DE LYON
Chio, le 8 février 1846.
Mes Révérends Pères ,
Fax Christi.
Votre précieuse lettre du 31 juillet 1845 m'a été remise dans son temps, non plus à Syra, mais dans l'île de Chio, ou je suis depuis cinq ans. Je prie le Seigneur de vous combler de ses célestes bénédictions, vous, mon Révérend Père, et tous nos Pères des deux provinces de France, pour m'avoir occasionné une joie vraiment spirituelle par votre lettre qui ne respire que la gloire de Dieu. Veuille le Seigneur qui, en vous abreuvant tous du calice amer de sa précieuse Passion, vous prodiguer aussi plus abondamment sa grâce et sa paix, quœ exsuperat omnem sensum, et continuer à vous donner ces gages de sa prédilection. Je salue en N.-S. J.-C. toute votre Province et celle de Paris ; je salue tous ceux qui auront le plus souffert, et surtout votre jeunesse si chère au Seigneur, quam Drus prœvenit in bencdictionibus suis ; je me joins à leurs bons anges et à leurs saints patrons pour les saluer en leur disant : Bonum est homini cùm portaverit jugum ab adolescentiâ sua. Les mondains les condamnent, mais le
temps approche où ces mêmes mondains se condamneront eux-mêmes ; et, à la vue de la gloire des disciples de Jésus, ils s'écrieront : Voilà ces hommes que nous avons tant méprisés et vilipendés. . . les voilà placés parmi les élus de Dieu : Hi suntquos habuimus aliquando in derisum, etc..
Depuis cinq ans, par ordre de notre T. R. P. Général, j'habite Chio, île appartenant à la Turquie. Je suis ici seul Jésuite, et je vis dans le palais de Mgr Justiniani, évêque catholique, en qualité de son théologien .
Pour la plupart du temps, privé, comme je le suis, de tout rapport avec l'Europe, et même assez souvent avec les îles de l'Archipel, ignorant l'état de notre Compagnie en général, ne recevant qu'une fois par an une lettre de notre T. R. Père Général; n'ayant ni feuille publique,, ni relation particulière, n'ayant reçu, depuis tant d'années, que deux fois des nouvelles de ma patrie, mon âme s'est vraiment dilatée en lisant votre lettre toute religieuse. Depuis longtemps, je suis en esprit parmi vous, mes Révérends Pères en Jésus-Christ. J'avais reçu de Rome, voilà huit ans, les catalogues de vos deux Provinces ; en outre, je reçois parfois quelques numéros de la Propagation de la Foi.
Souvent je me reporte à ce qu'était la France, voilà cinquante ans , combien de maux elle a causés; mais
aussi je la considère dans cette même époque , dans ses Pasteurs et ses fidèles persécutés, dans ses martyrs, dans ses confesseurs émigrés qui publiaient pratiquement, dans tout l'univers, qu'il vaut mieux mourir que d'offenser Dieu .
Ah ! quel hommage rendait alors à N.-S. un prêtre fidèle qui chaque jour au péril de sa vie célébrait la sainte messe , administrait les sacrements et passait au milieu de tant de calamités et de misères en faisant le bien. La mémoire de tant de vrais serviteurs de J.-C. a péri ; on ignore leurs noms, mais ils sont vivants devant Dieu leur Seigneur et juste Ju«e. Leurs combats sont écrits et parlent en faveur de la France ; et comme la France était devenue universelle par les maux qu'elle a causés, les saints sont aussi universels par les bienfaits qu'ils nous obtiennent et le zèle qu'ils inspirent pour la gloire de Dieu à si grand nombre d'habitants de votre pays. Oui, mon R. Père, l'esprit religieux ne s'étonne plus de voir à présent la France envoyer tant de missionnaires qui portent partout, devant les rois et les princes , le nom de Jésus-Christ qui par sa grâce fait fructifier le sang innocent répandu en France pour la vraie foi. Le sang de tant de martyrs de la révolution crie sur leurs bourreaux, non pas comme ces derniers : à la lanterne, à la guillotine ! Mais bien, au ciel ! au ciel ! ou demandait miséricorde
au tribunal de Dieu. Les privations , les fatigues, les soupirs, la mendicité même et tant de bonnes œuvres des émigrés de toute condition , âge et sexe parlent et parleront longtemps au tribunal d'un Dieu plus incliné à récompenser le juste et pardonner le coupable qu'à le punir. Oui, mes RR. Pères, à bien des titres vous pouvez dire : Filii sanctorum su mus, oui, successeurs, héritiers du nom, de l'institut, du zèle , des exemples , des mérites de tant de Jésuites persécutés , calomniés , supprimés , martyrisés en France, descendant pour la plupart de parents persécutés pour la religion. Faut-il s'étonnner que vous ayez intéressé à votre sainte cause toute la cour céleste qui prend à tache de faire prospérer toutes vos saintes entreprises? Pour moi, je suis réduit à ne pouvoir plus faire aucun bien et à supporter beaucoup de misères. Je me trouve à Chio, terre souillée par les abominations des mahométans , environnée de tant d'églises grecques où le corps et le sang du Sauveur se consacrent par des mains sacrilèges. Je ne puis m'empêcher d'envier votre sort et de vous féliciter. Ah ! que vous êtes heureux de fouler aux pieds une terre baignée jadis et abreuvée naguère du sang et des sueurs de tant de martyrs ! Que vous êtes heureux d'habiter dans cette Province de J^yon qui fume encore du sang de tant de Français répandu pour la foi ! Comment l'odeur sainte de U. 3
tant de victimes si agréables au Seigneur ne vous pénétrerait-elle pas , ne vous éleverait-elle pas tous vers le ciel ? Conversatio nostra in cœlis est. Je ne m'étonne donc point que votre heureuse maison ait produit tant de saints missionnaires : vos pieds , mon R. Père, touchent partout une terre sanctifiée et qui produit des apôtres : c'est pourquoi il me paraît qu'à plus juste titre que jamais, les anges, en voyant partir tant de vos Pères , chantent ces belles paroles : Quam speciosi pedes evnngelizantium pacem, evangelizuntium bona ! Mais que vous êtes doublement heureux-, vous , d'être si près de la ville du Puy ! J'envie bien votre bonheur ! Combien de fois j'ai désiré de m'y trouver ! Il me semble qu'avec la plus profonde vénération je baiserais cette terre bénie qui a été le théâtre des vertus, des courses et fatigues apostoliques , des persécutions , des mérites , des miracles de saint François Régis. Notre ancien collège est à double titre un sanctuaire que je révère principalement à cause de notre grand saint , et aussi parce qu'il me rappellerait notre successeur , le célèbre abbé Proyart, qui a si bien mérité de notre Compagnie et de l'Eglise.
Oh ! mon Révérend Père , croyez bien que jamais votre correspondance ne me lassera ; je ne vous ai pas répondu de suite, parce que, âgé à présent de soixante-quatorze ans, je me trouve quelquefois ,
pendant assez longtemps, sans pouvoir rien faire. Ayant passé bien des années en Belgique, toujours caché, sans voir le soleil, ne marchant que la nuit ; ayant vécu sous tant de climats divers, en Allemagne, en Hollande, en Angleterre, en Russie, en Tartarie, en Pologne, en Italie, etc., j'ai senti s'altérer ma santé ; je suis réduit à être à charge à moi-même et aux autres, sans leur être utile. Depuis deux ou trois jours seulement, je me suis trouvé assez bien pour écrire, à cause du sujet qui me plaît. « Si naturel negat, dabitet lœtitiaversurn. »
Ecrivez-moi donc à votre loisir et souvent : je ne vous suis pas étranger : j'étais intime de M. Da usine qui a vécu grand ami de votre maison de Lyon. Je suis même plus Français que Belge : né dans le duché de Bouillon dont le château appartenait au roi de France, j'ai fait mes études à Sedan, où j'ai même, pendant quatre à cinq ans, joui d'une bourse que j'ai obtenue au concours. Daignez donc me faire la grâce de me considérer comme un des vôtres , surtout parce que , comme vous l'observez très-bien , nous sommes tous frères à raison de notre institut, tous ayant pour étendard, signe de gloire, gage de la victoire et aiguillon bien puissant pour toutes les vertus, le tres-sacré nom de Jésus. Tous, nous nous trouvons à l'abri des traits de l'ennemi, sous le manteau de la très-sainte Vierge Marie. Puis, ce qui m'at-
tache le plus étroitement à vous , mes Révérends Pères, c'est que je vous vois constamment et courageusement combattre sous l'étendard royal et glorieux de la croix ; et pourquoi ne tressaillerais-je pas, moi, d'être uni avec ceux à qui le Seigneur s'unit avec le plus d'amour ? Cum ipso sum intribulàtione. Ne nous étonnons plus que vos Provinces ont opéré, opèrent toujours tant de bonnes œuvres, tant de conversions : Tempestas absque nostra culpa in nos sœviens, estquadam brevi secuturi magniproventus sicjnificàtiOy disait notre Père saint Ignace, toujours persécuté et toujours envoyant des âmes en paradis. Mêlez, mêlez vos soupirs, vos travaux, avec ceux des saints qui vous ont précédés : Euntes ibant et flebant mittentes semina sua. Puis viendra le temps où venientes autem venient cum exsultatione portantes manipulos suos. Quand le Père Emoml Auger mourut, on entendit les chants des âmes innocentes qu'il avait régénérées , et qui venaient pour l'accompagner en paradis. Ah! bientôt dans ce séjour de gloire, combien d'âmes sauvées viendront déposer leurs couronnes à vos pieds ! Je vous tiens un langage que j'adressais, l'année dernière, à notre T. R. P. Général, n'ayant pas l'honneur de vous connaître encore. Apprenant vos souffrances, j'en félicitais par lettre Notre Très- Révérend Père, persuadé que les éloges donnés au chef rejaillissaient sur les membres. Au reste, je vous
supplie de m'excuser de ce que j'ai osé, d'une manière si rustre et si gauche, vous exprimer les sentiments que j'éprouve à la considération de vos œuvres. Vous serez indulgent pour moi qui suis né au milieu des Ardennes où les lettres n'étaient point cultivées, pour moi qui ai vécu bien plus de nuit que de jour, durant les troubles et les horreurs de la révolution, et qui ai passé plus de vingt ans parmi les Tartares, les Kalmouks et autres peuples sauvages et errants , qui ignorent les charmes de l'éloquence , et dont toute l'éloquence n'est que l'expression simple et ingénue des sentiments du cœur. C'est aussi de cette source du cœur que procède le tribut bien sincère que je voudrais payer au souvenir des merveilles que le Seigneur daigne opérer par le ministère de notre Compagnie. Au reste, mon Révérend Père, j'espère de la miséricorde du Seigneur qu'il comprendra et comptera les actions de grâces et les bénédictions que je ne cesse de lui donner, de ce qu'il daigne vous prodiguer ses faveurs, et surtout, ce qui est un signe de prédilection et de prédestination, de ce qu'il vous caresse en vous admettant à la glorieuse participation de sa sainte croix. Enfin, je me fais une fête, étant sur le déclin de l'âge, d'aller bientôt, par une insigne miséricorde du Seigneur, être le témoin de la gloire de nos frères de France arrivant au ciel.
Dans notre famille, nous avions deux cousins ex-
Jésuites de la province de Flandre : l'un, le P. Colignon , est mort en chaire en prêchant dans la cathédrale de Tournay, comme il l'avait prédit. L'antre, le P. Desmoulins, est mort professeur d'Écriture sainte et grand- vicaire de Tournay. Mon frère Jean Henrv est mort en \ 822 Jésuite missionnaire en Amérique. Enfin le ! 4 avril 1 772 , mon oncle Gérard, ex-Jésuite de la province de Lorraine, disgracié en France , se retirait chez mon père précisément le jour que je vins au monde. Le P. Strikland, procureur de la Compagnie à Londres, qui l'assista à la mort , me dit ces paroles : « Vous aviez un saint et un savant oncle. »
J'ai été bien charmé, mon R. Père, que dans vos Provinces de France le supérieur ait inspiré à nos Pères le pieux dessein d'établir une sainte association de prières et de bonnes œuvres en faveur des missions. Une telle entreprise est bien digne des enfants de saint Ignace. Par là tous nos Pères, même les plus infirmes, peuvent et doivent être missionnaires. Pour moi , incapable de faire à présent des méditations suivies , mais forcé par ma santé de me promener deux fois par jour, je parcours une rue où habitent seulement les Turcs , invoquant les bons anges , repassant successivement les mystères de l'Incarnation , Passion, etc. , et interposant souvent Pater noster , Ave Maria > Credo. Les peu-
pies qui d'abord m'insultaient me révèrent, me saluent et m'honorent à présent. Cet exercice me rend la vie douce et paisible.
Je ne serai donc pas tout à fait un membre inutile de la Société puisque nous pourrons aider le prochain par nos saints désirs : ratio juvandi proximum, comme le recommandait notre glorieux Père saint Ignace. Je ne me trouverai donc plus seul à Chio en Turquie ; je me trouverai partout avec mes frères, je serai, en esprit, témoin de leurs travaux, de leurs souffrances , et cette vue allégera les miennes. Leurs victoires m'animeront à combattre. Je ne m'étonne pas que notre T. R. P. Général encourage cette association; il n'est aucun Jésuite à qui notre Sauveur n'ait dit : Vos estis sal terrœ. No?i enim , écrit saint Jean Chrysostome, de vcstra tantum vita ; sed de universo orbe vobis ratio reddenda est... non ad duo tantum urbes, aut decem , aut viginti , neque ad unam gentem vos mitto , sed ad omnem terrain, etc... Daignez donc assurer vos Pères que je désire être membre de votre sainte association ; mes confrères des iles le désirent aussi ; mais, avant de l'organiser parmi nous, nous voudrions savoir si on peut y admettre des membres qui ne sont pas de la Compagnie.
Quand M. Eugène Bore passa à Syra, voilà peutêtre neuf à dix ans , je m'occupais de l'ancienne
Grèce ; mais à cause de la vieillesse j'ai oublié à présent tout cela. J'écrirai à M. Bore lui-même, je lui demanderai surtout des renseignements sur le mont Athos , et je ne manquerai pas de vous les transmettre ; en attendant, voici ce que je sais d'intéressant pour vous.
Le clergé grec , avant la révolution de \ 820 , comptait, en Grèce et dans les îles, soixante-dix à quatre-vingts évêques ; à présent ils sont réduits à douze. Ils ont un Saint-Synode à Athènes , dont le chef ou patriarche est Sa Majesté le roi Othon, qui nomme les membres , les destitue , les envoie en exil, leur impose silence s'ils décrètent quelque chose contre nous, et leur fait rétracter leurs anathèmes. Leur clergé ne peut communiquer avec le patriarche de Constantinople. Les évêques ne peuvent ni s'absenter, ni rien publier ni faire des ordinations , ni ouvrir des écoles , ni nommer des maîtres sans le bon plaisir du gouvernement. Tant de conditions sont requises pour être prêtre que les jeunes |gens pourvus de qualités aiment mieux chercher fortune en servant dans le civil que de s'enrôler dans le sacerdoce qui est devenu méprisable aux yeux du gouvernement. L Eglise grecque finit faute de prêtres.
On trouve encore , ça et là, quelques monastères d'hommes et de femmes, mais ils ne sont pas rêvé-
rés par les Grecs eux-mêmes. Le nombre des sujets diminuant dans un monastère , on les envoie dans un autre et on s'empare des revenus du couvent devenu vide. Chaque année les Grecs inventaient de nouveaux miracles pour les soutenir dans leur agonie , mais le gouvernement sévit toujours contre les auteurs de ces superstitions.
Les évêques de l'Attique sont pour la plupart originaires deChio où, avant la catastrophe de 1820, ils avaient fait leurs études dans un gymnase dont tous les professeurs étaient athées. Leur dissolution est si manifeste que les ministres du roi eux-mêmes ne se font point un scrupule d'en parler avec mépris à nos missionnaires. Ils possèdent assez le grec ancien et l'Écriture sainte , mais ils n'ont aucune érudition sacrée. Notre P. Aloysio , supérieur delà résidence de Syra , composa, voilà quatre ans, à la prière et sous le nom de M. Blancio, délégué apostolique de la Grèce, un catéchisme renforcé, très-ample, où il combat au long tout le schisme grec. On parlait de le réfuter ; mais le Saint-Synode, se voyant incapable de soutenir un tel combat, a ordonné à l'évèque notre antagoniste de se taire. Il y a environ sept ans, ils formèrent l'abominable complot de rebaptiser le roi Othon et tous les catholiques de la Grèce, le "jour du nouvel an, et en cas de résistance de nous massacrer tous. Comme on leur faisait des reproches
de vouloir propager leur religion par de tels forfaits , ils n'ont pas eu honte d'écrire , dans les feuilles publiques , qu'ils auraient eu en quelque sorte raison, vu que le clergé grec était avili, asservi par le gouvernement, qu'ils ne pouvaient communiquer avec leur patriarche , faire un pas , dire un mot , enseigner, ordonner , porter des lois et des censures sans l'aveu du gouvernement, au lieu que le Pape de Rome communiquait avec le roi Othon , et le roi Othon avec le Pape ; que celui-ci avait en Grèce son délégué apostolique qui , à son bon plaisir , parcourait , visitait la Grèce , envoyait des missionnaires, bâtissait des églises , fondait des séminaires , ordonnait des prêtres sans dépendre de personne. Avouez que ces plaintes et ce langage se sentent de l'agonie du schisme. Il n'existe plus parmi les Grecs aucun de ces hommes de génie ou de valeur , de ces hommes vénérables , considérés par leurs talents , leurs vertus , leur prudence , et dont la conversion peut entraîner celle de toute ou au moins une partie de la nation. Partout des âmes vénales : oui, tous, en commençant du Patriarche jusqu'au dernier diacre, ont acheté leurs dignités, leurs grades , leur juridiction, leur ordre ; tous vendent au plus offrant les actes de leur ministère. Ils sont , tant en Grèce qu'en Turquie, les vils esclaves de l'autorité civile , je ne dirai pas seulement du Sultan qui vend au plus
offrant le patriarcat , mais même de leurs propres concitoyens. Ils doivent continuellement fulminer des anathèmes , non pas pour punir des transgressions de l'Évangile , mais à la réquisition de l'autorité grecque civile qui les commande pour ses fins, le plus souvent criminelles, et à la réquisition même des particuliers, s'ils paient bien. Dernièrement, à l'élection du nouveau patriarche, il y eut tant de cabales, d'intrigues, etc., que le Sultan, craignant une révolte, a dû même s'en mêler, et présider par ses ministres à l'élection dans laquelle ont part non-seulement le haut clergé et les notables , mais encore le peuple. La Grèce est à présent le refuge , le repaire de tous les athées , des impies de toute espèce , des hommes dont l'esprit semble perverti parce que le cœur est corrompu. Le pays est perverti par tous ces Grecs. La plupart des gens aisés qui ont étude dans des Universités protestantes d'Allemagne ou dans des lycées de France, en ont rapporté l'athéisme pratique et l'esprit de la Révolution. Le patriarche de Constantinople fait bien semblant de les excommunier ; mais ses foudres ne peuvent traverser les mers pour arriver à Athènes. Tous ces prétendus beaux esprits sont pour la plupart avocats ou médecins de profession. Au retour dans leur patrie , ils passent successivement, mais rapidement, par les grades de minis-
très, ambassadeurs 9 gouverneurs, etc. , et finissent par devenir zéro pour le bien et plus que jamais actifs pour le mal. Au reste a-t-on vu des hordes de médecins 9 d'avocats , d'apothicaires , surtout dans ces derniers temps, devenir les illuminateurs , les sauveurs , les réformateurs , les régénérateurs de leur patrie? On ne doit pas même s'attendre de trouver chez nos gens des hommes remplis delà doctrine des grands philosophes anciens. Non, Voltaire, Diderot, Helvétius, d'Alembert, Rousseau, etc.. feuilletés et mal digérés , voilà tout le contingent de ces petits maîtres qui vomissent l'erreur et le vice avec d'autant plus d'assurance qu'ils sont plus ignorants. Ils ne connaissent ni Aristote ni Platon ni aucun de leurs anciens philosophes. Le clergé môme ne paraît plus avoir aucun dogme ; il se retranche sur le baptême par immersion, sur le pain fermenté, sur l'abstinence de poisson en carême , bien qu'il permette de prendre autant de réfections entières qu'on le désire.
Un diacre grec, ayant voyagé en France, en Allemagne, en Europe, avait amassé des sommes considérables dans la vue de retourner en Grèce pour éclairer la nation. Malheureusement il avait rapporté plus d'erreurs que de monnaie. Il établit, vers l'an 1830, une académie à l'île d'Andms. Comme il possédait bien le grec et un esprit assez pénétrant, il eut sur-le-champ
une école nombreuse, l'élite de la jeunesse grecque, et même la plupart des diacres lui furent confiés. Au moment où il devenait plus célèbre et plus fréquenté, il fut convaincu et condamné comme atliée, et renfermé pour un temps dans un monastère. Le remède vint trop tard : le poison avait été avalé par ses élèves, mais surtout par les jeunes lévites qui, dispersés sous des noms empruntés, sont devenus les professeurs de toutes les écoles, des gymnases, non-seulement en Grèce, mais même en Turquie ; et comme la dernière Constitution a décrété la liberté des cultes, le fameux académicien d'Andros a été délivré de sa prison, devenu plus méchant et plus ennemi de la vérité. C'est doue en vain qu'humainement parlant, la liberté que les Grecs ont conquise sur la Turquie offrirait l'espérance d'une conversion future de cette nation. Lorsqu'ils étaient esclaves des Turcs, tous les méchants étaient hors de la Turquie, préparant leur poison, mais ne pouvant nuire : car alors la conversation avec les Européens, la crainte des châtiments, l'humilité si propre à un peuple esclave qui a perdu sa patrie, ses privilèges, et devant un clergé plus instruit, tout concordait à contenir les Grecs ; tous étaient occupés ; ils étaient même assez riches , payaient peu de tribut. Mais, une fois le peuple d'esclaves devenu peuple de souverains , il s'est corrompu, abâtardi au dernier point. Chaque
guerre est le fléau des bonnes mœurs, l'écueil de la foi et de toute justice ; mais une guerre où tous les combattants sont esclaves, une guerre où tous les soldats ont été toute leur vie matelots, et matelots grecs de nation ; une guerre où tous les chefs étaient grecs, jadis capitaines de vaisseaux; une guerre où les égouts des armées de l'Europe vinrent s'écouler, où tous les mauvais officiers dégradés dans leurs régiments, tous les médecins, avocats parjures vinrent s'enrôler, commander à tous les esprits inquiets, les hou te- feu des révolutions, des hérésies, des schismes vinrent figurer comme maîtres : quelle affreuse combinaison d'éléments , corrompus et corrupteurs î Aussi l'esprit est saisi d'horreur, à la seule idée des scélératesses dont les Grecs révoltés se souillèrent. La mer, la terre, tout fut le théâtre de leurs violentes rapines et péchés énormes contre nature. On les voyait faisant tous les métiers, corsaires, faux monnaveurs, faussaires, banqueroutiers, toujours ravissant, toujours pauvres. Enfin, ce qui les a perdus, c'est la folle prétention d'avoir une monarchie grecque universelle, et un code de lois calqué sur le droit nouveau. Il est de fait que, dans l'ancienne Grèce, pour ainsi dire chaque province, chaque île même, avait son roi , ses lois , ses usages particuliers, comme chaque petit peuple avait son caractère, ses inclinations,'ses intérêts si particuliers, que même à pré-
sent un habitant de l'île de Tine ne donnera pas sa fille à un habitant de l'île de Syra qui n'est qu'à vingt milles de Tine. Et cependant on a prétendu confondre sous un même chef , sous les mêmes lois, inclinations, intérêts, tant de peuples qui diffèrent entre eux, comme le jour diffère de la nuit. Un seul agha turc suffisait pour gouverner une île entière, laquelle ne payait tout au plus que deux cents thalers ; à présent elle sera gouvernée par cent officiers de police qu'elle doit salarier, et qui, en revanche, l'enrichissent de leur corruption, impiété et scandale : de sorte que la plupart des habitants des îles, incapables de payer les tributs qui surpassent les revenus de leurs terres et le produit de leurs fatigues, abandonnent leur patrie pour aller à Constantinople, à Smyrne , servir en qualité de domestiques et de servantes, ce qui devient une source encore plus malheureuse de séduction et de corruption. Voilà donc ce qu'est absolument le peuple grec actuel. Une foule d'anciens matelots et marins, jadis esclaves des Turcs , qui, à l'exemple de celui qui brûla le temple d'Éphèse, se sont faits un nom à force de forfaits, ont absorbé toutes les richesses du commerce du Levant et tant de millions qu'ont fournis la France, l'Angleterre et la Russie ; qui, au nom de la patrie et de la religion, exigent des pensions, des charges, toujours en ravissan: et jamais rassasiés et toujours pauvres.
N'ayant plus rien à extorquer aux étrangers,, ils déchirent leurs propres entrailles , en opprimant et ruinant par des tributs exorbitants les habitants des campagnes. Que sont les Grecs ? Une horde de fainéants qui, en qualité de libérateurs de la patrie , dédaignent de travailler, et non-seulement laissent inculte la moitié et la plus fertile partie de la Grèce, mais ne permettent pas au gouvernement d'appeler des colonies étrangères. Qu'est devenu le commerce de la Grèce ? Il est exercé par un amas de banqueroutiers, corsaires, contrebandiers, faux mon nayeurs, avec qui aucun négociant d'Europe ne veut être en correspondance. Que sont les Grecs? disons-le, les plus instruits sont ceux qui ont fait leurs voyages, leurs études en Europe, et dans des sources empestées, ont puisé une doctrine ennemie de tout ordre. Aussi, bien loin d'imiter l'abeille qui, même des mauvaises plantes, sait extraire un suc salutaire, trop semblables aux guêpes , ils ont rapporté d'Europe, non la vérité, non les vertus qui s'y trouvent encore A mais les erreurs et les vices qu'ils enseignent à leurs concitoyens, dans les infâmes brochures qu'ils publient. On imprime en Grèce le Juif-errant; un autre ouvrage sur les juifs où les pharisiens sont les Jésuites ; un ouvrage sur la Révolution française où les Jésuites, sacriliés sous Louis XV, sont tout-puissants sous Louis XVI ; qui séduisent ce monarque, et sous
son nom, causent la révolution ! Que sont les Grecs relativement à la génération future ? Une jeunesse à qui on enseigne partout l'athéisme ; on lui apprend à se moquer de Moïse et de tous les écrivains sacrés. Saint Paul, qui du haut du ciel connaît où va aboutir cette éducation, dirait en toute vérité de cette prétendue espérance de la Grèce : Repletos omni iniquitate, malitia, fornicatione, avaritia, nequitia... Delractores
Deo odibilcs insipienteSy etc.. Faut-il s'étonner des
troubles, des révoltes qui arrivent en Grèce ? Toutes les richesses sont épuisées; nos régénérateurs veulent vivre avec gloire, somptuosité et splendeur. Si l'ordre existait , ils deviendraient zéro ; ils trament donc pour renverser l'Etat, afin de pouvoir piller de nouveau, au nom de la patrie, de la liberté et de la religion. On sait que Romulus et Rémus ont fondé Rome en s'associantune bande de voleurs ; mais ces voleurs n'avaient d'autre défaut que celui de voler. Romulus aurait-il pu les civiliser s'ils s'étaient vautrés dans les turpitudes qui sont tout l'apanage des libérateurs de la Grèce ; surtout si ces libérateurs avaient, étudié dans les Universités de l'Allemagne et dans les lycées où l'on enseignait l'athéisme pratique ; si ces voleurs avaient été une horde d'avocats, de pharmaciens, de médecins, etc. ? Enfin le fondateur de Rome était un Romulus. Quel sera celui que le ciel a préparé pour la Grèce ?
Il faut avouer que la Grèce, subsistant depuis si longtemps, offre un vrai prodige. Il faudrait n'avoir point de jugement pour ne pas reconnaître la toutepuissance, la sagesse, la bonté et miséricorde du Seigneur quia tempéré, conservé pendant tant de temps cet amas d'éléments se combattant, se détruisant; cette armée de toutes les passions déchaînées qui en se faisant mutuellement la guerre visent à détruire tout le corps de la nation. Partout l'esprit s'arrête stupéfait. Des Grecs fuvant tout nus, et seulement riches de leurs folles abominations, arrivent à Syra, et , en moins de quelques années, sans ressources, sans réputation, sans moyens, ils bâtissent Hermopolis qui contient quinze mille âmes. Cette ville n'a qu'un quart de lieue d'étendue, territoire sans possessions, sans terres, sans droits, sans privilèges, et cependant quinze mille hommes y vivent. Tous sont en mouvement, tous travaillent, tous gagnent sans savoir lire, sans avoir eu de maîtres; avec la hache et le ciseau, ils construisent les meilleurs vaisseaux de tout le Levant. On veut avoir des vaisseaux construits à Hermopolis. Ils n'ont aucun principe de l'art nautique, et vous les voyez, avec leurs barques, leurs bateaux , leurs vaisseaux, braver toutes les tempêtes et faire l'admiration de nos amiraux français qui jamais n'ont osé avec leurs frégates franchir les bras de mer où les Grecs voguaient en chantant. Je vous
avoue, mon Père, que je reconnais un prodige continuel, une action non interrompue de la toute-puissance de Dieu qui dit à cette mer de passions effrénées: Hue usque ventes et non procèdes amplius et hue confringes tumentes fluctus tuos.
J'ai vécu neuf ans et plus àSyra, ville marchande, premier port de mer, où ont afflué les roués, les bandits de l'Europe et delà Turquie; où règne la jalousie, vice des marchands ; où la peur des magistrats ne paralyse pas l'action des passions; où il n'y a aucune troupe. Vous voyez le peuple tout en tumulte, il parait que tous vont s'entretuer ; et dans un moment le calme renaît, on dirait que jamais il n'y eut de différends. Quoi de plus admirable que la dernière révolution où presque personne ne perdit la vie? La toutepuissance de Dieu, en conservant toujours entier ce corps de la nation grecque, malgré tous les principes de dissolution qu'il renferme, n'a d'autre but que la gloire de la religion catholique. On voit que la révolution grecque a entraîné la ruine des nations voisines, mais que les catholiques contre lesquels cependant les Grecs sont plus envenimés sont ceux qui ont le moins souffert. Plus de vingt mille Grecs s'étant réfugiés à Tine, comme l'île la plus proche, pour échapper au glaive des Turcs, au lieu de marquer leur reconnaissance aux catholiques qui leur donnaient l'hospitalité, ils formèrent l'exécrable projet de
les massacrer. Mais précisément la nuit où ils devaient exécuter ce complot infâme, la peste se fit sentir dans l'île de Tine que tous les Grecs évacuèrent à l'instant. Il ne resta que dix-neuf ou vingt jeunes gens dans un village appelé Etofila, et ces jeunes gens, ayant été préservés de la peste, se firent catholiques, épousèrent les jeunes filles du village et sont maintenant les possesseurs de cet endroit, et tous excellents catholiques.
Les Grecs, manquant d'argent, vinrent avec seize mille âmes sommer l'île de Syra de leur payer une contribution qui surpassait les produits de l'île. Les pères de famille de Syra, au nombre seulement de deux cents, prirent la résolution bien téméraire en apparence de s'opposer à ces bandits et se mirent en devoir de les empêcher de débarquer dans leur port. Le croirait-on si on n'y voyait la main de Dieu? Les deux cents paysans ont arrêté pendant un mois entier cette armée de seize mille hommes et n'ont jamais permis à aucun de descendre à terre. A la fin la poudre et les balles commencèrent à manquer aux nôtres. Il aurait fallu se rendre, lorsque, voyant passer un petit bâtiment de guerre français , nos paysans arborèrent sur le clocher de la cathédrale le pavillon français. A ce signal M. Braet qui commandait le bâtiment croit que File est alliée à la France , s'avance avec bravoure, et avec une poignée de monde
dissipe la foule des ennemis , s'empare de leurs chefs et de leurs bâtiments.
On pourrait donc conclure que la divine Providence veut se servir de cette révolution des Grecs pour opérer la conversion de la nation entière. Il vrai que jusqu'à présent les conversions partielles ont été si malheureuses qu'humainement parlant on devrait à plus forte raison désespérer de celle de la nation entière. Quand les protestants se convertissent , ils sont constants , ils deviennent fervents , et par leur zèle ; leur bon exemple ils sont la cause de la conversion de leurs frères. Il n'en est pas ainsi des Grecs : ils paraissent d'abord tout enflammés , mais peu à peu il se relâchent et finissent par nous déshonorer en redevenant Grecs. 11 paraît que leur conversion n'est pas spirituelle, ni à raison de son objet , ni à raison de son principe. La plupart se sont faits catholiques par espérance des avantages temporels, par vaine gloire, par un faux point d'honneur, par mécontentement des supérieurs; et à la moindre épreuve de notre part , aux moindres lueurs d'espérance du coté de leur nation, ils retournent au vomissement. La Sacrée Congrégation de la Propagande , quoique désirant ardemment la conversion des hérétiques et la procurant par tous les soins et avec des dépenses excessives , a éprouvé tant de désagréments de la part des Grecs convertis
qu'elle a défendu très -sévèrement à tous les évèques du Levant de ne plus lui envoyer des Grecs qui voudraient abjurer ; et Messeigneurs nos évèques, s'il se présente à eux quelques-uns qui ont déjà fait leur abjuration ailleurs , tâchent de s'en débarrasser au plus tôt et de les renvoyer hors de leur diocèse.
Une expérience fatale nous avertit qu'il n'y a point de fond à faire sur la sincérité des Grecs. C'est encore le : Timeo Danaos des anciens et le mot des modernes : Fi des grœca , nulla fîdes. — On se rappelle comment, après les conciles de Lyon et de Florence, ils sont honteusement retournés au vomissement : serait-ce en punition de leurs blasphèmes contre le Saint-Esprit ? car le Saint-Esprit est le principe de toute bonne œuvre, mais surtout de la foi qui de toutes les vertus est celle qui est plus audessus de l'homme et semble devoir lui coûter plus d'efforts ? Puis, qui ne désespérait de la conversion des Grecs, en méditant les terribles paroles de notre divin Sauveur lui-même (Math, xn, 31) : Qui autem dixerit verbum (contra Spiritum sanctum) , non remitteiur ei neque in hoc século, neque in alterol On a donc lieu de croire que les conversions partielles ne procédaient pas du Saint-Esprit comme de leur vrai principe ; il paraît d'ailleurs que depuis tant de siècles le Seigneur a puni in solidum cette
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malheureuse nation à cause des blasphèmes de ses ancêtres.
Mais enfin, qui nous assurera que Dieu veut les punir éternellement de la même manière? Toutes les fois que Dieu délivrait son peuple de la captivité, ne l'a-t-il pas converti? Il était si miséricordieux au temps de cette loi de servitude ! Ne le seraitil pas davantage sous la loi de grâce qui peut vraiment s'appeler la loi de miséricorde ? Ce n'est donc pas sans raison et sans objet que le Seigneur vous inspire de diriger les prières et les bonnes œuvres de votre sainte association, aussi pour la conversion de la Grèce : prions-le , mais prions avec ferme espérance d'être exaucés par ce Dieu de miséricorde, qui neminem vult perire. Les crimes des Grecs sont révoltants , ils ne sont point dignes de la miséricorde du Seigneur ; mais leur indignité et l'état désespérant où ils sont feraient perdre aux hommes toute confiance , s'ils devaient par leurs propres forces opérer leur salut ; mais ce sont des motifs d'espérer davantage quand on se propose de faire éclater la miséricorde de Dieu. Dieu ne nous trouve point ses amis, mais il nous rend tels; en nous aimant, il nous rend aimables à ses yeux : Diligamus ergo Deiun quia prius dilexit nos , écrit le disciple bienaimé. Saint Augustin, parlant de saint Paul, n'écritil pas : Apostolum Paulum invenimus sine ullis me-
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ritis bonis , imo cum multis meritis malts Dei gratiam consecutum reddentis bona pro malts. Plus les malades sont désespérés } plus il sera glorieux à notre
Sauveur de guérir ces pauvres peuples malades depuis tant d'années. Prions donc le Seigneur , supplions-le pour les Grecs ; prions-le de détourner les yeux des blasphèmes de ceux qui ont outragé le Saint-Esprit et la sainte Eglise sa chaste Epouse, et de jeter seulement ses regards de clémence sur les Polycarpe, les Denis , les Ignace, les Grégoire , les Irénée , les Basile , les Chrysostome , etc. Prions-le de ne pas punir les descendants pour les ancêtres coupables : Pater, dimitte Mis, non enim sciant quid faciunt. Prions-le de les convertir par les mérites de leurs premiers pères dans la foi.
Je tressaille de joie depuis que, par votre précieuse lettre , j'ai appris votre pieuse et sainte association : Si duo vel très congregati fuerint in nominemeo, etc.. J'espère que tant de vœux portés au Ciel sur les ailes de la charité feront une sainte violence au Seigneur,, que bientôt les nuages se dissiperont, et que le soleil de justice enfin commencera à luire de nouveau sur la Grèce infortunée, qu'elle sera délivrée d'une captivité bien plus douloureuse que celle des Turcs.
Il y a dans les Cyclades quatre évêques catholiques : celui de Naxie est archevêque,, c'est à présent Mgr Castelli , Dominicain, qui a enseigné la théologie
à Bologne, et depuis bien des années était un zélé missionnaire à Smyrne. Sa douceur, sa prudence ont établi la paix à Naxie. 11 compte trois cents âmes dans son diocèse. Il y a à Naxie une maison de Lazaristes et une résidence des Révérends Pères Capucins qui ont aussi un Père à Paros. I/éVêque de Santorin est le plus heureux; il a six cents âmes, tous excellents chrétiens. Il v a à Santorin une maison de Lazaristes, huit Sœurs de la Charité, un couvent de Dominicaines. L'évêque actuel de Tine, Mgr Zaloni, originaire de l'île, est appelé et est vraiment un second Louis de Gonzague ; il est notre intime, il a trente prêtres, tous excellents. Nous y avons une résidence, deux Pères, deux Frères. On y compte aussi deux résidence de Récollets, sept mille catholiques et vingt-cinq églises. Syra a pour évêque Mgr Aloysius Maria Blancio, récollet de Saint-François. Il futenvoyétout jeune encore au Levant, à Smyrne où il était gardien , il fonda un hôpital; il en fit de même à Constantinople où il était Préfet des missions. Il parle le français, l'italien, le grec, le turc et la langue slavone. Considéré par toutes les cours et jouissant de la confiance du Saint-Siège, il fut nommé d'abord administrateur de Syra. Ayant pacifié par sa douceur et sa prudence cette église depuis si longtemps déchirée par les partis, il fut nommé en 1830 évêque de ce diocèse. Nous avons à Svra une résidence fondée il v a environ
cent ans; nous y avons à présent deux Pères et un Frère. Le P. Aloysio, Supérieur, a reçu du Seigneur le don particulier de donner les exercices de saint Ignace : c'est pourquoi chaque année il les donne dans dix endroits : à Tine, et deux fois à Naxie , à Saiitorin, à Chio et cinq fois à Syra. Il y a à Syra des Ursulines et des Dominicaines qui font l'école des jeunes filles ; il y a en outre une école aux frais de l'évêque, qui compte cent cinquante élèves; il y a une résidence de Capucins, vingt-cinq prêtres, sept églises dans la ville et plus de cinquante églises de villages. La population se monte à quatre mille âmes. Pendant neuf ans j'enseignai la philosophie et la théologie au séminaire; depuis mon départ, la résidence est abandonnée. Un de mes élèves est recteur et professeur de rhétorique, et l'autre professeur de philosophie et de théologie. De dix-huit élèves quej'ai eus, les uns sont en mission en Morée, les autres à Constantinople. Avant le règne d'Othon, il n'y avait en Morée qu'un seul Père capucin et pas une église catholique; il n'y avait que quelques catholiques. A présent Athènes peut avoir plus de trois mille catholiques : même proportion dans les autres missions. Il y a à Athènes trois prêtres, un au Pirée, un à la colonie Bavaroise, un à Nauplie de Romanie, un à Navarin, un à Pylos, un à Patras. Ce sont tous mes élèves, trop jeunes à la vérité, mais on n'en trouvait pas d'autres. Les préjugés
contre nous sont la cause qu'on n'a pas osé jusqu'à ce jour envoyer des Jésuites; mais le temps approche où ces mensonges se dissiperont. Que de bien nos Pères pourront faire dans les ports de Syra, Nauplie, Pirée, Navarin et Patras, là toujours attentifs à courir les premiers visiter les bâtiments arrivant, instruire, consoler, confesser les malades, les matelots, les voyageurs! Alors, alors, nous vous appellerons, tune annuebant sociis qui erant in alia navi. Le Négrepont, l'antique Eubea appartenaient à l'archevêché de Constantinople; mais à présent, par ordre de Sa Sainteté, elle dépend du délégat apostolique de la
Grèce. Là nos anciens Pères avaient une grande Mis-
sion ; il v avait des Dominicains et autres ordres religieux ; mais depuis l'inversion des Turcs, il n'y était resté aucun catholique. Depuis que ce pays appartient à la Grèce et qu'on y vend des terres à bas prix, plusieurs catholiques v avaient acheté des possessions qu'ils ont abandonnées; il y est resté seulement une famille catholique de Svra. Mais là aussi habite, avec sa concubine et ses enfants, un apostat appelé Falquier, Lazariste français. Jadis son talent, son zèle, l'avaient fait présenter au Saint-Siège comme candidat pour l'évêché de Babylone; il fut nommé évêque; mais, au moment où on lui envoyait ses bulles, il contracta un mariage sacrilège avec une veuve catholique de Thessalonique. Il ne paraît pas encore venir àrési-