AMBASSADE DES SAMNITES
Les Vêpres éphésiennes ne simplifiaient qu'en apparence la situation politique de Mithridate. Si ce massacre arrêtait net la propagande romaine en Asie et créait entre le roi de Pont et ses nouveaux sujets le lien énergique du sang versé en commun, d'autre part Mithridate avait par là imprimé à sa lutte contre Rome un caractère féroce et implacable qui ne laissait plus de place à un accommodement définitif. Entre lui et les Romains il y aura désormais un gouffre de sang que rien ne pourra combler, et les traités que signeront les deux adversaires ne seront plus que des armistices. En second lieu, Mithridate, en ne distinguant pas dans cette boucherie entre les Romains et leurs alliés de langue italienne, vouait à un insuccès certain les tentatives d'alliance caressées depuis plusieurs années entre le Pont et les débris de l'insurrection italique. Encore à la veille du massacre, des délégués des Samnites et des Lucaniens, les seuls peuples restés sous les armes , s'étaient présentés à Éphèse et avaient sollicité l'intervention de Mithridate en Italie ; il répondit évasivement qu'il s'en occuperait dès qu'il aurait achevé la conquête de l'Asie. Les députés durent se contenter d'un espoir incertain et de quelques secours pécuniaires (1).
Si Mithridate se dérobait au rôle d'un Pyrrhus, en revanche le rôle d'Antiochus le Grand s'imposait à lui comme une fatalité irrésistible. Il avait si bien épousé la haine nationale des Grecs d'Asie contre Rome , si bien identifié sa cause avec celle de l'hellénisme, qu'il ne pouvait plus se soustraire à l'obligation de se présenter comme champion et restaurateur de la liberté grecque sur la côte européenne, aussi bien que sur la côte asiatique de l'Archipel. Le personnage une fois accepté, il fallait le soutenir jusqu'au bout; s'étendre, c'était peut-être s'affaiblir, mais s'arrêter,
dérait Alexandre II comme un atout dans le jeu futur de sa politique; il le fit élever royalement.
(1) Sur l'ambassade des Italiens : Posidonius, loc. cit. (p. 2G8 h Didot) ; Diodore, fr. XXXVII, 2, 11. A cette démarche se rattachent les deniers anépigraphes italiens dont le revers représente le débarquement espéré de Mithridate et probablement aussi le statère d'or unique (Cabinet de France) aux types dionysiaques avec la légende osque Mi (iiius) legim Mi (ni f.). Voir, sur ces monnaies, BOMrois, l'ypes monétaires de la guerre sociale (Paris, 1873), p. 28 et pl. III, 1 (statère); p. 105 et pl. III, 5 (denier); Fuiedlaender, Osl-ische Miinzen, p. 84; MOMMSEN, Rœmisches Mûnzwesen, p. 406 et 587; Friedlaender et Vox Sai.- LET dans la Zeitschriftfiir NumismatiJc, IV, 14 et 237 ; Keixach, Trois roijaumes, p. 197; Babe- LON, dans la Revue des études grecques, II, 145. M. Babelon pense avec raison que ces monnaies, en particulier les statères d'or, ont été frappées avec des lingots fournis par Mithridate.