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Aujourd’hui, il entrait dans ce qu'il appelait son propre pays, chantant des hymnes de reconnaissance pour le bonheur anticipé qu'il éprouvait de nous pré. senter à ses frères. Et il meurt: sans qu'il lui échappe même un soupir! Oh! que les desseins de Dicu son impénétrables ! Heureusement. il laisse un fils digne d’un si excellent homme. Son attachement à la religion égale celui de son père. Ayant résidé plusieurs année parmi les Têtes-Plates, il a une parfaite connaissance de leur langue. Remplissant les fonctions d’interprète, il m'a déjà rendu de grands services. Malgré sa profonde douleur, il rendit à son père les tristes et der. niers devoirs, avec le courage et la fermeté d'un chrétien, Il est d'usage parmi les Pieds-Noirsde minifester son chagrin par des lamentations et des coups portés sur son corps ; ces cris et ces blessures n'ont d'autre but que d'attrister ceux qui en sont té. moins, bien que leurs auteurs veuillent les faire considérer comme une marque de respect envers le mori qu'on pleure. Le fils de Nicolas lui-même, chef plein de bravoure et connaissant les usages chrétiens, pass la nuit en prières avec sa femme et ses enfants, près de la couche funèbre de son père. Ses amis et son frère Pegans (païens de nom et de fait), se réunirent autour de lui, et s'agenouillant près de Nicolas, confondirent leurs prières avec les siennes, et prièrent comme des chrétiens pour leur chef décédé, Les restes du vénérable chef furent déposés dans la tombe par son propre fils, et sur son tombeau fut placé l'emblème du salut, la croix du Sauveur. dont la doctrine
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était annoncée maintewant pour la première fois à ces tribus solitaires et plongées dans la nuit de l'erreur. Au moment où les dernières prières du service funèbre: « Qu'il repose en paix, » furent dites, anne vive agitation rompit le silence de mort qui régnait parmi les nombreux Indiens qui étaient là. Un Tête-Plate arriva au grand galop, pour annoncer la bonne nouvelle que deux Pieds-Noirs avaient atteint leur camp, et les avaient informés que la tribu de Nicolas était à deux journées de marche de nous. 42 septembre. Le soir même du jour où Nicolas fut enterré, nous apercümes d'immenses troupeaux de buffles dans le voisinage du camp. Tout le monde se disposa pour la chasse ; les chasseurs jetèrent le lasso sur leurs chevaux qui se cabraient et dont ils pouvaient à peine contenir l’ardeur : tout était prèt. Maisavant de partir, ils firent halte pour un moraent. et, à l'exemple des Têtes-Plates, ils s’agenouillèrent, pour demander au Dieu tout puissant leur pain quolidien. La prière terminée, ils remontèrent à cheval. el chacun s’élança au grand galop à la poursuite
i d'une. de deux ou de trois vaches grasses, suivant la
vigueur de son coursier. Le souper fut abondant dans toutes les loges ; des morceaux de viande paradaïient devant chaque feu. Le mien fut entouré de langues etd'autres mets friands. réservés pour les robes noires. etlous ceux qui visitèrent notre loge furent invités à prendre part à notre copieux repas. Parmi mes visiteurs, il y en eutun qui se distingua pars on originalité t{son bon sens. Ses paroles étaient accompagnées de
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gestes expressifs qui rendaient sa conversation trè agréable. Il me raconta ce qu’il avait observé pendant qu'il était au camp des Têtes-Plates :
« Quand nous arrivâmes, dit-il, nous avions avec nous des provisions en abondance, tandis que les Têtes-Plates et les Nez-Percés jeûnaient ; ceux-ci nous
entourèrent et partagèrent nos vivres avec nous. Les
‘Têtes-Plates diffèrent des Nez-Percés ; ceux-là prient avant de manger, ceux-ci ne le font pas. Le jour du Seigneur, les Têtes-Plates restent paisibles dans leurs loges et prient fréquemment. Ils nous répétèrent les enseignements du Grand-Esprit, pour nous rendre meilleurs ; mais les Nez-Percés, tatoués ct fiers de leurs plumes, se promenaient çà et là sans retenue devant nos jeunes gens. plutôt pour faire du mal que du bien. Mais quand arriva le jour du combat avec les Crows et les Nez-Percés, bien que les moin braves d’entre nous et les moins exposés, ils eurent cependant à pleurer la perte d’un deleurs hommes, et un autre se meurt de ses blessures. Ceci me fit ajouter foi aux paroles que j'ai entendu dire au Tête-Plate « que le Grand-Espnit est bon pour les bons; mais qu’il peut trouver les méchants quand il jui plait, pour les punir comme ils le méritent, »
Les merveilleux succès que les Têtes-Plates ont obtenus dans les différentes guerres qu'ils ont été obligés de faire, ont confirmé leurs ennemis dans k conviction qu’ils ont depuis plusieurs années, que k médecine des robes noires est plus forte que k leur. Deux Indiens du camp Pégan arrivent à
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l'instant pour nous donner avis de leur approche. 13 septembre, Dimanche. Nous sommes obligés de lever le camp ; tous les bâtons secs ont été brûlés à l'endroit où nous passâmes la nuit, et la pluie a rendu impossible l'usage du fumier de buflle, la seule chose
| qu'on puisse substituer au bois pour le chauffage.
La pluie, qui est tombée pendant que nous voyagions, s’est changée eu grésil et en grêle. Après une longue journée de marche, nous campâmes pour y passer la nuit, dans un beau bosquet de cotonniers, sur le bord de la rivière Judith.
Le mauvais temps empêcha la réunion des deux camps ; c’est d'autant plus fâcheux que c’est demain la fête de l’Exaltation de la sainte Croix. Le chef nous demanda s’il nous serait agréable de voir les Pieds- Noirs manifester leur joie à leur façon. c'est à dire en se peignant, en chantant et en dansant. Nous répondimes : « Faites de votre mieux pour montrer à nos amis que vous êtes contents. »
Nous apprenons par un exprès qui arrive à l'instant que le Big-Lake (gros lac), le grand chef des Pegns, harangua son peuple et les exhorta à se bien conüoire et à écouter avec attention tout ce que les Pères leur diraient. ILest accompagné par le grand porte-queue,
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espèce d’orateur ou d'aide de camp du chef. Sa queue, mmposée de crins de cheval et de bufile, a environ sept ou huit pieds de long. Mais au lieu de la porter ar derrière, suivant l’usage ordinaire, il l'attache au dessus du front, où elle forme une spirale et res-
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chez les Pieds-Noirs ; et plus elle est longue, plus elle suppose de mérite.
44 septembre. Une agréable réception. Le camp des Têtes-Plates, dont nous nous étions séparés il } a quatre jours, est seulement à environ dix milles de nous. Ils ont envoyé une invitation au Big-Lake, dans le but d'entamer avec lui des rapports de commerce et d'amitié. Les opinions sont divisées parmi les sujets de Big-Lake. Le chef veut différer les négociation jusqu'après l’entrevue avec les robes noires. Le porte. queue donne la préférence au commerce. La voix du chef prévaut. Un Indien du camp arrive vers dix heures pour annoncer leur approche. Tous les chevaux sont iumédiatement sellés, et les deux robes noires, à l tête d'une nombreuse troupe de cavaliers formant w seul rang d’une considérable étendue, s’avance à travers une belle plaiae ouverte, en faisant retenti l'air de chants de triomphe et de joie. Nous füme bientôt en vue les uns des autres. Une bruyante décharge de fusils était le signal auquel on devait mettre pied à terre. Alors le Gros-Lac et le Porte-Queue. suivis de toute la tribu, s’approchèrent de nous po nous donner une énergique et affectueuse poignée 4 main.
La pipe d'amitié vint ensuite. Lorsqu'elle eut past de bouche en bouche et fait plusieurs tours, on # communiqua mutuellement les événements qui étaien arrivés depuis le départ. Je leur fis mon discou préparatoire, pour disposer leurs esprits et leu
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cœurs à écouter avec attention la parole de Dieu. Hs exprimèrent la satisfaction qu'ils auraient à entendre les robes noires, avec des démonstrations joyeuses et bruyantes.
Nous avions à peine introduit nos nouveaux amis dans le camp, que nous vimes approcher les Têtes- Plates et les Nez-Percés. Il y avait encore plus de joie et de cordialité dans leur rencontre que dans celle des sujets du Gros-Lac. Cela n’est pas étonnant quand on les connaît. Le sauvage est naturellement réservé avec les hommes qu'il ne connaît pas. La manière d'agir candide et ouverte qui distingue nes néophytes se communiqua aux Pieds-Noirs, et avant que le soleil ne fût couché, les Pieds-Noirs et les Têtes-Plates, jeunes et vieux, montrèrent un égal plaisir de nous retrouver au milieu d’eux dans une pareille circonstance.
Lorsque les prières du soir furent dites dans les deux langues des Pieds-Noirs et des Têtes-Plates, je leur adressai un petit discours sur l’heureuse réunion des deux nations, et les pacifiques dispositions qui existaient maintenant entre elles. Quelle vue agréable ! Quel consolant triomphe pour la religion de voir ces guerriers, dont les figures profondément cicatrisées disaient les nombreux et sanglants combats qu'ils ‘étaient livrés; qui auparavant ne pouvaient jamais se rencontrer, sans éprouver les sentiments de la plus mortelle inimitié et avoir soif de leur sang; de les voir, dis-je, maintenant fléchir le genou devant leur Père commun, et prier comme s'ils n’avaient qu’an
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cœur et écouter avec délices les paroles de paix du Rédempteur. Les chefs et les hommes principaux des deux nations passèrent la soirée dans ma loge. Victor, le grand chef des Têtes-Plates, gagna les bonnes grâces de tous,etcharma tout le monde par la suave et digne simplicité de ses manières. JL raconta quelques-uns de ses exploits, non pour se faire valoir, car il en fit un récit simple et modeste; mais pour leur rendre sensible la toute puissante protection que le Grand- Esprit étend sur ceux qui sont dévoués à sa sainte cause. Les Pieds-Noirs qui furent engagés dans le dernier combat avec les Crows, confirmèrent les attestations de Victor, et racontèrent quelques circonstances édifiantes dont ils avaient été témoins dans le camp des Têtes-Plates. Le signe de la croix fut hautement exalté comme un présage certain de h victoire pour ceux qui ont déjà donné leurs cœurs au vrai Dieu. C'est réellement aujourd’hui l’Exaltation de la sainte Croix.
45 septembre. Octave de la Nativité de la sainte Vierge. Les nouveaux disciples de la Croix assistent à une messe solennelle chantée dans la plaine découverte, sous un dais de rameaux verts, pour demander à Dieu de répandre ses bénédictions sur ces tribus sauvages et errantes, et de les unir nar les liens de la paix.
Les Têtes-Plates, les Nez-Percés, les Pegans, les Indiens-Sanguinaires, les Gros-Ventres et les Pieds- Noirs, qui étaient environ au nombre de deux mille, entourent l’autel du Dieu vivant, sur lequel « l’hostie
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sans tache est offerte » en leur faveur. C’est une chose inouïic de voir parmi tant de nations sauvages si différentes et jusqu'ici ennemies ies unes des autres, régner l'union et la joie; et cependant nous sommes témoins de ce spectacle. Il semble que leurs anciennes et mortelles haines soient depuis longtemps ensevelies dans l'oubli; et c'est ce qu’il y a de plus remarquable chez un Indien que l’on sait conserver ses sentiments de vengeance pendant plusieurs années. Combien de temps cela durera-t-il? Puisse le ciel fortitier leur bonne volonté et leur accorder la persévérance ! Je vous ai déjà parlé du baptême de tous les enfants Pegans, mais la cérémonie est différée à cause des réjouissances générales et des affaires d'intérêt qui occupent maintenant le camp.
16 septemtre. Le simplicité engageante et cordiale des chefs des Têtes-Plates leur gagna l'affection de tous les hommes les plus considérables de la tribu des Pieds-Noirs ; cette conduite est d'autant plus remarquable qu’elle contraste avec les dispositions turbulentes des Nez-Percés que la présence seule des Têtes- Plates maintient. A cette seconde séparation, ils vinrent nous renouveler leurs sentiments d'affection pour nous. Les chefs Têtes-Plates restèrent les derniers dans le camp, afin de voir chaque chose se passer avec ordre et amicalement. Dans la soirée, les Pieds-Noirs s’assemblèrent autour de notre feu, et ous composâmes le premier cantique en leur langue. Le sujet de cette composition est la consécration de leurs personnes au maitre suprême de toutes choses.
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