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bekucouÿj d’edi. Et moins de ttols minutes, nos canols étaient transformés en baignoires ; il n°y avait pas un fil sec sur nos personnes, et tout au plus restail-il uh demi-pied du bordage à flot. Encore un coup de tangage et nous allions sombrer.
Je me dépouillai de mes vêtements; puis, ainsi prêt à me jeter à la nage, j’ordonnai à deux saüvages de vider les canots avec mon chaudron ét mon chapeau , tandis que je ramais de toutes mes fotces vers le rivage qui était encore éloigné. Les pauvres Peaux-Rougés, ahuris, hébétés, se disputaient pendant ce temps, se jetant la faute Fun à l’autre, £'dr/ edi! ! Quoi donc! quoi donc!) c’étaient les seuls mots qui sortissent de leur bouclie comme l'expression de leur mauvaise humeur à l'égard lun de l'autré. Un moment, le timonier perdit la carte et fit une faussé manœuvre ; aussitôt le vent nous coiffa et allait nous jeter sur le travers, lorsque, d’un revers de main, j'abattis mât et voile; nous redoublâmes alors d'efforts et, avec l'aide de Dieu et de la bonne Vierge, nous atteignimes heureusement une île, après avoir vu la mort à deux doigt, de nüüs, Jamais de ma vie je n’ai remercié le bon Dieu avec plus d’effusion de cœur. Puis, nous allumämes un grand feu devant lequel nous fimes sécher nos personnes et nos effets. « Cependant, se disaient mes trois sauvages. si nous n’avions pas mangé des œufs de canard ce matin, ce contre-temps ne nous serait pas arrivé.» Pauvres ignorants qui se Jettent d’euxmêmes dans le péril et attribuent ensuite 4 un fait insignifiant la cause de leur malheur!
J'arrivai au fort Raë et à ma mission de Saint-Michel, ce jour même, 13 juin, à nnze heures du soir, et y demeurai jusqu’au 23, pour donner la mission aux Flanes-de-Chien et à quelques Esclaves. Dutant ces trois mois de mission, j'ai eu le bonheur de baptiser trois cent dix-neuf personnes et de bénir cinquante-trois mariages, dont le détul suit :
Baptémes d'enfants : 190.
Métis. . ....... .... ... 5 Flancs-de-Chien. . . . . . . . . . . . 30 Trakivel-Ottiné , . . . . . . . . . . . 157
— A5 — Baptémes d'adultes : 199,
Flance-de-Chien.. . . . . . . . . . . . 4 Trakivel-Oltiné, . . . . . . . . . ... 8 Mariages : 55 Métis... . . î Flancs-de-Chien.. . . . . . + , . . . . 19 Trakivel-Qitiné. , . . . . . . . . . . . 33
De plus, j'ai entendu six cents confessions et distribué à soixante-cinq chrétiens le pain euchanistique; sur ce nombre, cinq le recevaient pour la prerhière fois. Extrême-Dnetion trois, sépultures huit.
Du fort Rae à la Mission de Saint-Joseph, où je résidais alors, je voyageai on berge. Nous suivimes le bord du lac opposé à celui par lequel j'étais arrivé au fort Raë en avril dernier, voguant à travers les petits archipels Loué-tchôtguél, Enna-natay-noué, Erézé-noué, Ethen-noué, myriades d’ilots rocailleux et à demi boisés qui servent de rétraite à des uuées de cignes, d'outardes, de mauveset autres oiseaux aquatiques. Nous descendions très-fréquemment sur ces rochers pour y ramasser lesœufsque les oiseaux y déposenten quantité, C’était une véritable manne. Ühe fois, entre autres, un de nos sauvages, s'étant rendu en natelle sur un flot éloigné, revint avec le fond de son canot entièrement toutert d'œufs. Îl y en avait de gris, de perlés, de blancs, de roses, de bais, de mouchetés, de bigarrés de vert et de brun, de façon à imiter des guipures.
Nous trouvâmes aussi plusieurs nids d’aigles à tête blanche, etcomme l’un contenait des petits, je voulus goûter de l'aigle et en mis un dans le chaudron, malgré les craintes des sauvages qui m'avertissaient charitablement que c'était un puissant /nkranñzé (une médecine forte). Je me ris de leur simplicité et goûtai de cette chair blanche, mais si amère et si fétide que je fus obligé de la laisser de côté. Mes Peaux-Rouges triomphaient. Le lendemain et les jours suivants, nous eûmes toutes sottes de contte-temps, provénant soit du vent ou du calme, soit des glaces düi suttaient du lac Aylrier (Yétaté-
tr-oué) et du lac Walmsley (Trézons-t'-oué), et un sauvage de dire : « La chose n’est pas étonnante ; le Priant a mangé mon /nkranzé. — Non, dit un de ceux qui m’avaient accompagné des bois, mais c’est qu’il a eu peur dernièrement, maintenant 1l fait du calme. » Quelle logique transcendante ! En dépit des médecines et de mon prétendu pouvoir, le vent nous fut enfin favorable, et nous pümes traverser les grandes eaux sains et saufs. J’arrivai à Saint-Joseph, sur l'île de l’Orignal, le 29 juin, après avoir tenu Je lac des Esclaves sept jours durant.
Je trouvai le R. P. GascoN, mon supérieur, fatigué par l'influenze qui, depuis l'hiver, fait de grands ravages parmi les sauvages. C’est ce qui m’obligea à donner à sa place Los exercices de la Mission aux Muntagnais et Couteaux-Jaunes réunis. Lors de son passage, M8° GRaNDIN nous apprit la perte que le Vicariat venait de faire par la mort du R. P Henui GroLLIER, décédé à Good-Hope le 4 juin dernier, et me donna en même temps mon ohédience pour aller y remplacer ce cher défunt. Je partis donc de nouveau je 16 août, avec la flottille de dix barques, qui, chaque année, fait le service de l’honorable Compagnie de la baie d'Hudson, pour ce long voyage, qui ne devait pas être de moins de sept cent soixantedix milles anglais, soit environ trois cent dix lieues françaises. Mon départ fut triste ; il m’eût été doux d'adresser mes adieux à mes chers sauvages, qui s'étaient rendus quelques jours auparavant à la Mission, malgré la maladie et la famine, pour me serrer la main une dernière fois. Je n’eus pas cette consolation ; ils étaient tous en ce moment-là à trois quarts delieue de distance, occupés à recevoir leurs avances d'automne des officiers traiteurs. Je partis du moins en la compagnie d’un charmant confrère, le R. P. EynarD, qui état envoyé à la Mission de la Divive Providence pour y remplacer M8° Gnannix.
Nous atteignimes cette Mission le 29 août et y fûmes accueillis à bras ouverts par le cher P. Exice Gnouanp, un ancien compagnon de voyage de l'excellent Fr. Aiexis REYNARD, qui, depuis sa présence au Rapide, a transformé la Mission. A la même place où, deux ans auparavant, le bon Fr. Boisramé et