‹ Missions des Jésuites en Russie et dans l'Archipel GrecChapitre 19 sur 30 · LE PÈRE JEAN WOYSZWILLO AU PÈRE GILLES HENRY · texte numérisé non relu

LE PÈRE JEAN WOYSZWILLO AU PÈRE GILLES HENRY

(Extraits de quatre lettres datées de Dubowskaja, le 29 juin ; de Kargalinka , le 10 juillet ; de Kurdzineki , le 23 juillet, et de Kizlar, le 3 août 18 1 4. Trad. du latin.)

Dubowskaia, le 29 juin 1814.

Mo\ Révérend Père,

Le travail de chaque jour commence de grand

matin et me conduit jusqu'à la nuit assez avancée; mais, grâce à Dieu, je me porte bien et je ne suis pas trop fatigué. Je suis plus souffrant quand le travail vient à se ralentir ; comme il m'est arrivé dernièrement à Kizlar, où j'ai beaucoup souffert de peines intérieures. — Je prends ma nourriture avec les prisonniers, et ce sont repas de carême; mais après de rudes fatigues, l'eau claire et le pain sec ont tant

de goût que nous nous demandons souvent, avec mon cher compagnon Martin Ostoriski, si les rois et les empereurs font meilleure chère que nous ! Et par le fait, du pain et des légumes crus se digèrent plus Facilement, quand on a la paix de l'âme, que toutes les délicatesses avec une conscience agitée. — Après la fête de la Visitation, je partirai, s'il plaît à Dieu, pour Kargalinka, où je suis attendu et désiré par cinq cents prisonniers. Dieu veuille augmenter notre zèle et nos forces : je l'espère de la puissante intercession de la très-sainte Vierge et des saints Apôtres Pierre et Paul , comme aussi de l'assistance des bonnes âmes de Mozdok, auxquelles je me recommande.

Je m'arrête, pouvant à peine écrire; il est minuit, et toute la journée le ministère ne m'a pas laissé

un moment de repos.

Woyszwillo, S. J.

Kargalinka, le 10 juillet 1814.

Nous sommes encore valides et bien portants,

quoique travaillant sans relâche de toutes nos forces, que Dieu daigne soutenir pour le salut de tant de pauvres âmes. Et vraiment j'admire que, faible et usé comme je suis, je puis cependant suffire à tant de ministères que Dieu confie à notre faiblesse. — De- T. 10

puis une semaine que je suis ici, je trouve des âmes mieux disposées et préparées à faire de bonnes confessions. Ces pauvres gens me réveillent de grand matin et me retiennent fort avant dans la nuit ; et vraiment Dieu les bénit.

Je me réjouis des bonnes nouvelles que vous me donnez de la Compagnie. Plaise à Dieu que tous les Ordres religieux refleurissent, et bientôt envoient de nombreux ouvriers dans les vignes ravagées et les champs où la moisson se prépare.

Woyszwillo, S. .T.

Kurrizincki, le 23 juillet 1814.

Je me réjouis beaucoup des grands fruits recueillis dans son expédition apostolique par le Révérend Père Supérieur d'Astrakhan le P. Survn). Et certes pour avoir entendu tant de milliers de confessions, il lui aura fallu un continuel et rude travail. Votre Révérence, qui depuis longtemps a dans son hôpital tant de pauvres malades, peut mieux apprécier le résultat obtenu par le P. Survn. Dieu veuille augmenter le zèle et les forces de ses ouvriers et les multiplier suivant l'étendue des champs qu'il ouvrira devant nous , afin que nous aidions tant de pauvres âmes rachetées au prix de son sang ; et, s'il lui plaît, nous donnerons ausri le nôtre. Pour moi, je travaille

de bon cœur; mais parfois moins rudement quand les confessions viennent à diminuer. Je me trouve ici au milieu des ouvriers, à trente et un versts de Kizlar. Les confessions sont peu nombreuses, puisque depuis dix jours je n'en ai pas entendu plus de quatre-vingts ; mais cependant ce n'est pas un médiocre travail pour moi, puisque souvent un trèspetit nombre de pénitents me tient depuis le grand matin jusqu'à dix et onze heures du soir. Un bon nombre de ces malheureux qui ont été en Espagne, ont besoin d'être instruits après tant d'années passées sans sacrements. Ma besogne terminée, je voudrais retourner à Kizlar, où je sais que l'hôpital est rempli de malades; mais il me faut attendre l'autorisation du commandant.

W o\szwillo, S. J

Kizlar, le 3 août 18U.

Enfin, j'ai été rappelé le 31 juillet, par le commandant de Kizlar. Chemin faisant, j'ai trouvé sept malades; l'un d'eux est mort immédiatement après avoir reçu l'extrême-onction. Mon vo vase a été traversé de toutes manières, et dix fois j'ai dû m'arrêter pour faire réparer notre char. Le soir même de mon arrivée, je me suis mis à entendre les confessions et à donner l'extrème-onction aux plus malades ; l'un d'eux passa immédiatement à meilleure vie,

el la mort ne cesse pas de frapper. Par une punition divine, plusieurs de ceux qui avaient obstinément refusé les sacrements sont morts subitement pendant mon absence, et d'une façon épouvantable, comme nos bons catholiques me l'ont raconté à mon arrivée. Je ne sais pas au juste le nombre de nos malades ; mais il n'y en a pas loin de cinq cents parmi les soldats et les ouvriers.

Votre serviteur en J.-C, Woyszwillo , S. J.

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