DÉCADENCE D'ATHÈNES
affluaient les dons des rois et des peuples, à ses fêtes religieuses qui étaient en même temps des foires de commerce, à son industrie métallurgique, à son port, amélioré par d'importants travaux, Délos était déjà Tun des points les plus visités et les plus riches de FArchipel ; la ruine de Corinthe en fit le grand entrepôt de la mer Égée et peut-être le premier port de commerce du monde, après Alexandrie : même Rhodes vit détourner vers Délos une partie de son trafic. Pour la vente du bronze et de la chair humaine, le marché délien n'avait pas de rival : dix mille esclaves y changeaient parfois de maîtres en un seul jour. Le port était franc, mais les transactions commerciales opérées dans file donnaient lieu à des perceptions importantes, et ces droits formaient désormais, avec le produit des mines du Laurion, le principal revenu de rÉtat athénien. Aussi le gouverneur ou cpimélète de Délos était-il un des premiers personnages de la république, et le fermier des impôts déliens habitait le plus bel hôtel d'Athènes.
On serait tenté de croire, d'après ce tableau, qu'Athènes n'avait pas seulement dû accepter sa situation nouvelle avec résignation, comme le reste de la Grèce, mais avec reconnaissance. L'attitude de la république pendant les guerres contre Philippe, Persée et les Achéens , les hommages et les flatteries qu'elle prodiguait à Rome , à son sénat , à ses grands hommes , confirmeraient de prime abord cette supposition. En réalité cependant, un observateur perspicace, au commencement du premier siècle avant notre ère, n'aurait pas eu de peine à discerner, sous ce bruyant dévouement officiel, des sentiments d'une nature bien différente. Rome avait cru pouvoir impunément ménager, choyer, grandir Athènes parce qu'Athènes n'était plus que l'ombre d'elle-même; qu'avaiton à redouter d'un peuple qui ne savait plus faire la guerre qu'avec des discours (1), qui pouvait à peine armer assez de troupes pour étouffer les révoltes des esclaves publics, qui, faute d'argent, ne construisait plus de trirèmes, mais seulement de longs vaisseaux non pontés, les trlhcmiolies (2)? Les magnifiques arsenaux du Pirée étaient vides, les Longs Murs gisaient en ruine; c'était par une espèce d'ironie qu'on avait préposé à la marine déchue de la république un fonctionnaire spécial, le navarque (3), et que
(1) Tite-Live XXXI, 44.
(2) Hésychius s. v. TpiY]{jLto),iai.
(3) Bull. corr. hell. VI, 280.