‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 105 sur 417 · LES ROMAINS EN GRÈCE · texte numérisé non relu

LES ROMAINS EN GRÈCE

c'était reculer. D'ailleurs Mithridate n'eut pas à. provoquer la défection des Grecs d'Europe; ce furent eux qui vinrent le chercher. Pour comprendre cette démarche, quelques explications sont nécessaires.

Les Grecs d'Europe n'avaient pas les mêmes motifs que leurs frères d'Asie de se révolter contre la domination romaine. Dès le premier jour, cette domination s'était présentée chez eux sous les formes les plus indulgentes, les mieux déguisées, sans son cortège ordinaire de proconsuls, de publicains, de prisons et de tortures. La lutte contre la Macédoine avait fourni à Rome le premier prétexte d'intervenir en Grèce ; elle s'y présenta non comme conquérante, mais comme libératrice. Plus tard, lorsque la ruine de la Macédoine et la prise d'armes insensée des Achéens semblèrent délier les Romains de leurs engagements et les dispenser de sauver les apparences, ils continuèrent cependant à user modérément de leur victoire. La Macédoine fut réduite en province, la Grèce propre ne le fut pas : on eût dit que Rome éprouvait une certaine pudeur à s'asservir ces contrées, berceau de sa propre civilisation. Elle ne prit que les mesures indispensables pour y assurer son influence d'une manière incontestée. Corinthe fut détruite, les deux autres forteresses que les Macédoniens appelaient « les entraves de la Grèce », Chalcis en Eubée et Démétriade en Thessalie, reçurent des garnisons romaines. Les confédérations de cités, cette forme rudimentaire de l'association politique que le génie grec n'avait jamais dépassée, furent dissoutes ou réduites au rôle modeste d'associations religieuses. Chaque république, — et l'on en comptait plus de cent, — conserva, en théorie, son autonomie, ses lois, ses magistrats. Seulement ces prétendus États souverains perdirent, en général, le droit de frapper de la monnaie d'argent, et la démocratie céda partout la place à des gouvernements oligarchiques ou censitaires, inféodés aux intérêts de Rome. Pour s'indemniser de ses frais de police, le gouvernement romain s'appropria des terres assez étendues en Eubée, en Béotie et sur l'isthme; en outre , il exigea de la plupart des villes un tribut modique, mais il y eut à cette règle de nombreuses exceptions, garanties par des traités particuhers. Enfm le gouverneur de Macédoine, chargé de la protection militaire de la Grèce , exerça, même sur les cités nominalement indépendantes, une sorte de tutelle administrative.

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