‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 113 sur 417 · RUINE DE DÉLOS · texte numérisé non relu

RUINE DE DÉLOS

rivresse, les Athéniens furent égorgés comme un troupeau ou brûlés avec leurs machines de guerre dans les villas déliennes. Quatre cents d'entre eux furent faits prisonniers; Apellicon réussit à s'échapper et ramena au Pirée les débris de son expédition.

Ce misérable échec prouvait surabondamment que les Athéniens, réduits à leurs seules forces, ne suffisaient pas à conquérir la Grèce pour Mithridate; mais déjà une flotte pontique, sous les ordres d'Archélaos , abondamment pourvue de vivres , d'armes et de troupes, avait mis à la voile pour leur prêter main-forte. Toutes les Cyclades firent leur soumission à l'amiral pontique ; Délos elle-même, où les Romains venaient de dresser leur trophée, fut enlevée de haute lutte. L'île fut cruellement châtiée : toute la colonie italienne , tous les Déliens mâles , au total 20,000 personnes, furent passés au fil de l'épée; on vendit à l'encan les femmes et les enfants ; on nivela la ville ; les fortunes particulières et le trésor du temple furent confisqués et partagés entre Athènes et Mithridate; mais beaucoup d'objets d'art périrent, jetés â la mer par la soldatesque barbare (1).

En même temps que Délos , les Athéniens obtinrent du vainqueur plusieurs îles voisines. Aristion, qui avait rejoint l'amiral pontique, reçut pour sa part une garde de 2,000 soldats, armés de lances et de cuirasses , qui devaient l'aider à étouffer dans Athènes les dernières résistances du parti romain. Ils les étouffèrent si bien que les principaux chefs de ce parti, Midias, Calliphon, Philonde Larisse, président de l'Académie, s'enfuirent à Rome (2); d'autres citoyens, qui, sans regretter la domination romaine, abhorraient encore plus la dictature militaire d'Aristion, s'embarquèrent pour Amisos, dans le Pont (3). L'exode prit bientôt de telles proportions que le tyran recourut à des mesures de rigueur

(1) La conquête de Délos est attribuée par Appien, Mith. 28, à Archélaos (cf. aussi Plutarque, Sylla, 11, qui parle des Cyclades en général), tandis que Pausanias III, 23, nomme Ménophane. Mais ce nom est d'au tant plus suspect que tout le récit de Pausanias paraît reproduire une mauvaise tradition délienne ; le châtiment divin qui aurait, immédiatement après le massacre, atteint le profanateur de l'île sacrée est contredit par les faits, puisque nous retrouverons Ménophane auprès de Mithridate en 64 av. J.-C. Ce qui a pu donner lieu à cette légende, c'est l'accident qui arriva un peu plus tard à son quasi-homonyme Métrophane (Appien, Mitli. 29).

(2) Plutarque, Sylla, 14; Pausanias I, 20, 3. Pour Philon : Cicéron, LXXXIX, 306 ; Plutarque, Cicéron, 3.

(3) Plutarque, Liicidlus, 19.

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