‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 112 sur 417 · RÉVOLUTION D'ATHÈNES · texte numérisé non relu

RÉVOLUTION D'ATHÈNES

couché sur une litière aux pieds d'argent, d'où pendait un tapis de pourpre. Tout Athènes se ruait sur son passage; les plus empressés étaient les artistes dionysiaques, qui accueillirent par de pompeux sacrifices le confident du « nouveau Dionysos ». L'ambassadeur fut logé dans l'hôtel du fermier des impôts déliens; dès le lendemain il se rendit au portique d'Attale, escorté de courtisans qui lui formaient une garde d'honneur, et gravit fièrement les degrés de la tribune réservée aux gouverneurs de Macédoine. De là il fit au peuple un récit de son ambassade, récit haut en couleur, qui acheva de bouleverser les esprits. Beaucoup de mensonges y assaisonnaient un peu de vérité : Aristion avait vu les rois d'Arménie et de Perse servant de gardes du corps à Mithridate; il avait vu faisant antichambre à sa porte une ambassade de cette Carthage qui, d'après les mauvaises langues, était en ruine depuis soixante ans. Les Athéniens crurent l'ambassadeur revenu d'Éphèse comme leurs ancêtres, dans les AckarnienSj croient l'ambassadeur revenu de Suse, et cette fois il n'y avait pas de Dicéopolis pour contredire. Quand Aristion termina sa harangue par une ardente philippique , qui résumait tous les griefs vrais ou imaginaires d'Athènes contre Rome, l'enthousiasme devint irrésistible. Le peuple se rua au théâtre, élut par acclamation Aristion « stratège des armes » , c'est-à-dire président de la république, et lui permit de choisir ses collègues. Immédiatement la démocratie fut rétablie dans toute son étendue, l'alliance avec Rome dénoncée, et le Pégase pontique figura à côté de la chouette de Pallas sur les monnaies de l'année nouvelle (été 88) (1).

La plupart des possessions athéniennes suivirent la capitale dans sa défection; mais àDélos la nombreuse colonie romaine intimida

(1) Le nom d' Aristion figure sur deux séries de monnaies athéniennes qui correspondent respectivement aux années 88-7 et 87-6. Sur l'une il est associé à Philon- et à un 3® magistrat variable (symbole : Pégase), sur l'autre au roi Mithridate (symbole : Astre et double croissant). Cette dernière série est la plus rare ; on en connaît un statère d'or ( Trois royaumes, p. 197). Il est certain que la série Aristion-Philon est la première en date, car le 3" nom de magistrat indique un état de choses relativement normal, et c'est seulement pendant la seconde année qu' Aristion s'attribua une sorte de dictature ; en outre, je crois avoir démontré {Revue des ctiides grecques, 1888, n^ 2) que le premier nom de magistrat sur les monnaies athéniennes est toujours celui du stratège èui xà ôuXa; or le nom d' Aristion figure à la ^^l'emière place dans la série Aristion-Philon seulement. (Il n'est pas impossible que Philon, 2" stratège, soit le chef de l'Académie, plus tard banni.) Enfin, la série Aristion-Philon a des exemplaires datés du 12° mois (Beulé, Monnaies d\Athènes, p. 217) ; or la 2° année de la tyrannie, 87-80 av. J.-C, ne s'est prolongée que jusqu'au f-c mois, Athènes ayant été prise

EXPÉDITION D'APELLICON A DÉLOS.

les clérouques athéniens et les retint dans le devoir (1). Le gouvernement révolutionnaire d'Athènes ne voulut pas renoncer sans combat à l'île qui était la clef de voûte de ses finances ; une expédition fut organisée pour soumettre les rebelles. On en confia le commandement à Apellicon de Téos, autre philosophe péripatéticien, possesseur des manuscrits d'Aristote et de Théophraste. Ce personnage avait deux fois exercé les plus hautes fonctions de l'État, mais le bibliophile nuisit au stratège : convaincu d'avoir soustrait des documents dans les archives de la république, il avait dû s'exiler pour éviter une condamnation (2). Aristion s'empressa de fournir à son confrère l'occasion de se réhabiliter; il l'embarqua pour Délos avec mille hoplites et un parc de siège. Délos n'avait pas de fortifications (3); elle n'était défendue que par la sainteté de ses temples et le courage de ses habitants : l'incapacité d'Apellicon fit le reste. Il ne fortifia pas son camp , n'assura pas ses derrières , laissa ses troupes se disperser dans les maisons de campagne voisines. Un général romain, Orbius (4), qui croisait dans les eaux de Délos avec une escadre, jeta des troupes à terre par une nuit noire ; surpris dans le sommeil ou dans

le 1"^'' mars 8G. Quant à la date exacte de la révolution d'Athènes, on ne peut la fixer. Il est probable qu'elle eut lieu avant l'expédition de Rhodes, qui se place elle-même au début de l'automne. M. R. Weil a cherché à fixer la date d'après l'époque ordinaire de Télection des stratèges, dans la 10° prytanie, c'est-à-dire vers le mois de mai (C. I. A. II, 416); mais d'abord il n'est pas certain que ce fût là l'époque constante des élections (cf. Schmidt, Handhuch der grieclmchen Chronologk, p. 348), ensuite le récit de Posidonius montre qu'on se trouvait alors à Athènes dans des conditions de gouvernement anormales.

(1) Sur cette colonie, cp. Homolle, les Romains à Délos, Bull. corr. hell. VIII, 75.

(2) Sur Apellicon, cf., outre Posidonius, Plutarque, Sylla, 26; Strabon XIII, 1, 64; Suidas s. V. Il figure comme premier magistrat sur 2 séries de tétradrachmes : 1° série AIIEAAIKCÎN rOPriAX (symbole : GrifiEon, qui rappelle Abdère, métropole de Téos); 2° série AIIEAAIKON APJITOTEAHS.

(3) Cicéron, Pro lege Manilia , XVIII, 65 : Delos... referta divitiis , parva, sine muro. Elle ne fut fortifiée que par C. Triarius en 68 av. J.-C. (Phlégon de Tralles, fr. 12 = F. H. G. III, 606.)

(4) Posidonius l'appelle (jTpaTyiyoç, ce qui signifie ordinairement préteur. Il ne s'agit évidemment ni du gouverneur de Macédoine (alors Sentius Saturninus) ni des gouverneurs d'Asie ou de Cilicie. Orbius est peut-être le père du gouverneur d'Asie mentionné par Cicéron, Pro Flacco, XXXI, 76 ; Brutus, XLVIII, 179. Peut-être Posidonius s'est-il trompé et Orbius serait-il simplement un des chefs de la colonie romaine à Délos, par exemple le magister Orbius mentionné dans une inscription délienne {Bull. corr. hell. VIII, 145). — On a trouvé à Délos des inscriptions en l'honneur de Sylla, sans le mot imperator (Bull. corr. hell. VIII, 172), et de son collègue au consulat, Q. Pompeius Rufus (ib. 181). Ces inscriptions ont dû être gravées dans les premiers mois de l'an 88.

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