ROME ET ATHÈNES
- Tel fut, dans ses grandes lignes, le système, assurément fort supportable, par lequel Rome sut concilier en Grèce Fintérêt de sa domination avec Tamour-propre susceptible de ses protégés hellènes. Au reste, quel besoin y avait-il d'assujettir par des liens plus rigoureux une nation que sa faiblesse rendait désormais inoffensive? L'expansion de Thellénisme sur TOrient depuis Alexandre, le déplacement des voies commerciales, les révolutions incessantes, les luttes sociales, les guerres minuscules de cité à cité, les progrès effrayants de Fégoïsme et de l'immoralité chez les particuliers, toutes ces causes avaient, dès le temps de Polybe, prodigieusement appauvri et dépeuplé l'Hellade : elle était morte comme l'arbre qui succombe sous le poids de ses fruits, pendant que des rejetons vivaces bourgeonnent gaiement autour de ses racines sans sève. Le Grec semblait même s'être définitivement résigné à sa destinée; s'il méprisait toujours au fond du cœur le conquérant romain, auquel il se sentait supérieur par l'intelligence et la civilisation, il ne songeait plus guère à secouer le joug, mais à s'insinuer dans les bonnes grâces du maître et à exploiter à son profit les faiblesses de celui-ci (1).
Au miheu de cette terre épuisée, une seule ville témoigne encore une certaine vitalité, sinon politique, du moins économique et littéraire. Cette ville, c'est Athènes. Rome n'avait pas en Grèce d'alliée plus dévouée. Depuis que, dans le dernier quart du troisième siècle, les Athéniens s'étaient fait recevoir au nombre des amis et alliés de Rome, pour échapper à la tutelle humiliante de la Macédoine (2), leur fidéhté ne s'était jamais démentie; elle était passée en proverbe (3) et leur avait valu le traitement le plus favorable de la part des Romains. Seule de toutes les républiques de la
(1) Pour tout ce tableau, comparer Hertzberg, Histoire de la Grèce sous la domination des Romains, ch. iii (tome I, p. 29G et suiv. de la trad. fr.). Est-il bien nécessaire de démontrer encore la non-existence d'une province séparée d'Achaïe à cette époque? Cp. notamment .le sénatus-consulte de l'an 78 (C. I. L. I, n» 203) qui recommande des capitaines de vaisseau deMilet, Clazomène et Carystos (Eubée) aux gouverneurs à' Asie et de Macédoine (1. 30). Dans le sénatus-consulte de Stratonicée de Tan 81, les mêmes provinces sont désignées sous les nom à\Uie et de Grèce. Pour le tribut, cp. Pausanias, VII, 16, 6; pour la décadence morale, Polybe, fr. XXX VII, 4.
(2) Les premières relations diplomatiques de Kome avec Athènes remontent à l'an 228 (Polybe II, 12, 8). La conclusion d'un traité d'alliance formel, /œJ/ti- œjuum (Tacite, Ann. II, 53) dut avoir lieu peu après, probablement sous la menace de Philippe V de Macédoine. Déjà dans le traité de 205 entre Kome et Philippe (Tite-Live XXIX, 12) Athènes figure comme alliée de Rome.
(3) Velléius Paterculus II, 23.