DICTATURE D'ARISTION
pour Tenrayer. On défendit l'émigration sous peine de mort; trente sentinelles furent placées à chaque porte de la ville , et un cordon d'observation disposé tout à l'entour. Les mécontents tentèrent alors de s'échapper de nuit, en se laissant descendre du haut des remparts par des échelles de corde; mais, ramassés par dès patrouilles de cavalerie, ils étaient ramenés en ville, les fers aux pieds, pour périr dans les supplices. Des mesures de répression on passa aux procès de tendance : les suspects étaient remis en otage aux généraux pontiques, des assemblées dérisoires prodiguaient les sentences de mort et de confiscation. A tous ces maux s'ajoutèrent bientôt les rigueurs de l'état de siège : en prévision d'un prochain investissement, Aristion confisqua tous les approvisionnements de blé, rationna les habitants; dès le coucher du soleil, on sonnait le couvre- feu, et il était défendu de se promener dans les rues avec une lanterne. Ainsi Athènes n'avait secoué le protectorat tracassier de Rome que pour subir un véritable régime de terreur. L'indépendance de la ville était aussi fictive que sa liberté : une garnison pontique occupait le Pirée, et en 87 Mithridate lui-même paraît s'être fait élire « stratège des armes » avec Aristion pour second. Le respect ironique des vieilles formes cachait mal le fait brutal qu'Athènes n'était plus qu'une sous-préfecture du royaume de Mithridate.
Cependant Archélaos, tranquille sur Athènes, maître du Pirée, où il avait débarqué ses troupes, rayonna de là dans toutes les directions et soumit au roi, de gré ou de force, le reste de la Grèce. Le préteur de Macédoine, Sentius Saturninus, luttait péniblement contre les Thraces, alliés de Mithridate, qui précisément alors poussaient leurs incursions jusqu'en Épire et pillaient le temple de Dodone (1); les Grecs, abandonnés à eux-mêmes, n'avaient aucune envie de se battre pour l'hégémonie romaine. Les villes béotiennes, Thèbes en tête, donnèrent le signal de la défection ; seule Thespies ferma ses portes. La soumission des Lacédémoniens (2) et des Achéens entraîna celle de tout le Péloponnèse; la prise de Chalcis, par Métrophane, celle de l'Eubée. Avant la fm de la campagne, toute la Cirèce continentale
(1) Dion fr. 101, 2 (entre le massacre cVÉphèse, 88, et le consulat de Cinna, 87).
(2) Les expressions de Memnon (xal Aay.£OattJLOv{a)v y)TTr,6EVT(ov) indiquent que les Lacédémoniens se firent prier. — Pavisanias IX, 7, -l attribue la défection des Tliébains à leur amitié pour Athènes.