‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 102 sur 417 · MASSACRE DES ROMAINS · texte numérisé non relu

MASSACRE DES ROMAINS

tructions secrètes furent adressées par Mithridate à tous les gouverneurs récemment installés dans les provinces conquises, ainsi qu'aux magistrats des villes libres. Ces instructions portaient qu'au trentième jour de la lettre , on eût à faire main basse sur tous les résidants de langue italienne, ingénus, affranchis ou esclaves, sans distinction d'âge ni de sexe; on s'attachait à la langue, c'est-à-dire à la race, et non à la nationalité, sans doute parce que depuis le vote des lois Julia et Plautia Papiria , il devenait très difficile, à l'étranger, de distinguer entre les citoyens romains et ceux des alliés italiens qui étaient encore dépourvus du droit de cité. Les corps des victimes devaient être laissés sans sépulture , les biens partagés entre le fisc royal et les municipalités. Pour mieux assurer l'exécution du décret, des récompenses étaient promises aux esclaves et aux débiteurs qui tueraient leurs maîtres ou leurs créanciers, ou qui dénonceraient leur retraite : aux esclaves, la liberté; aux débiteurs, la remise de la moitié de leurs dettes. En revanche, il y avait des amendes sévères pour quiconque offrirait un asile aux vivants ou une sépulture aux morts.

Ces mesures produisirent l'effet attendu. Quand le jour fatal se leva, le massacre s'accomplit presque partout avec une effrayante ponctualité. Vainement les proscrits, au premier signal, se réfugièrent dans les temples , au pied des autels et des saintes images ; la haine fit taire la religion, et les lieux d'asile les plus anciens, les plus vénérés furent profanés et souillés en ce jour : tels furent le temple d'Artémis à Éphèse, celui d'Esculape àPergame, d'Hestiaà Cannes, de la Concorde à Tralles. Ici les suppliants furent arrachés de vive force et égorgés sur le parvis du temple; là on leur coupa les mains; ailleurs on les perça de loin à coups de flèches. A Cannes, par un raffinement de cruauté, on tua d'abord les enfants sous les yeux de leurs mères, puis les femmes sous les yeux de leurs maris. A Adramyttion, les fugitifs furent poursuivis jusque dans la mer et noyés sans pitié, adultes et enfants. A Tralles, les bourgeois, par un singulier scrupule, ne voulurent pas se souiller du sang de leurs hôtes, mais ils traitèrent à forfait avec un capitaine paphlagonien , Théophile, qui se chargea de les en débarrasser. Çà et là , quelques Romains désarmèrent la fureur des bourreaux en reniant leur nationalité , en échangeant la toge pour le manteau grec ; de ce nombre fut l'illustre proscrit

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