‹ Missions de Mackenzie: suite de la lettre du R. P. E. PetitotChapitre 3 sur 5 · AT · texte numérisé non relu

AT

(Coregonus lucidus), gros comme de petits saumons, qui se jouaient sous les rayons chauds du soleil. Nous contemplâmes un instant ce joli spectacle, remerciant Dieu de nous envoyer notre pain pour ce jour. Mes sauvages coupèrent aussitôt des perches qu'ils taillèrent en façon d’épieux, puis ils se mirent à percer les poissons, mais la perche ne marchant pas assez vite, ils se servirent de leurs flèches, et, en un instant, nous fûmes possesseurs de seize des plus beaux et des plus gras. Mes compagnons auraient bien continué jusqu'a extinction complète des poissons, mais je mis le holà : il ne fallait pas abuser des dons de Dieu et transgresser le précepte dominical. Les poissons furent enfilés par Les owes, jelés dans les canots et l’on reprit la navigation. Le surlendemain au matn, nous entrions dans le grand lac des Esclaves que les glaces couvraient encore en partie. Mais là il nous arriva un accident qui faillit se changer en catastrophe et qu'il faut que je vous raconte, si ce n’est pas abuser de votre patience. Nous étions à peine éloignés de quatre à cinq lieues de la montagne de l'ile, au pied de laquelle est situé le fort Raë, lorsqu'il s’éleva un vent violent qui nous obligea à côtoyer les baies en allant d’île en île. Un moment, mes trois Indiens voulurent mettre à la voile. 1ls attachent ensemble leurs trois prrogues d’écorce et hissent au milieu ma couverture en guise de voile; mais le vent ayant manqué de nous faire chavirer, on se häta de regagner la terre, ce qui ne fut pas chose facile. Je croyais mes sauvages guéris de leur envie de mettre à la voile , il n’en était rien : ils rattachèrent leurs trois canots et nous voilà encore partis malgré mes injonctions. Il faut dire que, les sachant peureux de leur naturel, et par conséquent fort peu téméraires, je ne m’opposai pas trop à ce second départ, croyant que je m’exagérais le danger. Tant que les arbres nous garantirent de la violence du vent, les trois canots liés marchèrent admirablement, filant comme la flèche; mais, lorsque nous fûmes exposés à toute sa furie, il imprima à nos faibles nacelles un tel mouvement de tangage que chaque lame les faisait plonger de l'avant comme trois canards. Inutile de dire qu'ils ne se relevaient qu'après avoir embarqué

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