SIÈGES DE MAGNÉSIE ET DE STRATONIGÉE
au contraire, les différentes factions se réconcilièrent et firent cause commune devant l'étranger; le chef de l'opposition, Hermias, s'expatria même volontairement pour laisser la place libre à son rival Crétinas, et, sous l'habile direction de ce patriote, la ville, très forte, repoussa tous les assauts d'Archélaos : le général pontique, grièvement blessé, finit par lever le siège (1). Stratonicée fut assiégée par le roi en personne, prise d'assaut et durement traitée : les promoteurs de la résistance furent réduits en esclavage, la ville paya une forte contribution de guerre, perdit son territoire, ses franchises politiques et reçut une garnison pontique ; en revanche, elle eut l'honneur de fournir à Mithridate sa nouvelle reine, Monime, fille de Philopémen (2).
La prise de Stratonicée couronnait la conquête de l'Asie romaine. Tandis que Mithridate parcourait la province pergaménienne , ses lieutenants lui avaient soumis la province cilicienne , c'est-à-dire la Cilicie trachée et la Pamphylie. De toute la péninsule, il ne restait sous les armes que les Paphlagoniens et les Lyciens qui, protégés par leurs montagnes, se battaient moins pour Rome que pour leur indépendance séculaire.
L'Asie Mineure était conquise, mais la conquête ouvrait l'ère des difficultés. La première et la plus redoutable était la question des résidents romains. Plus de cent mille de ces étrangers s'étaient fixés depuis un siècle en Asie Mineure, tant dans les provinces romaines que dans les États chents. Groupés dans les villes, puissants par leur crédit et leurs accointances plus encore que par leur nombre , ils détenaient une grande partie de la richesse mobilière du pays; la plupart exerçaient la profession de ban-
(1) Appien, Mith. 21; Liv. ep. 81 ; Plutarque , Praec. ffo: reip. XIV, 3-4 (p. 988, Did.). Ce? auteurs nomment simplement Magnésie, mais Pausanias I, 20, 5 désigne expressément Magnésie du Sipyle, et comme il était presque du pays, son témoignage doit être accepté. Pour soutenir qu'il s'agit de Magnésie du Méandre on invoque le texte de Tacite, Ann. III, 62 (confirmé par Strabon XIV, 1, 40) qui nous montre cette ville, sous Tibère, faisant valoir sa f dea ac virtus ancienne, et rappelant que le droit d'asile attaché à son temple (temple d'Artémis Leucophryné) a été respecté par L. Scipion et L. Sylla, ille Antiocho, hic Mithridate jjuhia. Mais cette phrase prouve tout au plus que, lors du massacre de 88, les Magnètes du Méandre ne violèrent pas le sanctuaire d'Artémis, ce qui put leur mériter l'indulgence de Sylla. C'est Magnésie du Sipyle que Sylla déclare ville libre (Strabon XIII, 3, 35), et ce fait, joint au texte de Pausanias, est décisif; la ville fut aussi relevée d'un tremblement de terre par Tibère (Tacite, Ann. II, 47). Concluons que la Magnésie qui se déclara pour Mithridate (Appien, 3{ith. 19) est bien Magnésie du Méandre.
(2) Pour Stratonicée, voir, outre Appien, Mith. 21, le sénatus-consulte de Lagina, Appendice, II, no 18.