‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 110 sur 417 · ATHÈNES ET LES MITHRIDATE · texte numérisé non relu

ATHÈNES ET LES MITHRIDATE

titution athénienne : au moment de l'invasion de Mithridate, Athènes n'avait pas de magistrats élus et attendait une charte nouvelle du bon plaisir de Rome (I).

Dans un terrain si bien préparé , on comprend l'impression profonde que dut produire la nouvelle des victoires de Mithridate. Déshabitué de compter sur lui-même, le peuple grec avait attendu longtemps, avec une foi robuste, un libérateur étranger, un deus ex machina, comme dans la tragédie antique: beaucoup d'Hellènes avaient même salué dans Persée le messie espéré (2). Si Athènes ne s'était pas associée à ces espérances et aux tentatives d'émancipation qu'elles enfantèrent, c'est d'abord qu'elle avait trouvé son profit immédiat dans les succès de Rome, c'est ensuite parce que la plupart de ces tentatives s'étaient faites sous les auspices de l'ennemi héréditaire, le Macédonien. Le cas actuel était différent. L'étoile de Rome paraissait avoir subi une éclipse définitive, et le vainqueur, loin d'éveiller chez les Athéniens aucune vieille rancune, était l'héritier d'une dynastie qui depuis trois siècles n'avait jamais cessé de courtiser leur république. On montrait encore à l'Académie le buste de Platon offert par le lointain ancêtre d'Eupator, Mithridate, fils d'Orontobate ; on lisait dans Démosthène comment le satrape Ariobarzane s'était fait recevoir, avec ses trois fils, citoyen d'Athènes. Un gymnase athénien préservait le souvenir des bienfaits de Mithridate Évergète. Son fils était le patron du collège des Eupatoristes et les sanctuaires déliens regorgeaient de ses offrandes (3). Comment les flâneurs patriotes de l'Agora n'auraient-ils pas salué avec une vive espérance les triomphes d'un roi philhellène, presque athénien, qui avait si glorieusement renoué naguère au nord de l'Euxin les traditions de la politique athénienne, qui comptait parmi ses capitales deux colonies attiques, Sinope et Amisos? Si vraiment l'hellénisme pouvait encore compter sur un sauveur, c'était bien là l'homme prédestiné pour rendre à la race hellénique la primauté dans le monde et aux Athéniens la primauté dans la Grèce.

Les amis de Rome, étourdis du coup, furent réduits au silence.

(1) Posidonius, fr. 41 passim; surtout ce passage : [xy; àv£/£70ai tr,; àvapyja; riv r, 'Pw[jLxia)v auyx),7iTo; ÈTTiax&Oyîva'. Ti£7i&i-/T/.£v, sco; aOxri ooxi[xà7r] Tiepi Toù uôi; yiaà; 7xo/.'.T£'J;c6ai

(2) Polybc, fr. XXVII, 7.

(.3) Voir les inscriptions à VAppendic:i , II, n"^* ô-lO.

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