‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 111 sur 417 · AMBASSADE D'ARISTION · texte numérisé non relu

AMBASSADE D'ARISTION

Il fat décidé qu'on enverrait un ambassadeur secret auprès de Mithridate pour tàter le terrain, reconnaître la situation et engager, s'il y avait lieu, des négociations en vue d'une alliance définitive. L'ambassadeur choisi fut un sophiste du nom d'Aristion (1), le fils naturel du. philosophe Athénion, chef de l'école péripatéticienne, et d'une esclave égyptienne. L'enfant avait reçu une éducation soignée et, sur son lit de mort, le père le reconnut. Philosophe lui-môme (2), Aristion ne tarda pas à ouvrir boutique de sagesse et d'éloquence. Il professa avec succès à Messène, à Larisse; puis, de retour à Athènes, il épousa une jolie femme et une jolie dot. Sa faconde intarissable lui valut une brillante clientèle et bientôt un commencement d'influence politique; il paraît que Mithridate l'employa, dès avant 88, comme son agent secret auprès de certaines villes de la Grèce (3).

Aristion débarquait à Éphèse au moment où s'achevait la conquête de l'Asie Mineure. Mithridate lui fit le plus gracieux accueil. L'Athénien reçut le titre honorifique d'« ami du roi », on le combla de cadeaux et de promesses. Le vaniteux sophiste fut ébloui, fasciné. Il écrivit lettre sur lettre à ses concitoyens pour leur décrire en termes de flamme les prodigieux événements dont il était témoin; il ne fallait pas hésiter, disait-il, à se tourner vers le soleil levant. Au lendemain du massacre des Italiens, il remit à la voile, chargé d'or, suivi d'un troupeau d'esclaves, et portant au doigt un anneau sur lequel Mithridate avait fait graver son portrait. La tempête le jeta sur la plage de Carystos, en Eubée; mais les Athéniens l'y envoyèrent chercher sur un vaisseau de guerre de la république, et bientôt il fit au Pirée une entrée triomphale,

(1) Tel est le nom que lui donnent tous les auteurs sans exception et les médailles; seul Posidonius l'appelle invariablement Athénion, comme son père. De là de nombreuses controverses. Il n'est pas impossible qu' Aristion eût deux noms, comme beaucoup de Grecs de ce temps, ou bien qu'après l'adoption testamentaire et son inscription sur les registres il ait pris le nom paternel. Mais si Posidonius affecte de l'appeler Athénion, c'est peut-être que ce nom, porté peu auparavant par le (C roi » des esclaves révoltés en Sicile (Dion, fr. 93 Dind. : Jules Capitolin, 2faximini duo, c. 9), était devenu proverbial pour désigner un esclave rebelle et couronné (cp. Appien, Mith. 59, où les soldats de Sylla donnent ce nom à Fimbria; Cicéron, Ad AU. II, 12, 2, qui Fapplique à Clodius). En tout cas, l'hypothèse de Nie.se (Die letzten Tyrannen Athens dans Rhci)ihches Jluseum , XLII, 57-i), qui fait d'Aristion et d'Athénion deux personnages différents, ne soutient pas T examen. Sur la révolte d'Athènes, voir WiE- LAND, Athénion genannt Aristion, 1781 (dans Saemmtliche Wej-kCj Leipzig, 1798, Supp. VI, 3 suiv.) et E. Weil, Daa Buendniss der Athener mit Mithrudates , dans Ath. Jfitth. VI, 315.

(2) Appien, MitJi. 28, fait d'Aristion un épicurien, Posidonius un péripatéticien.

(3) Pausanias I, 20, 5.

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