‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 109 sur 417 · IMPOPULARITÉ DE LA DOMINATION ROMAINE · texte numérisé non relu

IMPOPULARITÉ DE LA DOMINATION ROMAINE

le premier magistrat de cette démocratie si peu militaire s'appelait le « stratège des armes ». Mais plus Athènes se sentait impuissante, plusTombre d'empire que Rome lui avait rendu, en évoquant rimage d'un glorieux passé, devait irriter ses regrets. Même cette durable royauté intellectuelle, qui faisait d'elle l'école de ses maîtres et la conquérante de ses vainqueurs, n'était pas sans danger. Plus que jamais, la cité de Pallas servait de rendez-vous à tous les beaux parleurs de la Grèce, aux sophistes à la mode, aux politiciens de carrefour; et sous chaque rhéteur il y avait un amant inconsolé de la liberté et de la gloire nationale, un homme d'État en expectative , qui gémissait de ne pas trouver un emploi digne de ses facultés et aspirait ardemment vers la révolution qui seule pouvait le mettre à sa place. Ces hommes vivaient dans le passé; c'était leur gloire, mais aussi leur malheur. Ils s'étaient faits si bien les contemporains des Périclès et des Démosthène qu'ils étaient devenus des étrangers au milieu d'un monde nouveau; étrangers volontaires, qui ne se rendaient pas un compte exact des grands changements produits autour d'eux, qui n'en apercevaient pas les causes profondes. Déjà Polybe reprochait à ses compatriotes de méconnaître les raisons et la nature du succès de Rome, de n'y voir qu'un coup de la fortune, éphémère comme tous les hasards. Le Péloponnésien Polybe n'avait pas convaincu les beaux esprits d'Athènes ; ils s'obstinaient à se nourrir de rêves, et cherchaient à les propager, dans l'espoir d'en faire des réalités. La décadence de la patrie, on ne pouvait la nier, mais c'était Rome, et Rome seule, à les entendre, qui en était cause ; c'était la faute des Romains si le Pnyx ékiit désert, les tribunaux sans affaires, le théâtre sans voix, le Pirée sans navires. Il faut ajouter que Rome, dans ces derniers temps, avait fourni un prétexte plausible aux récriminations en intervenant d'une main un peu lourde dans les affaires intérieures de la république. Une surveillance tracassière était exercée sur les écoles, les gymnases, les temples, la procession éleusinienne, foyers ou occasions possibles d'agitation politique ; des modifications avaient été apportées au gouvernement dans un sens oligarchique; enfin, probablement à la suite des sanglantes révoltes d'esclaves à Délos et au Laurion (l), le sénat avait décidé de reviser complètement la cons-

(1) Posidonius, fr. 35 Miill.; Diodore XXXIV, 1, 18 ; Orose V, 9, 5.

Page 1