‹ Missions des Jésuites en Russie et dans l'Archipel GrecChapitre 4 sur 30 · JO · texte numérisé non relu

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en quatre colonies, dont la plus éloignée est à sept lieues. Chacune a une assez jolie église de bois. Nous sommes ici tranquilles et en sûreté, quoiqu'à soixante-dix ou quatre-vingts lieues d'une horde de Tartares voleurs, pires que les Arabes. On les appelle Kirguis. Il y a trois ans qu'ils emmenèrent en captivité plus de trois cents personnes; mais à présent un cordon de troupes borde la frontière et rend le passage impossible.

Notre rive gauche est une plaine immense : il n'y a d'inégalités que celles produites par l'écoulement des eaux. Cette plaine s'étend jusqu'aux monts Ourals, c'est-à-dire l'espace de cent -cinquante ou deux cents lieues dans sa largeur. Sa longueur est depuis la mer Caspienne jusqu'à la Mer glaciale. On ne peut pas la regarder comme interrompue par l'existence de quelques collines parsemées çà et là , auxquelles on a fait l'honneur de les appeler montagnes. Nous sommes ici au 50° de latitude. La terre y est, pendant cinq mois de l'année, couverte de neige; l'été pourtant est aussi chaud qu'en Lombardie, puisque nous cultivons des melons en pleine terre. Il pleut rarement , mais la fonte des neiges y supplée en humectant la terre à une grande profondeur. Nous n'avons ici pas une pierre, pas un caillou, peu ou point d'arbres fruitiers, un peu de bois sur les bords du Volga.

En revanche, le pays produit une grande quantité de grains, dont le commerce fait subsister les colons : des prés et des champs sont presque les seuls objets que l'œil découvre. Somme totale , notre pays ne vaut pas l'Allemagne ; les anciens colons la regrettent; les jeunes croient qu'il n'y a rien de plus beau que la vaste plaine où ils ont vu le jour. Quant à moi, qui ai habité de beaux et de bons pays, je suis très-content de celui-ci; et je pense qu'ici-bas, aride ou marécageux, beau ou laid, chaud ou froid, c'est toujours une vallée des larmes et un lieu d'exil. Ce n'est pas ici un Japon ni un pays des Hurons ; ce n'est pas non plus un Paraguay : c'est un diminutif de l'Allemagne, quant au moral; et jusqu'ici, il n'y a pas d'apparence que nous mourions martyrs. Nos occupations nous laissent peu de repos : il faut tous les jours courir d'une colonie à l'autre. Il est vrai que nos braves colons ne laissent pas manquer leurs missionnaires de chariots; mais ces voitures agrestes et conduites assez lestement, secouent et fatiguent terriblement les voyageurs. Heureusement, les traîneaux qui circulent cinq mois de l'année nous offrent une manière de vovager plus douce, et remplacent les cahots par une espèce de balancement continuel, d'un côté du chemin à l'autre; mais ces voitures rapides

culbutent au moindre obstacle qu'elles rencontrent

Je suis très-heureux, et disposé à rester ici bien volontiers le reste de ma vie.

Agréez , etc.

F. de Grivel.

Nota. — Quand le P. de Grivel manifestait à ses amis de Paris la joie qu'il éprouvait au service de Dieu sur les bords du Volga , il avait déjà trentesix ans et partant il avait passé l'âge de l'enthousiasme; mais il avait apporté du noviciat de Polocz cet entrain merveilleux que donne l'abnégation religieuse et qu'il conserva toute sa vie. Le P. Kohlmann nous a transmis dans le Post-scriptum d'une de ses lettres , écrite le 17 juin 1864 de Georgetown (Amérique) , le plus bel éloge du noviciat de Polocz : « Le P. de Grivel, dit le P. Kohlmann, nous écrit ce qui suit : La ferveur qui règne dans le noviciat est admirable; mon bonheur est trop grand. Je suis parmi les anges, dans un pays de bénédiction; venite et videte. Nous voyons toujours avec une nouvelle joie arriver de nouveaux compagnons pour s'associer à nous et à nos travaux futurs. La gaîté, la modestie, la simplicité, l'exactitude à observer la règle, l'union des cœurs, la charité, l'esprit de Jésus-Christ, voilà

ce qu'on trouve dans notre noviciat et ce qu'on v admire » (1).

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