‹ Mistral: La République Du SoleilChapitre 13 sur 18 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

cigaliére vers le Midi, c’est le poéme héroi-comique, le Siége de Caderousse.

Il y a plus sérieux.

L’anitiée précédente, |’ Académie francaise avait décerné 4 Mistralleprix Jean Reynaud, dé dix mille francs. Mistral se considéra toujours comme le simple dépositaire des prix académiques qu’il put recevoir. Il les corsacra tous 4 la seule gloire de la Provence, depuis le premier, deux mille francs, que sa mére lui suggérait d’employer a tapisset la maison du Lézard, laquelle en avait grand besoin : « Non, mére, répondit-il, c’est de l’argent sacré, venu de la poésie, et qui doit fetourner 4 la poésie », jusqu’au prix Nobel, grace auquel il put loger le Museon Arlaten.

Avec le prix Jean Reynaud, il réalise une vieille idée: fonder en Avignon un

r 1891, la descente félibréenne et

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journal provencal. Ce fut l’Aidli, qui, a

partir du 7 janvier 1891, parut les 7, 17

et 27 du mois, tirant 4 trois mille exemplaires, rédigé en grande partie par Mistral, administré et cuisiné par deux jeunes gens, Folco de Baroncelli-Javon et Marius André.

Le manifeste de |’ Aidéli était nettement fédéraliste. La pommade 4 l’ail devenait le symbole succulent de la fédération.

Voutaren per Voli Et faren aioli,

c’est-a-dire la liaison, le ralliement, Vunion, la farandole, comme celle que Tartarin méne au Rigi. Et a l’adresse de quelques journalistes parisiens, Mistral ajoutait : «L’aioli, dans son essence, concentre la chaleur, la force, l’allégresse du‘ soleil de Provence. Mais il a encore une vertu: celle de chasser les mouches. Ainsi, ceux gui ne laiment pas, ceux que notre huile cuit: au gosier ne viendront pas nous tarabuster autour de lui! » Avis aux tortonistes, qui, de Magnard a M. Bedel, en passant par le faite des deux articles célébres de M. Vandérem sur la descente de 1891, firent toujours le front unique contre Mistral !

ST SR RT RRO EDR R

L’Aiéli dura sept ans, mais, bien que tout y fit gratuit, il ne fit pas ses frais.

Quand les dix mille francs de I’Académie furent mangés, Mistral mit la clef sous la porte. On ne s’étonnera pas que les Provengaux aientlaissé tomber leurjournal.

Roumanille ne se plaint-il pas que les félibres ne lui achétent jamais de vers?

Et le baron de Tourtoulon d’écrire qu’a quelques exceptions prés ils ne paient

pas leurs cing francs de cotisation. Pauvre

Provence! Le Félibrige a toujours tiré le diable par la queue. Il n’a jamais connu d’autres ressources que les générosités de Mistral, de Bonaparte-Wyse et de Mariéton,

puis les subsides du gouvernement de la - République aux descentes félibréennes,

et les bustes fournis gratuitement par les Beaux-Arts (le Félibrige fournissait les discours). En 1893, Mistral donna mandat au chancelier d’obtenir la reconnaissance d’utilité publique, afin qu’on ptt léguer

a Yoccasion quatre sous au Félibrige.

Ni quatre, ni un! Personne, jusqu’a présent, n’a profité de la permission.

Ladisparition de |’ Aioli fut d’autant plus facheuse que Mistral, qui faisait bien tout ce qu’il faisait, s\y montre excellent jour-

naliste, mélant avec aisance et saveur la -

galéjade et l’éloquence. Roumanille avait été, au temps des Capelan, meilleur journaliste encore, puis il avait df cessef, parce que les journaux ne Jui demandaient plus rien. Comme un journalisme vivant et dru aurait cependant aidé une prose provencale 4 se faire ! Mais pas de journalisme sans public. Et le public se dérobe.

Dés le printemps qui suivit son premier numéro, l’Aioli publiait une série de lettres envoyées d’Italie par Mistral. Il racontait sans prétention un petit tour qwil y avait entrepris avec sa femme. A Venise, au thomént de monter en gondole, la gondole noire, on lui avait remis une dépéche. Elle annoncait la mort de Rous manille, cing ans aprés celle d’Aubanel. Le dernier survivant des grands trois de Font+ ségugne n’allait plus continuer qu’un voyage endeuillé.

Le bon Roumanille était cependant sorti de la vie dans un charmant style félibréen.

Il était mort doucement, presque gaillardement, entre les images des félibres et des saints de Provence, ayant 4 la téte de son lit, non a vrai dire le galoubet comme le poéte Benoni, mais~son cierge de pre-

miére communion, la pervenche d’or gagnée aux, jeux floraux d’Apt par Rose-Anais, la maquette du monument de fruits et de fleurs qu il avait fait élever,il y avait deux ans, sur la tombe de ses parents, les jardiniers de Saint-Rémy. Il dit plusieurs fois 4 sa > femme: «Ais, tu diras 4 Mistral, 4 mon meilleur ami, que j’ai pensé a lui pendant toute mon agonie.» Comme sa main, la nuit, s’agitait, ellelui demanda :« Rouma, - gu’est-ce que tu cherches? — Je cherche des mains d’amis a serrer. » Il voulut étre encore de l’Armana de 1892, et raconta pour lui aux amis un dernier conte: L’ase, lou miou e la cabro que se plagnan de pas estre au concours d Avignoun. Le -dernier morceau d’imprimé qu’il lut fut un article sur la renaissance flamande, et il dit:

-- «Voyez comme les vieilles langues

eherchent a se relever! C’est comme le provengal. » Et, Sainte-Estelle veillant sur - Ini, le pére des félibres n’eut pas a se plaindre, ainsi que l’ane, le ‘mulet et la chéyre. Car il y avait ce jour-la 4 Avignon un grand concours de musique: tous les orphéons de Provence, et d’ailleurs, défilaient en jouant dans la rue Saint-Agricol; et le tonnerre des cuivres emporta avec

lui dans le soleil printanier ’Ame en paix du bon félibre.

Et pourtant!... Quand Mistral, sur le cercueil d’Aubanel, avait prononcé, cing ans auparavant, l’invocation a Sainte-Estelle, Roumanille n’était pas la. La main de Yautre grand félibre d’Avignon, le Feélibre de la Grenade, ne figurait pas parmi les mains d’amis qu'il cherchait en mourant. Leur rupture avait été violente, avec des mots irréparables, des vers terribles d’Aubanel, ot l’on retrouve la méme image, celle de l’araignée, que dans la piéce secréte de Victor Hugo contre Sainte-Beuve. Mais l’amour n’avait point causé leur brouille : c’ était, chez ces deux catholiques, la religion! On écrirait ladessus le vrai roman de l’ancienne Avignon, de ses rues obscures, de ses dévotions tortueuses, de ses haines de prétres, de ses guerres sourdes, et dans ce- Midi noir, urbain, qui n’a rien de Cucugnan ni de Gigognan, on serait loin de la belle humeur du Siége de Caderousse, de la Campano Mountado et de Tartarin ! Entre les prétres acharnés contre les Fiho d Avignoun et les félibres qui les aimaient, l’auteur des Capelan avait dai choisiv: il avait choisi

les prétres. Mistral, lui, ne voulut jamais prendre de parti dans Ja querelle, non plus que dans aucune autre. II ne connaissait en cette matiére qu’une politique: la politique du maire de Gigognan. Exactement le contraire de la politique et de la religion avignonnaises.

N’allez pas croire qu’il n’y eut, ou qwil n'y a encore, dans le Félibrige, qu’amitié et que fraternité! Si Racine, dans son Histoire de Port-Royal, n’avait été contraint

a Vhagiographie, il aurait consacré volon-

tiers un chapitre a ce que Nicole appelait

les guerres civiles de Port-Royal. C’est

précisément aprés la mort de Roumanille que vont commencer les guerres civiles félibréennes.

Aprés tout, il ne s’agit pas, dans ces guerres, seulement de querelles commu-

-nales 4 Pampérigouste, mais aussi de ques- tions politiques et impériales, trés naturelles et actuelles dans Empire du Soleil. La

principale est une guerre de succession. |

En 1890, Mistral atteint sa soixantiéme

année. Il n’est point de ceux qui, ayant créé un mouvement, raidissent jusqu’au

hout leurs vieilles mains sur les leviers de commande et se récrient contre toute jeune initiative. Ce fils de paysan connait les lois de la poussée et de la vie. Ce lamartinien sait que ni ’humanité, ni l’action, ni Vesprit, ni le Félibrige ne vivent d’une idée, quiils éteignent chaque soir eelle »

qui les a guidés, et que les générations nouvelles manqueraient 4 leur mission si elles n’apportaient pas des idées nouvelles.

Dés 1888 il écrivait au félibre Aude: «La politique provencale dont. votre lettre me parle est réservée, je crois, a votre génération. Nous autres, qui avons trouvé la terre couverte de ronces et de chiendent, nous avons eu assez de travail pour la défricher avec le feu brilant de notre poésie. I] nous a fallu ramer contre les préjugés amassés sur la France par trois) ~ eents ans d’abandon, et il nous faut lou- :

voyer, non sans peine, entre la-méfiance des | hommes de progrés et celle des hommes d’autorité, et ménager, depuis les malheurs | de la guerre allemande. les soupeons patriotiques de ceux qui ne nous connaissent pas; enfin il a fallu laisser le peuple bayer, ‘Tune aprés l’autre, A toutes les dragées politiques. »

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Trente ans aprés Mireille, se pose donc naturellement, normalement, la question de la nouvelle génération félibréenne. Les jeunes, de vingt a trente ans, qu’apportentils et que prétendent-ils de nouveau?

L*heure de Lagalante est passée, celle du Cri de Mouriés est venue. Et Mistral, a son tour, est Lagalante. A l’égard des jeunes, il n’a qu’un programme: leur faire la voie libre, les aider. « Toi, Cri, la jeunesse te pare, tu peux avec orgueil porter les braies du plus fort. »

Mistral ne prenant point part ala bataille, l’Empereur du Soleil. rayonnant au-dessus des partis, il va de soi que, dans cet empire comme dans tous les autres, les jeunes ne peuvent manifester, affirmer et s’affirmer que contre quelqu’un, Et fort! De jeunes félibres, et quelques vieux qui marchent avec les jeunes, trouvent qu’il y a dans le Félibrige trop de banquets, de chansons, de regardelle et de tutu-panpan. Et aussi de mariétonisme, Berluc-Pérussis, qui représente une Provence et un provencalisme sérieux,,militants, racinés, a la lorraine ou - ala flamande, le contraire exactement de la Provence de Tartarin et de la cavalcade ala Mariéton, enseigne qu’il est temps de

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passer au régime de l’action. Evidemment |!

Mais quelle action?

Ily en a trois de possibles, sur lesquelles Vexpérience des trente ans passés depuis Mireille apporte quelque lumiére: une action poétique, une action linguistique, une action politique.

L’action poétique? J’entends par action poétique les récitations, les représentations dramatiques, la poésie en mouvement et en bruit, qui eussent été nécessaires pour pousser hors du livre et de l’imprimé les grands poémes et les grandes odes mistraliennes, pour donner au peuple de

Provence une conscience musicale de sa

langue, pour mettre obstacle 4 ce qu’un bon Provengal, qui voulait faire connaitre Mireille 4 ses enfants, la lit dans la traduction du président Rigaud, pour que le théatre d’Orange restat lou Cieri, pour qu’Aubanel en fat le poéte, pour qu’on y jouat l’Arlésienne traduite en provengal,

c’est-a-dire rendue a sa langue naturelle, —

pour qu'il ne devint point une succursale d’été de la Comédie-Frangaise et un dépo-

toir de vers odéoniens. Il y a une vingtaine —

d’années, j’y voyais jouer le Polyphéme d’Albert Samain, petite chose contre

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laquelle je ne nourris nulle haine. Mais je songeais que ce Cyclope d’Odéon y tenait, au pied du Ventoux, la place du Pasire d’Aubanel, de la tragédie provencale du, Ventoux, détruite par le cléricalisme avignonnais, et qui, si elle lui eit échappé, n’en eit pas moins été privée de théatre, de public et d’air respirable. Dans les sept de Fontsegugne, oui, il a manqué tout de méme un Jasmin !

L’action linguistique? Evidemment, Mistral.a fait ici ce qu’il a pu, ce qu'il a d&. Le Trésor du Félibrige était pour lui, autant et plus que Mireille et Calendal, lceuvre nécessaire de sa vie. Mais quelle tragédie ! Quelle ironie ! Comme le Museon Arlaten recueille les meubles et les costumes aumoment méme ou ilsdisparaissent, le temps ou toutes les abeilles entrent dansla ruche, —touslesbeaux mots d’oc dans ce dic-

- tionnaire vivant, — est celui ot ces mots

désertent le langage parlé, ov le provencal se vide de son vocabulaire propre, ow les termes francais en expulsent les termes indigénes. La grande ligne stratégique est Vécole. Mistral a demandé non qu’on

enseignat le provengal a 1’école primaire,

mais d’abord que l’instituteur ne chassat

a en a ert re eter ra a

point de force du parler de l’enfant la langue des parents, Et ensuite, quand le frére Savinien l’eut converti a sa méthode, que le maitre pat se servir du provengal pour enseigner le francais. Mais demandé a qui?

Par qui? Une langue ne peut opérer son redressement, comme I’a fait le flamand, que si le peuple y tient, s'il se met, par ses assemblées et par ses représentants, du coté des mainteneurs qualifiés de cette langue, Rien de pareil dansla France méridionale, Jamais une liste municipale, méme

a Maillane, jamais un candidat aux élec- —

tions législatives ne s’est efforcé de gagner des yoix par des revendications linguistiques. Jamais la concurrence entre les Freres et l’école laique n’a été nourrie par un débat de ce genre. Au contraire!

Des deux écoles, celle qui se fit montrée favorable au «patois » efit été discréditée.

Le peuple du Midi s’est complétement désintéressé de lavenir scolaire de sa langue. Le prestige de Mistral a introduit un peu de provengal dans l’enseignement secondaire, a suscité des chaires de provencal dans l’enseignement supérieur, c’esta-dire hors du peuple, et rien que la, Et notons que plusieurs des professeurs

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qui occupent ou ont occupé ces chaires ne parlent pas provencal, sont parfois incapables de prononcer correctement une strophe de Mistral. L’échec de l'action linguistique était déja évident en 1890.

Reste l’action politique. C’est de ce coté que va se porter une partie du jeune Félibrige. Mistral, lui, n’avait jamais prétendu donner a Vidée de décentralisation

qu’un drapeau de poéte, nullement un

programme de doctrinaire. I] était pour, et c’était tout. Aux autres de préciser !

Berluc-Perussis, par exemple. L’action dont réve Berluc ressemble A celle des Flamands.

Mais l’action provencale n’a jamais comporté que quelques chefs (c’est le canot des six capitaines de Paul Aréne), tandis que celle de Flandre a réussi par ses troupes

. encadrées, disciplinées, et que la c’est un ‘peuple qui a vaincu. Voici les idées de

Berluc, telles qu’il les exposait A Mistral : «Iln’y a que la politique qui passionne notre temps et notre pays. Si les Provengaux avaient pour la Provence la moitié de l’amour ,qu’ils ont pour les grands mots vides de rouge, de blanc et de bleu, tous les palais scolaires des cing départements seraient des écoles de langue d’oc. Amouretti

n’avait peut-étre pas tort quand il me disait que le Félibrige ne deviendrait une ceuvre populaire et universelle que le jour ow il lieraitson sort A une idée politique, bonne ou mauvaise, ou mieux a Vidée fédéraliste. Mais nous sommes bien loin de la. Ce qu’il nous faudrait, en attendant, ce sont des prédications provencales dans toutes les églises, des piéces provencales au théatre, des chansons et des romances provencales sur les pianos, un bon journal quotidien en provengal, des assemblées ot l’on ne chanterait qu’en provengal, et surtout, comme au Canada, des magasins nationaux, ot les félibres se serviraient exclusivement.» Bon Berluc!

Entre le chapelier qui vendra neuf francs cinquante ce qu il appeile un chapeau, et celui qui demandera neuf francs soixantequinze du méme en le -nommant capéu, soyez bien sir que le félibre, méme majoral, optera pour le premier.

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Le programme du jeune Félibrige éclata dans un coup de tonnerre (du tonnerre

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félibréen, ne nous frappons pas!) au café Voltaire, en mars 1892, et dans un coup de mistral, en juin, a la Sainte-Estelle des Baux.

Le capoulié Félix Gras était allé a Paris, ce qui impliquait le banquet officiel au Voltaire. C’est 4 ce banquet que fut lue la Déclaration des jeunes félibres, rédigée par Maurras et Amouretti, qui réclamait la liberté des communes, la

- suppression des départements, 1’autono-

misme, le fédéralisme, des assemblées souveraines A Bordeaux, A Toulouse, 4 Montpellier, 4 Marseille, 4 Aix, pour régir l’administration, les tribunaux, les écoles, les universités et les travaux publics du Midi.

Outre! Le café Voltaire jugea que les jeunes félibres allaient fort, finit par expulser Maurras et Amouretti, qui fon-

dérent deux ans aprés, au café de Madrid, sur la rive droite, l’Ecole Parisienne du

Félibrige, avec Amouretti pour cabiscol.

(De Madrid, puis d’ailleurs : le détail et la

chronologie des cafés maurrasiens ne sont connus, que d’un ou deux érudits.) Mistral,

qui applaudissait toujours aux extrémistes,

tant qu’ils se contentaient de paroles, et

c’était le cas, approuva le manifeste dans

Ed

VAidli, sans se brouiller pour cela avec le café des farandoleurs. Quand il alla, quelques années aprés, recevoir 4 Paris la rosette d’officier (il ne l’avait pas encore !) du ministre félibre Georges Leygues, c’est le Voltaire qui offrit le banquet, mais non le café, la liqueur de Frigolet et la biére, que Mistral dut aller prendre au Madrid. La présence réelle du Maitre et sa tomate fraiche se partagérent entre les deux maisons ennhemies, d’une maniére conforme a l’esprit de Gigognan.

Mais cette guerre de Paris, envenimée et qui se passe dans la fumée des cafés, le céde fort en pittoresque au siége de Caderousse, 4 l’épopée tartarine, qui, sur le sol de la patrie, sous le béau soleil qu’on ne charrie pas, se déroulérent aux Baux, le 6 juin de la méme année.

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On n’y célébrait pas seulement la Sainte- Estelle annuelle, mais les Jeux Floraux septénaires du Félibrige, ot un poéte est couronné, et ol ce poéte couronne la reiné, nommée pour sept ans. Marius

André, Vin des rédacteurs de lAiéli et futur biographe de Mistral, recut la couronne d’argent et choisit pour reine Marie Girard, fille du félibre Marius Girard et future M™e Joachim Gasquet. Puis le banquet en plein air s’ouvrit sur la terrasse magnifique des Baux. Le lion d’Arles rugissait : il faisait un mistral terrible, - dans lequel Marius André lanca, avec un estrambord impressionnant, un discours politique qui répétait en gros le programme d’Amouretti et de Maurras. Et Vespouscado du poéte se terminait par un toast a l’établissement de la République fédérale des provinces de France.

Mistral avait lu préalablement le discours et l’avait approuvé, parce que c’étaient des mots, de beaux mots. Il planait, lui, il était Jupiter, l’éther supérieur. Mais ceux qui étaient placés dans J’air inférieur, et d’abord le capoulié Félix Gras, ne paraissaient pas contents. Evidemment le capouliéen avait dit bien d’autres :

son catéchisme félibréen, publié dans V Aidliy.ne le céde pas en illuminisme aux -manifestes des jeunes félibres, et la Comfesse de Mistral est modérée A cété de la Dame Giraude du Romancero provengcal.

Mais, pacifique dans la vie quotidienne, Gras l’était également par sa fonction, celle de juge de paix, qu’il exercgait depuis longtemps en Avignon. Et républicain, avec

cela, rouge du Midi, alors que la politique

du jeune Félibrige tirait furieusement sur le blanc. Puis il y avait ceux qui ne voyaient dans le Félibrige qu’une gaie et franche société de poétes (un point de vue qui se défend, celui de l’ancien Chant des Feélibres de Mistral). Ils protestérent ; le Consistoire s’assembla et dut déclarer que le jeune lauréat n’avait pas parlé en vraie séance officielle du Félibrige, mais aunom d’un groupe.

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