IIS
Sept
qui paraissent à tant d'hommes qui se piquent de raison, ne pas valoir la peine qu’on y réfléchisse sérieusement, ne parurent pas telles à nos sauvages. A ce bruit, toutes leurs tribus dispersées se réunissent au lieu où se trouvait l’auteur de la nouvelle; le rassemblement se fait sur le déclin du jour; il se tient un grand conseil pendant la nuit; les grandes nouvelles se confirment. Dicu est puissant, Jésus-Christ est bon. deux vérités qui devaient résulter de cette conférence. En ont-elles résulté en effet? Peut-être pas autant qu’il eût été désirable, du moins aux yeux de quelques-uns ; car les familles réunies ne s'étaient pas encore séparées que déjà le ciel (d’autres disent l’enfer, mais cui bono) avait envoyé un fléau qui frappait de mort un grand nombre de leurs gens. Au moment où le fléau semblait sévir avec le plus de fureur, lun des moribonds, nommé depuis Étienne, entend une voix qui vient d’en haut, et qui s’écrie : « Jette tes idoles, adore Jésus-Christ, et tu guériras. » Le moribond croit à la parole entendue, et il est guéri. Il se promène autour du camp, raconte ce qui vient de lui arriver, persuade à tous les malades de faire comme lui. Ils le font, et ils sont guéris! Je tiens le fait de là bouche même du pieux Étienne, qui pleurait de reconnaissance en me le racontant. Son récit m'a été confirmé par des témoins oculaires qui ont pu dire et quorum pars magna fui, et j'ai vu de mes yeux li montagne au pied de laquelle les idoles ont été jetées.
Bien que le sauvage eonserve peu le souvenir d’un événement qui ne le touche pas d’une manière
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nférence. as autant de quelnt pas ennt l'enfer, rappait de noment où reur, l'un ntend une « Jette tes » Le moriguéri. IL se ient de lui ire comme » fait de là ait de reit m'a été t pu dire »s yeux là été jetées.
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sensible, celui-ci néanmoins était marqué par des caractères si frappants qu'il laissa des traces dans la mémoire de tous ; mais ni la réflexion ni la constance ne sont le fort du sauvage. Aussi, après cinq ou six années seulement de fidélité aux impressions reçues, la plupart finirent-ils par ne plus y conformer leur conduite; mouvement rétrograde qui fut encore accéléré par les soi-disants forts en médecine. Car ceux-ci, à la voix d’un de leurs chefs qui, selon toute apparence, n’avait pas cessé d’être idolâtre, convoquèrent une assemblée dite des croyants, où il fut résolu, du moins par le fait, qu’on reprendrait les anciennes pratiques. et de ce moment les animaux, redevenus divinités, rentrèrent en possession de leurs anciens honneurs. La masse, il est vrai, n’avait plus en leur vertu la même confiance; mais soit crainte du méchant chef, soit curiosité purement naturelle, elle prenait part du moins par sa présence au culte sacrilége qu'on leur rendait. Cependant, il faut le dire à la décharge de la nation, il y eut toujours dans son sein des âmes d'élite qui ne fléchirent jamais le genou devant Baal, J’en connais même, et l’une des sœurs du méchant chef est de ce nombre, qui, depuis le jour où le vrai Dieu s'était manifesté à elle, n’avaient pas eu à se reprocher l'ombre d’une infidélité quelconque. Tel était à peu près l’état de la peuplade des Cœurs-d’Alène quand la Providence y envoya le R. P, de Smet... Sa visite, dont les circonstances sont rapportées ailleurs, les disposa si bien en faveur des robes noires, et leur docilité disposa si bien ceux-ci
en leur faveur qu’il fut décidé que le P. Point irait à leur secours... Trois mois après, c’est à dire sur la fin de la chasse d'été de 1842, ce Père quitta Sainte-Marie avec autorisation de mettre les nouveaux néophytes sous la protection du cœur de Jésus. Le jour où il mit
le pied sur les limites de leur terre, qui étaï: le premier vendredi de novembre, il fit avec les trois chefs qui étaient venus le chercher la consécration promise, et le premier vendredi de décembre, au milieu des chants et des prières, tels enfin qu'ils devaient être, la croix s’éleva sur le bord du grand lac où la peuplade était réunie pour la pêche. Dès ce moment, grâce à la puissance du Dieu sauveur, on peut dire que la pêche de S. Pierre se renouvela; car outre qu’on ne parla plus ni de ces assemblées nocturnes, ni de ces cérémonies sacriléges, ni de ces visions diaboliques si fréquentes auparavant, le jeu, qui avait fait jusque-là une grande partie de leur occupation, fut abandonné; deux semaines après, le mariage, qui depuis bien des siècles ne connaissait plus ni unité ni indissolubilité, fut rappelé à sa première institution. Enfin depuis Noel jusqu’à la Purification, le feu du Robe-Noire fut alimenté avec tout ce qui restait de l’ancienne médecine, Il était beau de voir ses principaux suppôts faire de leurs propres mains justice des misérables hochets dont l’enfer s’était servi ou pour tromper leur ignorance, ou pour accréditer leurs impostures ; aussi, dans les longues soirées de cette époque combienf urent sacrifiées de plumes d'oiseaux, de queues de loup, de pieds de biche, de sabots de chevreuil, de morceaux
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d'étoffes, d'images de bois, etc. Mais que Dieu est bon ! A peine le mauvais arbre eut-il été coupé et jeté au feu que les bénédictions de la terre s’unissaient à celles du ciel pour récompenser leur sacrifice. Voilà une chasse dont jamais Cœur-d’Alène n'avait vu d'exemple : en un seul jour trois cents chevreuils deviennent la proie des chasseurs... Quelle merveille ! dira-t-on; c'était par unc belle neige. Oui, mais qui avait fait tomber si à propos cette belle neige? qui lui avait donné ce qu’elle n’a point par elle-même, assez d’attraits pour inviter les chevreuils à une grande promenade”? qui en avait façonné la surface de manière à atteindre ce degré de consistance justement requis pour nermettre:à certains pieds de faire impunément ce ile défendait à d’autres ? qui mit ensuite dans l’esjun des chasseurs chrétiens ce penchant invincible à croire que le bon Dieu avait mêlé du sien dans cette affaire ? qui faisait dire aux sauvages encore illusionnés des environs : Il faut en convenir, la médecine du Robe-Noire est plus forte que la nôtre, etc.? Lesdeux bons tiers de la peuplade avaient été baplisés. Mais pour pouvoir vivre jusqu’à la saison nouvelle, les diverses tribus avaient été obligées de retourner chacune dans leurs terres. Dans les premiers jours du printemps de 1842, elles se réunirent de nouveau au lieu indiqué pour la construction du village. Déjà ce village, appelé du Cœur de Jésus, calqué sur le plan des anciennes Réductions, est tracé sur place. Chacun, selon sa force ou son industrie, se fait un plaisir de concourir à l'exécution de ce qui presse davan - 10°
tage; des arbress’abattent, des bassins se creusent, des chemins s'ouvrent, des champs publics s’ensemencent; une église s'élève, et, grâce à la piété des travailleurs, la semaine sainte, la fête de Pâques, le mois de Marie, l’Ascension, la Pentecôte résument sous les yeux de ces nouveaux enfants de la foi ce que les mystères de leur religion peuvent avoir ou de plus pompeux ou de plus touchant, leur persuadent, mieux encore que la parole, que cette même religion ne fait pas moins le bonheur de cette vie qu’elle ne tend à assurer la félicité de l’autre. En un mot, selon l'expression française de ce pays, les choses sont parties pour si bien aller que l’enfer plus que jamais en est jaloux; et, comme il sent que les restes de sa proie sont sur le point de lui échapper, il n’est point d'efforts qu’il ne fasse pour la mieux ressaisir. Ici viennent des épreuves; mais, post nubila Phæbus, après quelques dégâts partiels, les divers orages qui se succèdent n’ont pour dernier résultat qu'une plus grande épuration dans l'atmosphère. Sur la fin d'octobre 1844, les cent et quelques familles des Cœurs-d’Alène se réunissent après leur récolte, pour la troisième fois, dans le voisinage de leur église. A voir leurs petites loges de paille ainsi groupées autour de la maison de prière, la touchante image du pélican des déserts s’offrit d’autant plus naturellement à l'esprit que tous les sauvages présents, jeunes et vieux, se réunissaient soit pour faire, soit pour renouveler leur première communion. Une quinzaine des plus exemplaires avaient déjà eu ce bonheur, tous déjà s'étaient confessés; un
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- 997 — bon nombre, surtout les jeunes gens, avaient déjà acquis un certain degré d'instruction; mais la masse, surtout les vieillards, était loin encore d’avoir le suffisant, et le Robe-Noire n’avait devant lui pour les amener là que novembre et décembre, maximum du temps qui devait précéder la grande chasse d’hiver. Or cette chasse est comme la condition sine qua non de la vie du sauvage, Il fallait donc se hâter, conséquemment préférer à toute autre la méthode d’enseignement la plus abrégée. On sait que le sauvage, qui a l'œil du Iynx. n'oublie presque jamais ce qu’il a vu, et que lorsqu'il attache à un signe extérieur une idée quelconque, l'idée se représentera toujours à son esprit, pourvu qu'il ne perde pas de vue le signe. De là leur prodigieuse facilité à parler par geste, la fréquence des métaphores dans leurs discours, et leur penchant à peindre aux yeux par une sorte d'écriture hiéroglyphique ; ce qui autrement ne serait pas saisi. C’est sur ces données que le Robe-Noire basa son système; il fit des images représentant avec tous leurs attributs l’une, toutes les vérités que l’on doit croire; l'autre, toutes les fautes qu’il faut éviter; la troisième, lesacrement ‘estiné à en purifier l’âme ; la quatrième enfin, la grande action à laquelle ils se préparaient. Ces premières dispositions faites, l’instructeur, une longue baguette à la main, appelait l'attention de ses auditeurs sur chacun des points du tableau, dont Il tâchait de donner une explication claire. Le succès du procédé surpassa son attente; car ayant fait répéter ce qu’il avait dit par ceux qui lui paraissaient les plus
sensés , il s’assura qu’ils n’avaient tien perdu des points les plus essentiels, et séance tenante, il en fit ses répétiteurs. La première répétition avait lieu immtdiatement après l'explication; la seconde se faisait dans les loges; la troisième entrait comme elle pouvait dans la harangue des chefs; la quatrième ouvrait la séance suivante, Il y avait unité dans le plan, insistance sur les mêmes points, il devait y avoir progrès. et il fut sensible dès les premiers jours; ce qui contribua à encourager ceux qui avaient le plus besoin d'encouragement, je veux dire ceux qui, avec un cœur tendre ct une conscience délicate, avaient la tête dure, Pour ceux qui avaient des défauts et des qualités contraires, ils ne furent pas non plus oubliés, car la partie morale, qui pour les chefs ct les vieillards était la plus facile à saisir, était naturellement celle qui se traitait le plus souvent, soit en public, soit en particulier ; et comme les exhortafions joignaient à l'autorité de la parole la force du bon exemple, il en résulta un entrainement si universel que, bon gré malgré, ceux-là qui avaientle plus en partage la puissance d'inertie, comme les vieux cœurs et les vicilles intelligences, étaient bien obligés de marcher comme tes autres, Marche forcée! dira-t-on; entrainement naturel! feu de paille! On dira ce que l’on voudra; mais ce que toute la peuplade sait, c'est que grâce à celui qui avait donné à l’eau la vertu de purifier l'âme de ses enfants, cette marche, cet entrainement, ce feu, de quelque épithète qu’on les décore, ont produit des effets qui assurément ne sont ni forcés, ni pure-
mer jusq com che puis bapt bon (ous pren doni qu'o dinai de D bliqu lene dirai ques.
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ment naturels, ni éphémères. De cela que de preuves !
Il est de fait, par exemple, que depuis septembre jusqu’au moment où j'écris ces lignes, il ne s’est pas commis dans le village du Cœur-de-Jésus, au su des chefsou des Robes-Noires, une seule faute que l’on puisse appeler grave, du moins par ceux qui étaient baptisés; que tous ceux qui n’avaient pas encore eu ce bonheur ont fait des instances pour y être admis; que tous ceux qui s'étaient réunis pour se préparer à ie. première communion l'ont faite ; que la plupart ont donné des preuves de dispositions beaucoup plus qu'ordinaires; par exemple : « Quoi de plus extraordinaire, même parmi ce que nous appelons en Europe de bons chrétiens, que l'usage de la confession publique. » Or combien, chez les pauvres Cœurs-d’Alène qui sont venus se confesser publiquement, je ne dirai pas de crimes énormes! non... de fautes publiques. pas mème; mais de ces légers manquements qui échappent sept fois le jour à la fragilité humaine, et cela en des termes qui décelaient une douleur vraiment surnaturelle, J'ai vu des maris venir après leurs épouses, des mères après leurs enfants, non pour appuyer les accusations que leurs devanciers avaient faites, mais pour s’accuser eux-mèmes d'y avoir donné lieu par leur peu de patience et de charité. Que d’autresvertus pratiquées, et je ne dirai pas de vertus humaines, mais de vertus chrétiennes, comme l'humilité, la foi, la charité et toutes celles quis’y rattachent! Assurément il en fallait quelque chose de ces vertus à ces bons vieillards pour se faire écoliers de leurs
petits-enfants, et à ces petits-enfants pour se faire les graves et patients précepteurs de leurs vieux pères, età ces mères de familles qui, non contentes d’avoir donné à la réfection corporelle de leurs enfants le morceau qu'elles se refusent à elles-mêmes, passaient de longues soirées à rompre le pain de la divine parole qu’elles avaient recueilli dans la journée, non seulement avec leurs parentes, leurs amies, mais encore avec des étrangères avides de les entendre, et à ces jeunes gens plus intelligents que les autres dont la curiosité naturelle piquée par l'idée des choses nouvelles qu'ils auraient pu apprendre, se mettait en quelque sorte aux fers pour répéter cent fois ce qu'ik avaient saisi de la première, et à ces forts chasseurs dont la vie est le mouvement, et pour qui la chasse est chose en même temps si utile et si agréable, pour passer des nuits entières à faire entendre à des sourds ce que le Robe-Noire désespérait presque de leur faire entendre, et à ces pauvres sourds ou à ces pauvres aveugles, pour venir tous les jours les premiers prendre place auprès du père prêcheur que les uns n’entendaient pas, ou auprès de ses tableaux que les autres ne voyaient pas, enfin et surtout à ces chefs vraiment pères et pasteurs de leur peuplade, pour se lever avant le point du jour, quelquefois au milieu de la nuit, par des temps froids ou pluvieux, et se livrer à toute l’ardeur du vrai zèle pour réveiller de leur assoupissement les âmes qui avaient besoin d’être excitées.
Ce zèle avait sa source dans la foi. Comme elle est simple, comme elle est pure, comme elle est confiante,
se faire les eux pères, tes d’avoir enfants le , passaient divine paurnée, non s, mais enendre, et à autres dont des choses mettait en pis ce qu'ils s chasseurs a chasse est able, pour des sourds e leur faire es pauvres niers pren- S uns n’ene les autres fs vraiment lever avant La nuit, par toute l’ar- AssOUpissecitées.
me elle est confiante,
comme elle est universelle la foi du sauvage! Foi dans la vertu des sacrements; foi dans la vertu de la prière; foi dans la vertu du signe de la croix, du chapelet, des images, des médailles, de la parole de Dieu, de celle de ses ministres, etc. Comme la pureté de cette foi est grande ; jamais le plus léger doute ne vient la ternir. Quel intérêt d’ailleurs auraient-ils à douter ? On leur a dit que la bonté divine voulait leur bonheur; que la puissance divine peut tout ce qu’elle veut; que la sagesse divine voit tout, arrange tout pour le bien de ses enfants ; qu’ils sont les enfants chéris de Dieu, et ils le croient ;' que le sacrement de baptême remet tous les péchés ; que celui de la pénitence remet ceux que l’on a commis après le baptême ; que celui de l’extrêmeonction, tout en fortifiant l'âme contre les terreurs de la mort, sert aussi à rendre la santé au corps, et ils le croient. Ils croient tout cela, comme ils le disent. bien fort : Ngoneneguenemen r'airhatte. Aussi le diraisje, s’il m'était permis de le dire, leur foi ;ait des miracles.
J'ai administré l’extrême-onction à sept ou huit d'entre eux. On disait de l’un, il se meurt, de l’autre elle est morte, et pour cette dernière, qui me servait d'interprète pour les confessions, sa loge était si bien persuadée que c'en était fait d’elle, que son pauvre mari, quand j'y pénétrai, était à faire son oraison funèbre. Or, de toutes ces personnes ou mortes ou mourautes, pas une qui n’ait recouvré une santé florissante. Autre exemple qui montre combien leur prière est forte sur le cœur de Dieu. Un matin que je sortais
RE
de l’église on me dit : Une telle, qui n’était encore que catéchumène, n’est pas bien. Je réponds : J'irai la voir. Une heure s’était à peine écoulée, la même personne, qui était sa sœur, vient me dire : Elle est morte. Inconsolable de cette perte, qui était double, je cours à sa loge dans l’espérance que peut-être on
se sera trompé. Je trouve autour de son corps immobile une foule de parentes ou d’amies qui me répètent : Elle est morte; il y a longtemps qu’elle ne respire plus. Pour m’assurer du fait, je me penche vers le corps, et nul signe de vie. Je gronde ces bonnes gens de ne m'avoir pas dit plus tôt tout ce qui en était, el j'ajoute : Dieu veuille me le pardonner, avec une sorte d’impatience. Mais priez donc... Et toutes ces bonnes gens se mettent à prier fort, bien fort. Je me penche une seconde fois vers la prétendue morte, et je lui dis : Le Robe-Noire est là; veux-tu qu’il te donne le baptême? Oh! quelle joie à ce nrot de baptême! Je vois sa lèvre inférieure faire un léger mouvement, puis un moment après, l’autre y joindre le sien, et me donner ainsi la certitude que j'ai été compris. Elle était instruite, je la baptise; elle s’asseoit sur sa couche funèbre, fait le signe de la croix, et aujourd'hui elle est à la chasse, bien persuadée qu’elle a été morte.
Quelques jours après, un homme que j'avais baptisé récemment vient me dire : Père, ma petite va mourir ; tous les remèdes que tu lui a donnés n’ont rien fait ; elle ne veut plus prendre le sein de sa mère, — À-t-elle une médaille, ta petite fille? — Non. — Tiens, en voilà une; tu la lui mettras au cou et tu
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pricras comme cela. Le pauvre père de l'enfant qui se meurt fait comme il est dit. La petite reprend le sein de sa mère, s'endort d’un sommeil paisible, et le lendemain, à la question : Comment va ta petite ? Remi, c'était le nom du père de cette petite, répond: Reslt, bien.
Ils ont, ai-je dit, une grande confiance dans le signe de la croix, et, il faut le dire, cette confiance n’est pas aveugle, depuis surtout qu'ils voient de leurs yeux la puissance que la croix exerce sur leurs terres. Non seulement ils le font au commencement et à la fin de leurs prières et de leurs principales actions ; mais encore s’il est question de porter le calumet à leur bouche, ils ne l'y porteront pas qu’il n’ait été sanctifié par le signe de la croix. Se penchent-ils sur un ruisseau pour étancher leur soif, leur main semble se refuser à faire immédiatement autre chose que le signe de la croix. Leur donnez-vous permission de regarder les images de votre bréviaire, avant de satisfaire leur pieuse curiosité ils feront le signe de la eroix. Faites-vous le signe de la croix pendant la récitation de votre office, ceux qui en sont témoins le répéteront après vous, s’ils ne le font en même temps. On leur a dit que le plus petit enfant armé du signe de la croix est plus fort que tous les démons ensemble; aussi, à peineles leurs savent-ils balbutier quelques mots, que déjà on leur fait faire le signe de la croix, J’ai vu, scène bien touchante! le père et la mère inclinés devant leur petit Ignace qui se mourait (il était leur unique enfant et n’avait que trois ans), je les ai
vus recueillir toute la force dont leur cœur était capable, s’efforcer de sourire pendant que les larme roulaient dans leurs yeux, pour lui suggérer de faire le signe de la croix, et la main mourante de leur petit enfant chercher son front pour faire ce dernier acte de foi et d’obéissance. C'est pour en rappeler le souvenir si constant que l’on voit s'élever sur sa tomlr une petite croix un peu plus ornée que les autres.
Le souvenir seul de cette pieuse famille me porte à bien faire. U: jour que je me rendais à l’endroit où a été inhumé le pieux enfant, je vis quelque chose peut-être de plus religieux encore. C'était une jeune femme assise auprès de la tombe de sa fille unique: elle s’entretenait avec une äutre enfant qu’elle avai adoptée et qui venait de recevoir le baptême. Que lui disait-elle en lui montrant le ciel ? Elle lui disait: Vois, mon enfant, comme on est heureuse de mourir quand on a recu le baptême. A présent ma petite Clémence est au ciel, si tu mourais, tu irais la revoir. F il y avait dans l’accent et la physionomie de la pieuse mère quelque chose de si calme que vous eussiez dit qu’elle habitait déjà le séjour dont elle parlait.
Je n'arrête dans ces citations, mon révérend Père, car il faut me borner. C’est ainsi qu’en s’approchant du terme heureux après lequel leur foi soupirait, qu les enfants du désert donnaient aux chrétiens civilisés. sans le savoir, des lecons de tout ce que la religion peut inspirer de plus pur. . |
Je vais maintenant vousles montrer en retraite. Que vous dirai-je ? Que pendant cette semaine les instrut-
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