirable de les réunir en villages, et de les former ainsi à l’exerce de l’industrie, nous
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avons besoin de plus de moyens que nous n’en po. sédons; nous manquons de bien des sortes de graine et d'outils d'agriculture.
Avant d'arriver à la chaîne de montagnes cour. nées de neige qui sépare les Cœurs-d’Alène des Flat. Heads, nous fimes route pendant deux jours à traven des forêts tout à fait impénctrables, et au miliu d'immenses lits de rochers, en suivant toujours L rivière, excepté lorsque son cours tortueux nous fai. sait faire trop de circuits. Cette rivière en effet fai tant de méandres qu’en moins de huit heures now la traversimes quarante-quatre fois. Les cèdre majestueux qui en cet endroit couvrent la gorge de leur ombre sont vraiment prodigieux; la plupar d’entre eux ont de vingt à trente pieds de circonfi. rence et ils sont hauts à proportion ; leur nombre ei si considérable que les rayons du soleil ne peuva
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sente t pénétrer leurs masses épaisses ; n peut dire sans eu soard gération qu'il y règne une nuit perpétuelle. Je dout ingre que le hibou puisse choisir un lieu plus convenable D nt, il n’en trouverait certainement pas un plus majestueu , €
oi un plus mystérieux. Le silence de mort de ce va once lon, qui n’est interrompu que par la brise qui passe ur d par la rare visite de quelque animal sauvage, par Bière constant murmure des ruisseaux courant sur leurs le cett de roches, remplit l’âme du spectateur de sentimen\plende qui ne sont pas terrestres, et qui toutefois sont pleis les der de charmes. lus riad Nous nous ouvrimes, avec beaucoup de difficulté Brizon, et de fatigue, un chemin à travers cette forêt SD La di MOINS €
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| épaisse, en nous baissant la moitié du temps sur le | cou de mes chevaux, pour éviter les branches basses | eépineuses, qui s’entrelacent en tel nombre qu’à la première vue on perd tout espoir de ‘rouver une À issue au milieu de tant d'obstacles. Enfin nous arri- | âmes, au sortir de ce dédale, au pied de la grande | chaine de montagnes, que nous mimes presque un Ë jour à gravir, en suivant un étroit et tortueux sentier {qui est ombragé par une des plus belles forêts de à l'Orégon. Vers le coucher du soleil, nous en atteigni- | mes le sommet, et nous campâmes à quelques pas E d'une de ces énormes masses de neige qui couvrent | perpétuellement cette chaîne élevée. Ici se déploya | devant nous la scène la plus magnifique. L’horizon. à dans un rayon de plusieurs centaines de milles, présente un spectacle d’une grandeur surprenante : votre regard étonné se promène aussi loin qu’il peut at-
teindre sur une longue suite de montagnes, de rochers gigantesques et de cimes escarpées, qui vous montrent leurs éblouissants sommets couronnés de neige. Le silence solennel de ce vaste désert inspire au specta-
dieur des sentiments d’une grande sublimité;s il ne
s'élève pas même une brise pour rompre le charme
ide cette vue enchanteresse. Je n’oublierai jamais la
splendeur de la scène qui s’offrit à nos yeux lorsque
Les derniers rayons du soleil couchant dorèrent les
huyriades de sommets qui bordaient le lointain ho- Lrizon.
La descente du côté oriental de la montagne est
moins escarpéc; elle présente des pentes couvertes
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