‹ Missions des Jésuites en Russie et dans l'Archipel GrecChapitre 15 sur 30 · MA TRÈS-CHÈRE SOEUR · texte numérisé non relu

MA TRÈS-CHÈRE SOEUR

Enfin vous avez vaincu, et je suis forcé de vous écrire. Je vous remercie beaucoup des instances que vous avez faites pour avoir de mes nouvelles; votre amour pour moi nous les faisait désirer, et mon amour pour vous me commandait le silence. Pouvais- je oublier, ma chère sœur, les désagréments.

(1) Voyez si en votre pays ou en Allemagne vous ne pouvez m'acheter le livre suivant : Thésaurus linguarum orientalium enclore Meninski. Viennse, 3 tomi. Cet ouvrage est très-rare, il ^e vend jusqu'à cinquante ducats, mais il m'est très-nécessaire, et en cas que vous puissiez me l'acheter, je vous ferai rembourser l'argent. Comme aussiles livres suivants: Rudimenta linguœPersicce clc.Lugd. Bâtai). 1739, hujus grammaticœ posterior itidemextat edilio. Pataviiin-i°, auc tore Ludovic o deDieu. — Brevis, clara, [acilis ac jucunda non solum Arabicam lingnam sed et Iwdicrmun

les emprisonnements que vous avez essuyés à cause de mes lettres? pouvais-je oublier les tracasseries suscitées à M.... et à F.... à cause de moi? Oui, si en écrivant j'avais pu appeler l'orage sur moi seul, je vous aurais écrit, eussé-je dû éprouver tous les désagréments. Mais si je vous aimais, devais-je m'exposer à voir augmenter vos peines? Daigne le Seigneur vous récompenser, vous et mes amis, de ce que vous avez souffert à mon sujet; daignez me pardonner si en quelque manière j'ai été la cause coupable de ces désagréments. J'en ai moi-même fait la pénitence : car en apprenant ce qui vous était arrivé, je tombai dangereusement malade, et je ne fus guéri qu'au bout de six mois.

Je vous remercie beaucoup pour les détails que vous avez eu la complaisance de me donner dans votre lettré; je me réjouis surtout d'apprendre que tous nos parents se comportent bien. Voilà, ma clière sœur, l'effet de votre patience et de vos bonnes

Persicam addiscendi melhodus. Dublini. — Institutionas linguce Turcicce cum rudimentis paralellis linguarum arabicœ et pcr~ sicœ. Auctore M eninski. Vindebonœ, 1 756. in-ï°. — Elcmenta linguay pcrsica, anctore Gravio^ 1649. — Lexicon hcptaglotton, anct. Caslclli. Londini, 1 669, fol. max. — Jacobi Golii lexicon arable o-lalinum. Amslelodami. — Gazophylacium linguee Persarum, auctore Angelo a sancto Josep/w. Amstelodami, 4 684, fol. — Cursus grammaticalis linguarum orientalium pars ter lia, persismus etarabismo-persismus. Viennœ, 1691, in i° ; auctore Podcsta.

œuvres ; nous nous réjouirons bien davantage lorsque dans peu nous retrouverons dans le ciel tant d'âmes que nous aurons gagnées au Seigneur par nos bonnes œuvres, nos bons exemples, nos bons avis et les bons livres que nous aurons distribués. Ne vous découragez pas, cbère sœur, nous servons un Dieu juste qui compte jusqu'à nos soupirs et nos désirs, et bénit la postérité du juste jusqu'à la centième génération. Vous ne vous expliquez pas assez sur notre nièce qui s'est faite religieuse; y aurait-il du danger pour elle? dans ce cas, on pourrait conseiller le célibat dans la maison paternelle, comme cela se faisait autrefois dans notre patrie.

Ecrivez à tous mes parents de ma part, conjurez-les par les entrailles de Notre-Seigneur Jésus- Christ de tenir ferme dans la foi, mais surtout d'être fervents en bonnes œuvres : car la tiédeur entraîne ordinairement la perte de la foi. Qu'ils se souviennent toujours de la fervente piété des Gérard, des Godron, des Henry, des Collignon, des Demoulin et autres de notre famille. Je crois bien que notre nom va s'éteindre : ainsi se sont éteintes les familles que je viens de citer ; mais les noms de plusieurs individus qui les composaient sont écrits au ciel; qu'ils fassent donc en sorte qu'il y ait beaucoup de Henrx qui habitent la céleste cité, où ils vivront de génération en génération. Saluez-les tous de ma part,

les frères, sœurs, neveux, nièces, cousins et cousines; la grande distance me prive de l'espérance de les revoir dans ce monde : faisons donc en sorte, par la profession d'une même foi et la pratique des mêmes bonnes œuvres, que nous puissions nous revoir dans la bienheureuse éternité.

Soyons tous unis dans les sacrés Cœurs de Jésus et de Marie : c'est là que nous devons nous parler. Tel est l'avis que je donne à tous mes parents et amis, surtout aux MM. Dev, . . Rappelez-moi au souvenir de ces amis, qui m'ont servi pour la conversion des âmes, ne m'oubliez pas auprès des MM. N. . . en cas qu'ils soient restés fidèles, comme je l'espère; mais surtout n'abandonnez pas le pauvre J. L., souvenez-vous combien il a contribué à la gloire de Dieu : s'il arrivait qu'il tombât dans quelque travers, souvenez- vous que Dieu ne lui a pas fait tant de grâces qu'à nous. Ecrivez-lui donc en mon nom, dites-lui que je l'aimerai toujours; que j'espère de le revoir en paradis, rappelez-lui la piété, les bonnes œuvres de feu son épouse; enfin ne l'abandonnez pas, quoi qu'il arrive; j'ai la ferme confiance qu'il se sauvera. Qu'est devenu notre X... est-elle toujours schisma tique? ne désespérez pas non plus d'elle; elle a beaucoup servi la foi, et Dieu fa récompensera Mais venons à nos amis véritables;

ils sont peu, mais ils sont bons.

Je crois devoir regarder comme tels M. A. et mademoiselle T. sa sœur. Je crois bien qu'ils multiplient sans cesse leurs bonnes œuvres, et concourent efficacement au salut d'une infinité d'âmes. Leur docilité à l'Eglise, la perspicacité de leur esprit, jointe à une excellente éducation, me sont un garant de leur fermeté dans la foi, et leur nom est connu non pas seulement en Amérique, mais même à Mozdok, où nous avons reçu la nouvelle de la mort de M. leur père. Vous ne doutez point que nous ne nous soyons acquittés avec promptitude de nos obligations envers un tel bienfaiteur de la Société; et moi qui d'ailleurs lui avais tant d'obligations, je ne manquerai pas d'y satisfaire autant que possible. Je me suis imposé le même devoir en apprenant, en différents temps la mort des deux demoiselles X

Et vous, ma très-cbère sœur, comment vous consoierai-je de la perte douloureuse de votre solitude et de la douce compagnie de vos consœurs? Kien d'autre ne pourra sans doute essuyer vos larmes, si ce n'est le souvenir que telle est la volonté adorable du Seigneur; rien d'autre ne pourra vous consoler si ce n'est l'amour du Seigneur, à qui nous devons nous soumettre avec joie dans tous les états où il nous met. Bénissez donc, bénissez le Seigneur dans votre exil, qu'il n'a permis que pour vous fournir une ample carrière de bonnes œuvres. Le

fruit de vos travaux, de vos sollicitudes/ tant d'àmes autrefois dans l'erreur rappelées à la vérité par vos soins, tant d'esprits chancelants, fortifiés; tant d'àmes tièdes, devenues ferventes par vos soins, vous rappellent, sans doute, ces solitaires qui méritaient davantage en quittant les déserts, pour venir au secours du prochain dans les persécutions, que s'ils étaient restés en contemplation dans leurs cellules. Saint Ignace disait qu'il se croirait très-heureux si, en fatiguant toute sa vie, il pouvait empêcher une àme de tomber une seule nuit dans le péché auquel elle était habituée; et combien de péchés n'avez vous point empêchés? Prenez donc courage encore un moment, et nous verrons face à face le Seigneur sans •jamais pouvoir l'offenser. Pour avoir conservé l'innocence au milieu de Babvlone, nous serons à jamais au milieu des âmes pures ; pour avoir eu peu d'amis dans ce monde, nous jouirons à jamais de l'aimable société d'une multitude infinie d'anges. Patience donc, estimez tout au poids du sanctuaire; ne recherchez, n'estimez que ce que Dieu aime et estime, et vous vous consolerez aisément d'avoir peu d'amis. Je suis maintenant assez bien portant et en

voyage Croyez-moi pour la vie, ma très-chère

sœur ,

Votre très-humble et indigne serviteur et frère,

Gilles Henry,

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