CONFISCATIONS
Rutiliusà Mitylène (1). A Cos, à Calymna, à Magnésie du Méandre, le droit d'asile fut temporairement respecté , mais les proscrits du se hâter de gagner Rhodes , la seule terre voisine qui pût leur rester impunément hospitalière (2). Au total, les « Vêpres éphésiennes » firent 80,000 victimes (3); 15,000 esclaves libérés furent incorporés dans la phalange (4). Le butin fut énorme : joint aux restes des trésors des Attale, recueillis dans la citadelle de Pergame, il permit à Mithridate d'exempter les Asiatiques de tout tribut pour une période de cinq ans (5), et aux villes de rembourser leurs dettes. Il faut dire que, dans certains cas, le fisc royal étendit la main sur des biens qui n'étaient pas compris dans les termes du décret primitif : ainsi, à Cos, il s'attribua 800 talents, déposés par les banquiers juifs dans les temples de l'île (6), et les trésors d'un prince égyptien, le jeune Ptolémée Alexandre II, qui fut lui-même expédié dans le Pont (7).
(1) Cicéron, Pro Rahirio j^ostumo, X, 27. Cp, Posidonius : ol ôè /O'.tîoI ('Pwfjiaîoi) IxexafjLiçiscâjjLevot TeTpàytova î[j.âTta... Rntilius demeurait alors à Mitylène ; plus tard il se fixa à Smyrne (Dion, fr. 97 ; Cicéron, Brut. XXII, 85 ; De Rep. I, 8, 13 ; Suétone, Dz gram. 6 ; Orose V, 17), où il obtint le droit de cité (Cic. Pro Balho , XI, 28 ; Tacite, Ann. IV, 43).
(2) Pour Cos, Tacite, .4 Jiji. IV, 14; pour Calymna (les a îles flottantes d Calammae), Pline II, 209. Pour Magnésie du Méandre, cf. siqirà, p. 128 note 1. On peut, en outre, arguer du silence d'Appien qui ne nomme pas le temple d'Artémis Leucophrj^né parmi les sanctuaires profanés.
(3) Chiffre de Memnon, c. 31, et de Yalère Maxime IX, 2, ext. 3. Plutarque, Sijlla^ 24, compte 150,000 morts.
(4) Plutarque, Sijlla, 18.
(5) Justin XXXVIII, 3, 9. Mais Justin a tort d'ajouter débita privata reniittit; ceci n'eut lieu qu'en 86. — En général, pour ce massacre, voir, outre nos sources ordinaires (Appien, Memnon, Posidonius), Florus I, 40 ; Vell. Paterculus II, 18 ; Cicéron, Pro lege Manilia, III, 7; Eutrope V, 6, d'après lequel le décret fut rendu à Ephèse. Memnon est le seul auteur qui place le massacre après l'expédition de Rhodes; cela est peu probable, et Posidonius, qui, dans le discours d'Aristion , mentionne le massacre , ne paraît pas encore connaître cette expédition. Le tableau d'Orose VI, 2 (reproduit par saint Augustin, Civ. Dei, III, 22), qui représente les Asiatiques comme des bourreaux malgré eux, est de pure fantaisie ; il a peutêtre sa source dans Tite-Live, qui, en sa qualité de philhellène, devait tâcher d'atténuer les torts des Grecs d'Asie.
(6) Strabon chez Josèphe, Ant. XIV, 7, 2, (D'après Strabon, Mithridate envoie à Cos ; d'après Appien, il y va lui-même.) Il ne s'agit pas du tout, comme le croit Josèphe, d'argent destiné au temple de Jérusalem. Voir, sur ce curieux épisode et les motifs probables de la confiscation, mon article mtit\û.è Mithridate et les Juifs dans la Revue des études juives jX.YI, 204.
(7) Appien, Mith. 23 ; B. Civ. I, 102. Alexandre II doit avoir été envoyé à Cos par son aïeule Cléopâtre lorsqiie celle-ci chassa son fils aîné, Ptolémée Lathyre, du trône d'Egypte, pour y appeler le cadet, Ptolémée Alexandre (père d'Alexandre II). Au moment du massacre, il est probable que la contre-révolution d'Alexandrie (qui se place précisément en 88) avait déjà eu lieu : Cléopâtre et Alexandre P'' étaient morts, Lathyre restauré. Mithridate consi-