‹ Mistral: La République Du SoleilChapitre 9 sur 18 · CHAPITRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIEME

ISTRAL a mis sept ans a écrire Mi- M reille. Dans les sept ans qui viennent, il écrira le nouveau poéme, Calendal.

~ Ou plutoét il le laissera se composer en lui, comme il a laissé se composer Mireille, essayant, balancant, resserrant, détendant, jetant sa stance de sept vers, au cours de la promenade quotidienne, la tirant des sucs de la terre, de l’air et du soleil, comme l’épi et l’olive. De la venait, selon lui, exactitude et la vérité de sa poésie.

Il n’inventait pas. Il ne parlait de rien, plante, béte-ou homme, dont il n’ett l’expérience de plein air, et qu’il ne conniat comme Corot connaissait la nature. Quand il dit de Mireille :

A travers de la Crau, vers li mas, dins li bla Ieu la vole segui.

il faut prendre le mot 4 la lettre, voir

rm ma

le poéte qui marche dans la Crau, seul, ou avec un ami, et qui suit Mireille, c’est-adire son idée, soun pantai. Ses compagnons de voyage, quand il en avait, étaient avertis. Son propos alerte, s’il le laissait tomber, on savait ce que cela voulait dire, on se taisait: car le poéte cherchait et composait, il allait trouver une idée, une image, un vers, une stance. On ne dérangeait pas le travail des abeilles.

Et quand c’était fini, le discours repartait, retrempé par le bain des dieux, plus vif, plus aiguisé de galéjade.

Il avait suivi Mireille dans son petit pays, dans son coin de Provence, dans la plaine agricole et la sansouire, dans la Crau et dans la Camargue. Cette poursuite de ce premier septénaire, il va la continuer, dans les sept ans nouveaux, sur un tableau plus vaste, cette fois sur la Provence entiére. A travers la Provence que suivra-t-il? Non plusune chato de Prouvengo, mais une ideio de la Prouvenco, V'idée de la Provence poétique, la Causo. La personnification de la Causo, c’est Esterelle. Si javais. aimé Mireille, dit-il, je n’aurais pas écrit Mireille. Mais il n’eit pas écrit

. Calendal s’il n’etit aimé Esterelle. Le v an

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nier Vincent n’est pas Frédéric, mais le pécheur d’anchois Calendal est bien Mis-

tral. Tout Calendal marche, comme les

treize vers d’un sonnet, vers le dernier vers :

Possesseur d’Esterelle et consul de Cassis.

Possesseur d’Esterelle: le poéte de la Provence. Consul de Cassis: le représentant du peuple de la Provence. Les noces de Calendal et d’Esterelle. elles se répéteront vingt fois, autour du feutre gris du poéte, dans les panégyries d’Orange, d’Avignon, de Nimes, d’Aiies ou d’Aix.

Cette Provence, il la connaissait peu.

C’est seulement pendant ces années soixante qu'il la parcourut avec quelques compagnons: Aubanel, Grivolas, Legré, et que du Mont-Ventoux a la Roche d’Aiglun il vit les pays ot il proméne Calendal.

Le félibre son compagnon, c’est Aubas nel, au temps ot il publie la Miougrano (1860), et qu’il ne faut pas nous imaginer ennuagé éternellement dans le souvenir de Zani. Tout au moins: Aubanél jusqu’en 1861, époque dé son mariage. Et savezvous ce quwils trouvent, les félibres, dans

leurs courses de campagne et de montagne? La poésie pure, tout simplement !

Mistral I’a dit dans son discours a I’Académie de Marseille : « Jalous de retrouva la pouesio puro e Vengeni vivént de nosto lengo maire,de longo erian per li campestre e li mountagno. » L’abbé Bremond, félibre malgré lui, est Provencal, et il se voit qu'il a bu aux fontaines d’Aix. Ov cherchentus la poésie pure, nos chers félibres? Tantot aux Baux, tantot au Ventoux, a la Sainte-

Baume, dans |’Esterel, et dans les monts

de Vaucluse, ot les gendarmes un jour les arrétérent, et ov il fallut qu’un brave paysan fit remarquer.a la maréchaussée, qui les prenait pour de dangereux étrangers:

« Ne voyez-vous pas qu’ils parlent comme nous autres? Ils ne sont pas de loin. »

Le jour ot lon va a la Sainte-Baume, eest avec la cagoule des Pénitents blancs, pour laquelle les Giera font tant de propagande a Avignon. La confrérie a pour

tuteurs et péres les Dominicains de Saint-

Maximin, qui invitent chaque année six ou sept pénitents a la féte du saint. A celle de 186@, deux de ces pénitents sont Roumanille et Aubanel, qui s’adjoignent Mistral comme pénitent de contrebande, dit

Roumanille, car il ne faut prendre Mistral que pour un catholique modérément pratiquant. On aura des cellules au couvent, et c’est, selon Roumanille, « une partie de félibres pénitents ». « N’a-t-on pas, en effet, ajoute le bon Rouma, des péchés a pleurer, des rimes faibles, des vers mal tournés, des chevilles par-ci, par-la, des longueurs et des galimatias? » Ce ne fut pas du temps perdu :

la pureté de Calendal, |’éclat de la langue, le nerf et Vallant du récit, voila qui témoigne en’ faveur de la discipline des pénitents et de l’ascése dominicaine.

Dans Vété de 1864, Mistral s’en alla reconnaitre les lieux ov il plagait le repaire du comte Severan. « Mistral, écrit Rou-

manille, fait depuis huit jours un petit —

voyage d’études et d’agrément dans la Provence orientale. Son nouveau poéme a pour théatre cette Provence-la, et il a voulu, notre cher Homeére, voir les lieux qu'il a a décrire.» Il les vit une fois.

Il n’aimait pas le voyage pour le voyage:

Il lui fallait un but. Il ne fit dans sa vie que deux sorties apparemment gratuites:

quand il accompagna sa femme en Italie, et quand Marieton l’entraina pour quelques jours 4 Evian et en Suisse. Pas plus pour le

nomadisme que pour Paris, il n’entendait abandonner son coin de Maillane. Aller a la ville, c’était aller en Avignon. Et voila tout.

Le service de la poésie, l’auteur de la Miougrano lui faisait porter les couleurs de l’Amour; Mistral, les couleurs de I’Idée.

Ou mieux, ce sont deux nuances de la, méme couleur, deux dialectes du méme ~ provengal. « Le poéte, écrit Mistral 4 Aubanel, plus impressionnable, plus apte que tout autre a connaitre la beauté, est susceptible aussi de s’enflammer plus d’une fois et rapidement. I existe dans le monde des milliers de jeunes filles capables de nous troubler le coeur. Dieu a répandu la beauté et l'amour, comme l’onde et les fleurs, largement et pour tout le monde. On a soif plus d’une fois, plus d’une fleur enchante Yoeil ; n’est-il pas naturel qu’on ait soif de plus d’une femme? » Ce n’est pas A Roumanille qu'il eit écrit cela ! Mais voila qui fut précisément, méme aprés qu’il eft paru trouver le bonheur dans le mariage, Je tourment et la tragédie du poéte sensuel et captif des Fiho d’Avignoun et du Pastre.

* Ni pour Mistral, ni pour Aubanel, Ja beauté et l'amour n’ont jamais tenu en une per-

sonne. La premiére, et la plus belle, des pieces des Fiho, nous savons bien qu'elle s’adresse & nimporte laquelle (celle d’aus jourd’hui plus que celle d’hier) de ces Avignonnaises aux yeux et au sein qui flam- ~ bent — et qui allument, — a lage de la beauté du diable. Du diable, vous entendez, monsieur l’imprimeur du pape! Et on le lui fit assez entendre, au pauvre! L’Esterelle de Calendal, certainement, parait aussi peu en chair et en feu que l’est ardemment l’une ou l’autre des filles aubanelliennes. Pourtant, elle aussi exprime le méme pluralisme, la méme disponibilité de soif, le méme esprit de Nourritures terrestres. A la limite de ce pluralisme, chez Mistral, il y a Vidée platonicienne, l’Archétype, la piéce d’or, dont tant de visages au dehors et tant de soifs en nous font la monnaie.

Et a cette méme limite, chez Aubanel, il y aurait les Mille e ire, si la tradition des Aubanel et l’Avignon Sartessetimios n’étaient 1a!

Lamartine se trompait quand il croyait que le ciel destinait une Mireille 4 Mistral, dés son retour a Maillane. Toute la ligne de vie du poéte ett été changée si au Cante uno chato de Prouvenco s était substitué

un Ame uno chato de Prouvengo. Et Calendal ett pu commencer par un Ame la Prouvengo di chato, et des hommes, et de l’histoire, et du passé et de tout. Par Calendai, par la substitution d’Esterelle a Mireille comme dame de-sa pensée et de son action, le poéte de trente ans, fidéle a des promesses, a des fiancailles, a un plan de vie, A une grande volonté ferme de ménager sur sa terre, épouse la Provence.

C’est la plus mistralienne de ses ceuvres, le poéme ov il y a tout Mistral et le pur Mistral, de méme que, dans Lou Pastre seulement, si Aubanel n’avait di le détruire, nous verrions tout Aubanel et le profond Aubanel. Quand, au bout de sept /ans, en 1867, Mistral publia son poéme, il y eut trois attitudes de l’opinion : froideur de la part du public, qui juge cette allégorie démodée, non seulement bien provencale, mais provinciale ; succés d’estime dans la critique, ol Mistral a des amitiés, ot les.

Méridionaux soutiennent leur compatriote, | et ot léclat du style, la création de la langue, le muscle des vers forcent l’admiration, Mais la ferveur pleine, la foi et l’estrambord qu’il voulait susciter, Calendal les trouve chez ceux-la seulement qui sont

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aux sourees du podme, qui ont vu depuis —

quinze ans Frédéric donner tout a Este-—

. Yelle, je veux dire A la Provence, ceux — qui connaissent jusqu’au fond, pour avoir

vécou avec Mistral, le contenu de ce mot, la Causo : les garcons d’honneur des noces de Calendal.

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» Dans une noce, il y a toujours un galéjaire qui en a & la jarretiére de la mariée (ici la Provence). Et done, entre les bons fdlibres provengaux et provinciaux, voici que parait un enfant terrible: c'est Alphonse Daudet, Mistral a raconté les farces de ce gamin nimois de Paris, qui montait

sur le parapet du pont d’Avignon en ‘criant aux Allobroges et aux Franchi- |

mands : « C’est 14 que nous avons jeté votre maréchal Brune! Vous y passerez aussi, si vous nous embétez.» Et voila du Léon en puissance. Le bon Mistral suivait, en Maillanais émerveillé, ce démon révéelateur. Il avait fait sa connaissance & Paris, lors de son voyage de 1859, dans la petite chambre de la rue Montmartre od il était descendu, et od ce Nimois a figure

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esl ‘ LA REPUBLIQUE DU SOLEIL 125

Ah ee he rae em 2 mee 9 mer mn te ar:

de pifferaro était venu un matin apporter un rayon da Midi, Il lui donnait 4 Maillane Vhospitalité dans la maison du Lézard, qu’il partageait avec sa mére. « Ah! disait Daudet, plus tard, la grande chambre de Mistral 4 Maillane! J’avais dix-huit ans, Jui vingt-huit (mettez-en deux ou trois de plus pour chacun) : son lit dans un coin, le mien dans l'autre, et des causeries sans fin ; puis quelquefois, au milieu de Ja nuit: Si nous allions en Avignon, qué! — et nous voila nous habillant 4 tatons, traversant pieds nus, nos hottines 4 Ja main, la chambre voisine ot dormait la chére maman Mistral, derriére son paravent. L’escalier, la porte, et zou! dans Je noir, dans Ja vallée du Rhone. En route pour Graveson et le train d’Avignon! Ville papale, orgiaque et sardanapalesque, ot nous n’allions pas réveiller Roumanille de Segur!» Je cueille cela le long d’un vieux journal qui cite dans ce texte un fragment de lettre de Daudet 4 Henry Fouquier. Si la gloire de

Roumanille était allée, comme celle de

Rostopchine, et comme telle autre plus

va

texte était-il de segur: en provengal pour

parisienne, se jeter dans celle de la famille de Segur, cela se saurait. Sans doute, le

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sir. Quant au galéjaire Daudet, ayons en lui la méme confiance qu’en Excour-

baniés ou Bompard. ll y a quatre kilo- e

métres de Maillane 4 Graveson, ot seuls sarrétent les trains intégralement omnibus, La Compagnie P.-L.-M. ne fit d’exception que lors du siége de Frigolet, le plus grand événement militaire du pays, qui mobilisa les états-majors, et-le jour ot M. Poincaré invita Mistral 4 diner dans le train présidentiel garé & Graveson. Mais, en 1860, on n’avait pas encore de ces égards pour. les félibres, et le dernier train passait peu aprés dix heures. Daudet brode un peu, de segur!

Enfin ce Daudet, secrétaire du président de la Chambre, applaudi dans les salons pour les Prunes, en bordée ‘chez les

félibres, a l’aller et au retour dece voyage -

d’Algérie ot il était allé restaurer un pou-

mon défaillant, et d’ot il rapportait la -

graine tartarine, lui qui, passant’a Maillane la Sainte-Agathe de 1867, y entendit en trois jours la lecture de Calendal, encore inédit (le beau tableau pour l’escalier d’un

hotel deville en Provence !), Daudet main- ~ tint pendant plus de trente ans avec Mistral une amitié qui eut ses secousses, mais

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LA REPUBLIQUE DU SOLEIL 127 eee

qui a ses secousses éprouva sa solidité, Chacun des deux fut témoin au mariage de l’autré, Mistral dés 1867 a celui de Daudet. L’ Arlésienne, dont l’anecdote était prise dans la famille de Mistral, Tartarin, ou le grand conteur du Midi tira sur la meére-grand, et qui le brouilla avec la masse des félibres, laissérent-ils vraiment, comme on l’a dit, un pli de rancune’ sur ce grand visage pur de Mistral, sur cette bienveillance de chaud optimisme qui — voyait et menait tout au mieux? Barrés écrit de Mistral, dans ses Cahiers, en racontant un déjeuner A Maillane : « Il ne peut pardonner 4 Daudet. » Je ne sais trop si Barrés, ce jour-la, a compris. Le Lorrain et le Provencal n’ont pas, sur ce point, de langage commun. Barrés détestait la forte plaisanterie, la grande charge, ne pouvait Souffrir Meilhac et Halévy, n’avait pas Plus de sens pour Tartarin que pour Rabe- lais. Le Provengal dit sans doute au Lorrain qu’il ne faut pas juger les Méridionaux d’aprés Tartarin; et que Daudet a répardu chez les Franchimands qui ne sont pas a la page des idées fausses sur le Midi. Voila tout, et c’est parfaitement vrai, D’ailleurs, parler Félibrige, et Midi, et

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Causo, avec des profanes, était ce que Mistral détestait le plus. Ajoutons que, superbe a l’inauguration de la statue de son vieil ennemi Jasmin, il devait au Félibrige, aux rancunes félibréennes contre l’auteur

de Tartarin, de ne pas assister en 1902 &

celle du monument de Daudet a Nimes :

le Félibrige n’y fut représenté que par Pascalon, je veux dire par le brave chancelier Mariéton, qui était Lyonnais, et n’avait pas de rancune. Mais tout cela, insistons, n’est qu’affaire d’Etat félibréen, de gouvernement dela République du Soleil, de ce qui est a dire officiellement et de ce qui n’est pas a dire; cela ne concerne pas le coeur.

Mistral était fier que la Provence eit, en Tartarin, son Don Quichotte. IJ ne regret-

tait qu’un point: que ce Don Quichotte n’ett ©

pas fondé la prose provencale, ala maniére dont l’autre fonde la prose castillane.

Mistral n’avait-il pas vu naitre Tartarin?

N’avait-il pas été un des premiers a entendre de Daudet les histoires de son cousin Reynaud, le Nimois a la moue, grand lecteur de Gustave Aimard, et prototype de son Tarasconnais? Car ce n’est pas, hélas! de la béarnaise, c’est de la littérature, que Grimod de la Reyniére aurait

da dire : « A cette sauce, on mangerait son pére! » Et loncle, la mére-grand, la Provence! Mistral n’avait-il pas encouragé Daudet a reprendre, avec des broderies algériennes et 4 la maniére des contes de l’Armana, le théme de la Chasse au Ghastre de Méry? Méry, Daudet, ce sont en Provence les diables qui portent pierre. L’un a fait chez les Parisiens la réputation de Marseille, l’autre la réputation de Tarascon. Est-ce que la Manche se plaignit jamais du manchot Cervantés? Daudet a été, chez les Franchimands, le félibre du dehors. Qu’est-ce que Tarfarin, sinon l’ceuf de canard couvé dans le bon poulailler de PArmana Prouvencau? Tarascon n’est qu’un grand Cucugnan. Et Mistral, qui pensait lapidairement, a écrit, comme toujours, le mot définitif, quand il a dit, en terminant ses Mémoires, que la mére lionne de Provence ne garde pas de rancune a son lionceau sil l’égratigne en jouant.

Garcons d’honneur des noces calendales?

Peut-étre, si on en établissait la liste par plébiscite, le premier nom donné par le

public ne serait-il pas le nom de Daudet, ni,

a plus forte raison, ceux de Roumanille et

d’Aubanel, de Mathieu ou de Mariéton, mais celui de Gounod. Ne nous faisons pas diillusions sur la popularité de la Mireille provengale. C’est un livre plus glorieux que lu. La langue provencale n’a jamais connu qu’un succés de librairie:

e’est lArmana, avec ses dix mille exemplaires. Un des meilleurs félibres d’aujourd’hui, né dans une famille ot |’on parlait provencal, me disait que son pére, qui admirait Mireille, la lisait souvent a sa famille. Il la lisait o1? Dans la traduc-

tion en vers francais du président Rigaud! |

La vraie Mireille est plus populaire chez les romanistes de Greifswald et d’Upsal que chez les patres et gens des mas. Mais il y a une Mireille pour le peuple.

fl y a une Mireille pour le peuple:

lopéra-comique de Gounod. En mars 1863, Gounod arrive 4 Maillane, avee le libretto de Barbier, le lit 4 Mistral, —qui, écrit Gounod a sa femme, en est siému qu’il pleure comme un enfant, —s’installeaSaint-Rémy, ou il touche l’orgue les jours de grande féte, y compose sa partition en trois mois de printemps, et en donne la pri-

meur le 24 mai, dans la salle de l’Orphéon, devant Mistral et quelques félibres.

En 1864, Mireille est jouée a 1 Opéra- Comique par Mme Carvalho, avec un magnifique succés. Le jour de la premiére représentation, Gounod, dans sa loge, présente a Mistral une belle jeune femme qui éblouit le Maillanais. C’est Jeanne Detourbey, a qui, s'il faut en croire Arthur Meyer,

- il aurait déclaré cet éblouissement. «Mistral,

écrit. Meyer, dans ses Mémoires, était célébre depuis la veille: il est devenu illustre depuis... I] venait 4 Paris pour la premiére fois: » Le pauvre Meyer, illettré a un point fabuleux, et qui se promenait sans dotite ce jour-l4 dans les loges avec une pacotille de lorgnettes, nous fournit la preuve que, pour le peuple, il n’y a pas d’autre Mireille que la Mireille én musique, la Mireille de Paris. Non plus que la fruitiére du coin; il n’en connait d’autre, ni 6 siippose que les Parisiens en aient connti d’autre, et il place par conséquent en 1864 tout ce qu’il a entendu dire de 1859.

Mistral retrouva l’année suivante Jeanne Detourbey au chateau de Belleau, dans la Dréme, ot Bravay, le nabab d’Alphonse - Daudet,; recevait d’tne maniére orientale

et dorée, et ot Mistral passa huit jours. Il parait qu’on pressait alors Mistral de se fixer a Paris, qu’elle l’en détourna, qu’elle le détourna aussi de l’aimer. Louise Colet, Jeanne Detourbey, il nous plait toutdeméme que des Parisiennes qualifiées aient parfois frolé la destinée du poéte de Maillane.

Tout se retrouve: le monde est si petit !

Jeanne Detourbey devint plus tard la comtesse de Loynes. Elle contribuera, trente ans aprés l’avoir connu, a faire entrer Mistral dans sa Ligue de la Patrie francaise. C’est a cause d’elle que nous trouvons dans les Impressions “*e Thédtre de Jules Lemaitre un article sur la Reine Jeanne. Et c’est d’elle que, le 20 février 1912, Mistral écrit 4 Meyer : « Dans mes derniers voyages de Paris, je fus plus d’une fois convié a sa table, parmi tous ces illustres dont vous citez les noms».

J’aime cette filiére: la Mireille del’ Opéra- Comique, la Magali des pianos, Arthur Meyer, la chronique parisienne, tout un sousproduit mistralien qui montrait a Mistral ce qui l’attendait s’il ne fat resté Provencal en Provence, s'il n’eit, 4 la table de Paris, décliné le plat de lentilles, que passait, dans un grand style, le maitre d’hotel Meyer.

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