‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 99 sur 417 · CONQUÊTE DE L'ASIE ROMAINE · texte numérisé non relu

CONQUÊTE DE L'ASIE ROMAINE

montrant aux populations étonnées le proconsul romain de Cilicie réduit à orner le cortège de son vainqueur (1).

La destruction successive des quatre armées romaines, la capitulation de la flotte et des forteresses phrygiennes, la conquête de la Bithynie et de la Mysie ouvraient à Mithridate le cœur de la province d'Asie. Sa marche à travers l'ancien royaume de Pergame ressembla moins à l'invasion d'un conquérant qu'à la pompe d'un triomphateur. Il paraît être entré dans la province par le sud, en suivant la vallée du Méandre où l'avait conduit le siège d'Apamée et de Laodicée (2). Les villes situées sur son passage, Tralles (3), Magnésie du Méandre (4) lui firent des réceptions enthousiastes. Même empressement dans l'Ionie : Éphèse abattit les statues qu'elle avait élevées aux gouverneurs romains et effaça toutes les inscriptions qui rappelaient leur domination. Des villes les plus lointaines arrivaient des invitations, des adresses où fleurissaient les épithètes hyperboliques en l'honneur du nouveau Dionysos, du Père, du Sauveur de l'Asie (5).

A Éphèse , le roi retrouva sa flotte et s'embarqua pour recevoir la soumission des îles. Chios se rendit à contre -cœur, Lesbos avec élan. Les gens de Mitylène, pour faire leur cour au vainqueur, cernèrent la maison où le consulaire Aquilius était cloué par la maladie , et l'amenèrent , chargé de chaînes , à Mithridate (6). Toute la colère du roi s'abattit sur ce misérable, qu'il

(1) Appien, Mitli. 20. Au contraire, Posidonius dit qu'Oppius fut mis aux fers, et telle paraît avoir été la version de Tite-Live (ep. 78 : Mithridates... Q. Oppium lyroconsulem... in vhicula conjecit).

(2) Le récit d' Appien est ici tellement confus qu'il est impossible de reconstituer avec certitude l'itinéraire de Mithridate. Après la conquête de la Phrygie , il fait conquérir par Mithridate personnellement la Mysie et V C( Asie », par ses lieutenants la Lycie, la Pamphylie et les pays jusqu'à l'Ionie (c'est-à-dire la Carie). Ensuite Mithridate soumet Laodicée du Lycos ; puis on lui livre Manius Aquilius : il visite Pergame, Magnésie, Ephèse , Mitylène , et, en revenant d'Ionie, prend Stratonicée. On peut s'assurer en regardant la carte que cette énumération de villes et de provinces , prise à la lettre , prête à Mithridate des allées et venues absolument incohérentes.

(3) Les Tralliens s'étaient renseignés auprès des dieux sur Tissue de la guerre : un enfant extatique contempla dans l'eau l'image de Mercure et prédit en 160 vers tout l'avenir. (Varron chez Apulée, Apologie, H, p. 439 Bétol. ; 228 Didot.)

(4) Appien dit simplement Magnésie, mais on verra plus loin que Magnésie du Sipyle refusa l'obéissance.

(5) Diodore, fr. XXXVII, 26 ; Cicéron, Pio Flacco, XXV, 60-61.

(6) Les Mityléniens livrèrent plusieurs hôtes (Velléius Paterculus II, 18). Ainsi s'explique sans doute le fragment de Diodore fr. XXXVII, 27 où il est dit qu'Aquilius, cerné dans sa maison, se tua xaïuep véoç civ TiavTsXw; t^v y;Xixîav ; il s'agit peut-être du fils du consulaire

SORT D'AOUILIUS.

considérait, non sans raison, comme Fauteur responsable de la guerre. En prenant le commandement d'une armée, Aquilius avait implicitement renoncé à ses privilèges d'ambassadeur; aussi fut-il traité comme un vulgaire prisonnier de guerre, sans égard pour ses infirmités et son glorieux passé de soldat. On le traîna à travers les villes d'Asie, tantôt lié sur le dos d'un âne, tantôt, quand il pouvait marcher, attaché par une chaîne à un énorme Bastarne qui le précédait à cheval; on le forçait, à coups de verges, de proclamer lui-môme son nom et sa honte. Pergame vit le terme de la promenade triomphale de Mithridate et apporta au malheureux Aquilius la fm de ses souffrances : suivant une version, il succomba aux coups et aux mauvais traitements; suivant une autre, on lui coula de l'or fondu dans la bouche et il périt par où il avait péché (1).

L'adulation et la crainte entraient bien pour une part dans l'empressement des Grecs d'Asie à saluer la victoire de Mithridate, mais dans son ensemble le mouvement était aussi sincère qu'irrésistible. Le célèbre rhéteur Diodore Zonas, de Sardes, accusé par les Romains d'avoir provoqué la défection des cités helléniques, n'eut pas de peine à se laver d'une accusation puérile (2) : aucun complot n'était nécessaire pour entraîner au-devant du libérateur étranger ces populations durement opprimées, que la conquête pontique venait débarrasser du joug des proconsuls, des publicains et de leur séquelle. Le régime romain ne laissa de regrets que chez une fraction de l'aristocratie financière et dans quelques cités qui, pour des causes diverses, avaient été particulièrement favorisées. Telles furent Adramyttion de Mysie, Magnésie du Sipyle, Stratonicée de Carie. A Adramyttion, le sénat se déclara pour Rome, mais le stratège Diodore, philosophe, avocat et rhéteur célèbre, massacra les sénateurs, sans doute avec l'appui de la plèbe, et livra la ville aux royaux (3). A Magnésie,

ou d'un de ses collègues. Il est certain que Manius Aquilius endura tous les outrages et ne se tua pas (Valère Maxime IX, 13, 1).

(1) Posidonius ne connaît pas le supplice d' Aquilius; Cicéron (Pro lege Manilia, V, 11 et Tusc. Y, 5) le fait mourir sous les verges ; la version de l'or fondu paraît pour la première fois chez Pline, XXXIII, 48 et Appien, Mith. 21 ; peut-être provient-elle de Tite-Live. En réalité, on était si mal renseigné sur le sort du consulaire qu'au traité de Dardanos Sylla stipula sa mise en liberté (Licinianus, p. 3-1, Bonn). Le Schol. Gronov. surleP/-o lege Manilia (p. 439 Orelli) a visiblement confondu Aquilius avec M. Atilius (Régulus),

(2) Strabon XIII, 4,9.

(3) Strabon XIII, î, G<;.

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